...ou le socialisme de l’abondance

Publication : octobre 1978
Mise en ligne : 14 octobre 2006

LE socialisme ne consiste ni dans un changement de personnel (toutes choses restant en l’état) ; ni dans la confiscation de l’argent des riches ; ni dans l’agitation des masses populaires ; ni dans la simple conquête du pouvoir ; ni dans l’amélioration du sort des déshérités dans le cadre de la société actuelle ; ni dans la participation de la classe ouvrière aux bénéfices de la classe dirigeante ; ni-même dans le partage des terres, ce qui est une ineptie de première grandeur dans les pays où il n’y a plus de travail pour tout le monde ; ni dans le changement des gérants de l’appareil de production, etc.. Le socialisme est une organisation nouvelle et permanente, dont l’essence est de remplacer par une seule entreprise nationale la totalité des entreprises privées ; c’est donc l’exploitation collective des moyens de production avec droit individuel et égal aux produits. En d’autres termes le socialisme est l’égalité des conditions économiques de tous les membres de la société : revenu égal à âge égal. Le socialisme ne peut se réaliser que dans une société sans classe, ce qui implique que les échanges n’existent plus, et que production et distribution sont devenues des fonctions sociales.

Contrairement à ce qu’on laisse croire pour effrayer le public, a propriété individuelle subsiste et même se généralise, car tous les habitants du pays n’ont plus seulement la faculté d’y accéder, ils y participent réellement grâce à leurs revenus. Elle s’applique à tout ce qui n’est pas moyen de production ou de répartition : elle englobe donc tous les produits, destinés à l’alimentation, à l’habillement, ainsi que tous les objets mobiliers nécessaires au bien-être ; sans en excepter les maisons d’habitation avec le confort maximum qui puisse être réalisé. Bref, meubles, objets d’art, autos, canots automobiles, animaux, et d’une manière générale l’ensemble de tout ce qui contribue à la joie de l’existence, restent ou deviennent la propriété légitime de leur possesseur, du moment qu’il les a acquis avec son revenu ou les tient de ses parents.

On voit donc qu’il ne s’agit pas simplement d’une révolution politique consistant uniquement dans quelques changements dans la Constitution, ou dans une diminution ou une extension des libertés publiques, ou dans des mutations dans le personnel dirigeant : il s’agit d’une révolution sociale, c’està-dire du remplacement des lois et règlements sur lesquels reposent la vie civile et la manière de vivre de chacun, par d’autres lois transformant tous les rapports sociaux.

On objectera peut-être que cette conception ambitieuse ne cadre pas avec l’orthodoxie. Mais qu’entendons-nous par l’orthodoxie socialiste ? Certains professionnels laissent aujourd’hui la doctrine dans une imprécision si prudente, que presque tout le monde peut y applaudir, chacun y reconnaissant justement ce qui convient à ses passions ; et à ses préjugés. D’autres restent fidèles à la manière de voir de leurs prédécesseurs qui vécurent au siècle dernier et dont les doctrines, nous l’avons vu, s’inspiraient des conditions générales de la vie à l’époque où ils écrivaient. A la vérité, toute doctrine économique doit s’adapter au mode de production des richesses et évoluer avec le progrès des techniques.

Dans une société où l’abondance est possible, le socialisme ne peut plus être celui qui convient à un pays où la disette est obligatoirement le lot d’une importante fraction de la population. Ce qui revient à dire que partout où l’échange demeure le véhicule de la distribution, le socialisme doit être, lui aussi, basé sur l’échange ; mais là où l’abondance peut régner grâce à un haut degré d’équipement économique, où les échanges sont donc devenus rares et difficiles, un socialisme nouveau devient nécessaire, et, par la force même des choses, ne peut plus être construit sur l’échange. Nous l’appelons le socialisme de l’abondance pour l’opposer à celui de la rareté. Et si j’insiste sur cette distinction, c’est que le premier s’impose comme le seul régime économique désormais possible dans un pays ayant atteint le stade de l’abondance, tandis que le second ne se propose que d’apporter plus de justice dans le fonctionnement des échanges.

(Extraits de « Demain ou le socialisme de l’abondance »)

Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.