Pour qui sonne le glas ?

par  P. ROBICHON
Mise en ligne : 3 juillet 2006

Pour qui sonne le glas ? - Il sonne pour vous ! répondait déjà le grand poète anglais John Donne à la fin du XVIème siècle. Et c’est exactement ce qu’Yves Paccalet, compagnon de Cousteau, journaliste-écrivain amoureux de la nature et de la planète nous annonce aujourd’hui. Dans un petit livre rouge [1] titré “L’humanité disparaîtra, bon débarras”, il crie sa détresse de voir la terre massacrée. Car il sait de quoi il parle : il a parcouru la terre en tous sens, comme la mer, il en a vu et raconté les merveilles et il en voit aujourd’hui les blessures irréversibles. Son livre n’est hélas pas seulement le bilan des misères du monde naturel : il est aussi le constat féroce de la bêtise et de la malveillance de “l’homo sapiens demens”, espèce dominante, vis à vis de cette terre qui appartient à tout le vivant et qu’il épuise, défigure pour lui seul. Il prédit même sa disparition.

Il cite Sigmund Freud, qui avait pressenti ce qui risque de nous arriver : « Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature, qu’avec leur aide il leur est devenu facile de s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. Ils le savent très bien, et c’est ce qui explique une bonne partie de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse » [2].

Ni Freud, ni nous mêmes, n’avions pu prévoir qu’un poète fou de la beauté du monde au point de l’avoir célébrée dans plus de cinquante ouvrages, nous entraînerait un jour dans son cauchemar.

Car il vaut mieux vous prévenir : le livre de Paccalet est d’une lecture presque insoutenable.

« Ce que nous appelons notre “civilisation” ressemble à un chancre. Nous envahissons, nous dévastons, nous salissons l’air, l’eau, l’humus fertile, les mers, les prairies, les forêts, les marais, les montagnes, les déserts et les pôles ; demain la Planète Mars... Nous menons à l’agonie Gaïa, le superorganisme qui nous inclut. Du même coup, nous nous précipitons dans le néant. »

Ce qui pourrait nous sauver ? Il le dit dans une interview accordée récemment à Patrice van Eersel [3] : une frugalité drastique !

En sommes nous collectivement capables ?

Yves Paccalet s’asperge de désespoir et y met le feu... Son livre est un sacrifice public. Vous le refermerez, comme l’auteur de ces lignes, avec une boule dans la gorge. Si Paccalet nous a provoqués, il a gagné : à le lire on devient résolu à se battre encore plus qu’avant.

Passée la désolation, en effet, vient la colère : elle est mobilisatrice.

Alors, le glas ? Non... le tocsin !


[1publié chez Arthaud 198 pages, 15 euros.

[2Malaise dans la civilisation

[3Nouvelles Clés


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.