Sur une tentative

vendredi 25 avril 2008
par  R. THUILLIER

La disparition subite de notre ami Jean Carlesse peut nous amener à compléter nos réflexions sur la fameuse question des mesures transitoires nécessaires, ou non, pour l’instauration d’une économie distributive.
Notre regretté camarade pensait que le silence fait sur l’oeuvre de Jacques Duboin - qu’il avait bien connu - et sur toute notre propagande, était dû à la rigidité de notre action. Certes Carlesse était tout à fait d’accord sur nos thèses. Il était convaincu que seule, une économie distributive pourrait remplacer le capitalisme à l’agonie.
Cependant il estimait que l’application intégrale de nos propositions restait une finalité à atteindre mais seulement lorsqu’une large majorité de nos contemporains se serait dégagée de leurs mentalités dominées par l’esprit du gain.
Il avait donc imaginé, depuis longtemps, un système économique transitoire original.
En maintenant le profit, il corsetait cependant l’économie marchande par une cascade compliquée de traites et d’effets escomptés par l’Etat qui, ainsi, « monétiserait l’Abondance ». Cela permettrait de distribuer un Revenu Social substantiel non seulement aux retraités, mais à la jeunesse avec, pour celle-ci, un Service Social obligatoire.
Depuis de nombreuses années notre petit groupe des Alpes-Maritimes avait eu avec Carlesse de longs entretiens à ce sujet.
Beaucoup d’entre nous, certes, étions partisans de mesures transitoires, tel un Revenu d’Emulation pour les actifs. Mais nous ne pouvions admettre le maintien de l’économie marchande même assorti d’un Revenu Social.
Cependant notre camarade restait intraitable.
C’est alors que survinrent les lamentables événements qui, consécutifs au décès de Jacques Duboin, déchirèrent le M.F.A. Puis ce fut la dissolution des « Groupes pour une Economie Distributive » qu’animait Maurice Laudrain et la disparition de « Pense et Lutte » mensuel.
Alors Carlesse décida, avec quelques amis, de fonder le «  Mouvement Distributif Français » à vocation de parti politique. Il eut bientôt son organe mensuel « Nouvelle Ere » et il réussit à rassembler un certain nombre d’adhérents - dont je n’étais pas - et de sympathisants.
Pour notre part, notre petit groupe niçois ne voulait pas contrecarrer l’action publique du M.D.F. Mais lors des contacts nombreux que nous conservions avec notre camarade nous avons continué à le mettre en garde contre cette conception d’une Economie Distributive.
Dans le n° 13 de « Nouvelle Ere », Carlesse décida de nous répondre publiquement en précisant sa position. Parti politique le M.D.F. ne voulait pas se « contenter de formuler des voeux pieux et d’attendre que tout le monde ait compris. «  L’idée de profit, écrivait-il, est tellement ancrée dans l’esprit des hommes d’aujourd’hui que sa suppression est non seulement targuée d’utopie mais aussi génératrice de retour à la pénurie. Il en est de même du remplacement de l’économie de marché qui fait penser à une collectivisation. La majorité de nos compatriotes la regrette même quand ils se qualifient de gauche ou de socialistes ». « Si le M.D.F. parvient - continuait cet éditorial - à faire admettre par le corps électoral son plan-étape, proposant une semi-économie distributive, cela serait déjà un grand pas !! ».
Par ailleurs Carlesse concluait en invitant, d’une manière ambiguë, « ceux qui préfèrent philosopher, à diffuser « La Grande Relève » qui débourre les crânes de ceux qui veulent bien s’y prêter ».
Je me proposais d’opposer à ces arguments ceux que Marcel Dieudonné a formulé dans son récent ouvrage « Que faire ?  ». Dans le droit fil des thèses de Jacques Duboin, il analyse précisément la « mentalité du gain ». Evidemment, il propose d’autres solutions que celle d’une propagande, même transitoire, pour une pseudo semi-distribution restant fondée sur le profit.
J’étais aux Etats-Unis lorsque Carlesse est décédé et je n’ai appris sa mort qu’à mon retour.
Que deviendra le M.D.F. et « Nouvelle Ere » ? Il est encore trop tôt pour y répondre. Cependant je pense, avec notre petit groupe des Alpes-Maritimes. que l’on devrait garder le souvenir de Jean Carlesse. Il avait tout de même essayé - à sa manière - de lutter pour que les thèses de Jacques Duboin soient appliquées un jour. Cela lui apparaissait, quant à lui, trop lointain.
Réfléchissons tous ensemble sur ce qu’il conviendra de faire pour - la conjoncture économique aidant - rendre plus proche l’avènement d’une véritable Economie Distributive.


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.