Message d’un résistant alsacien

Appel à la résistance et à l’espoir.
par  R. WINTERHALTER
Mise en ligne : 30 avril 2008

Avant même de connaître le résultat du deuxième tour des municipales, je me trouvais devant une feuille blanche essayant de comprendre ce qui nous arrive, non seulement ici à Mulhouse, où c’est la honte qui me submerge, mais en France, où c’est le dégoût qui m’envahit, et dans le monde entier où les uns continuent à amasser, à capitaliser, à se protéger alors que les autres s’enfoncent dans l’exclusion la pauvreté, l’ignorance.

Aujourd’hui, quelques semaines ont passé, mais le constat reste le même. Certes, en disant cela, je n’invente rien ; d’autres le disent et moi-même je l’ai déjà dit mais… il y a des clous qui méritent d’être enfoncés.

Mais que faire, me direz vous ? Faut-il attendre la prochaine échéance électorale pour mieux faire, conforter l’existence d’un parti en augmentant son score ?

Faut-il créer un nouveau parti (souvent à l’image de l’ancien), se contenter de gérer son fonds de commerce électoral, réunir la nomenklatura de la gauche anti-libérale pour recoller les morceaux ?

Personnellement, je suis de plus en plus dégoûté de ce petit jeu, de cette course au pouvoir, de cette soif de paraître, de cette suffisance qui n’a d’égal que l’insuffisance qu’elle engendre.

Je vous invite à tendre l’oreille, à regarder un peu autour de vous… Vous verrez des gens qui se bousculent souvent pour un brin de pouvoir, parfois pour paraître, être, rester ou devenir notable, accumuler du fric, s’approprier le savoir, donner des leçons. Ils se ressemblent tous et ont quelque chose en commun : ils ont quelque chose à conserver, ce sont des conservateurs, de droite et de gauche.

Et… les médias s’en régalent, il n’y a que ça qui compte, entre deux matches de foot, ou de rugby, ou un tournoi de tennis, ou le braquage du supermarché, ou l’incendie d’une voiture dans un quartier dit sensible.

Et… une partie de celles et ceux qui ne font pas partie du sérail, rêvent d’y entrer. Une campagne se termine à peine qu’une autre se prépare. Et on paie ses dettes et on remet ça à la prochaine occasion.

Mais pendant ce temps, le mal qui ronge ne cesse de s’amplifier. Le monde est de plus en plus pollué, il se détériore lentement mais sûrement. L’exploitation de l’Homme se poursuit, l’esclavage des temps modernes est une réalité quotidienne. Les frontières du Nord sont de plus en plus hautes pour empêcher les envahisseurs du Sud de les escalader.

« Quand il s’agit d’argent tout le monde est de la même religion », disait Voltaire, et le Père Jean Cardonnel d’ajouter : « et a le même dieu ». À mon tour, j’ajoute : « Il en est de même pour le pouvoir et le savoir, confisqués par une petite minorité ».

Face à cela, il y a le peuple, les sans papiers, les sans toits, les sans revenus, les sans emplois. Ils ne s’y retrouvent pas, parfois ils se désespèrent, ils s’enfoncent, ils sont à cent lieues de ce qui se passe de l’autre côté de la barrière.

Et pourtant, quand on se remue un peu… un tout petit peu, on se rend compte qu’il existe partout, je dis bien partout, de fermes espoirs et, n’ayons pas peur des mots, des pratiques, des idées qui mettent en cause l’ordre établi.

Ces derniers temps, ici à Mulhouse, les Alternatifs ont organisé des forums citoyens, totalement à contre-courant, qui ont permis de faire des constats, d’émettre des critiques et de faire des propositions concrètes. Pendant ce temps les Verts (à gauche) ce sont rassemblés sur une liste avec, entre autres, des personnes en situation de précarité (ils n’avaient pas d’élus, mais ils ont semé l’espoir).

Par ailleurs, des associations diverses et variées, caritatives et humanitaires, vont bientôt organiser les États Généraux de la Résistance et de l’Espoir, pour démontrer (preuve à l’appui) qu’il existe des initiatives porteuses d’espoirs.

•Un restaurant solidaire vient de s’ouvrir, où des riches, des moins riches et des pauvres peuvent venir manger le même repas à des tarifs différents ;
•Une association d’insertion est en train de réfléchir, de prospecter pour la construction de maisons bioclimatiques (à coût modéré) ;
•Une agence immobilière à vocation sociale vient de s’implanter ;
•Une expérimentation de monnaie complémentaire pour faciliter l’échange, le lien social au détriment de la spéculation, est en train de se mettre en place ;
•Les chômeurs viennent de monter un projet de rénovation de meubles. Une fabrique à projets est annoncée ;
•Je reviens du Sénégal où nous sommes en train de monter un projet de tourisme solidaire et où nous avons rencontré des groupements de femmes qui s’organisent, qui montent des micro-crédits ;
•Nous soutenons un Centre de formation de femmes et d’enfants dans un quartier déshérité du Pakistan ;
•Nous irons bientôt au Maroc pour y rencontrer des femmes qui se mobilisent dans le cadre d’écoles informelles.

Je pourrais poursuivre l’énumération.

Et ailleurs, c’est pareil.

Il y a nos camarades Allemands et Suisses qui, dans le cadre de rencontres transfrontalières, partagent nos idées, nos expériences. Il y a des Citoyens du Monde qui se battent, eh oui ! pour la paix, et qui se passionnent pour l’humanité.

Il y a les adeptes de l’économie distributive qui réfléchissent à une économie où l’on est pris en considération en fonction de ce que l’on est et non de ce que l’on a.

Il y a des expériences, des mouvements citoyens qui se développent ici et ailleurs.

Alors… est-il illusoire de rassembler dans la diversité des hommes et des femmes qui répondent à ce questionnement ? Sommes-nous prêts :

•à partager l’avoir, le pouvoir et le savoir ?
•à relier nos diversités ?
•à nous écouter pour mieux nous comprendre et travailler ensemble ?
•à nous organiser en conséquence (des réseaux souples mais néanmoins coordonnés) ?
•à nous donner les moyens de communiquer nos espoirs ?

Si oui, arrêtons d’en parler …. faisons-le !

Cet appel s’adresse à celles et ceux qui restent ouverts à de tels propos. Je n’ai pas la prétention de tout gérer, mais je suis prêt à apporter, ici dans la région mulhousienne, dans l’espace transfrontalier, à me relier à d’autres, en France et ailleurs.

Ensemble, nous construirons, nous expérimenterons, nous rêverons ;

Ensemble, nous démontrerons à l’usage qu’un autre monde est non seulement nécessaire mais possible ;

Ensemble, nous relierons celles et ceux qui s’impliquent dans les démarches de démocratie représentative (et d’autres qui animeront les expériences de démocratie active).

Ensemble, nous porterons l’espoir.

À bon entendeur Salü binander,


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.