La mère Denis

par  M. DUBOIS
Publication : août 1978
Mise en ligne : 24 avril 2008

DEPUIS quelques années, et à une cadence croissante, de nombreux jeunes urbains consacrent leurs vacances à la recherche d’un mode de vie totalement différent, soit en s’incorporant en équipes pour réanimer des villages moribonds, soit en participant sans aucun échappatoire à divers travaux ruraux. Il advient même de plus en plus souvent que des couples prolongent l’expérience bien au-delà des vacances et tentent une adaptation totale incorporant la vie familiale et professionnelle  : remise en état d’habitats plus ou moins abandonnés, puis essais de cultures biologiques (souvent réussies) ou choix d’un artisanat à caractère utilitaire ou artistique (poteries, vêtements tissés à la main, ferronneries, conserves alimentaires, etc...).
Eh bien ces initiatives ne sont pas du goût de Mme Benoîte GROULT qui leur a consacré son « Billet du jour » du 15 février 1978 sur France- Inter.

UN COMPLOT DE MALES

D’après cette éminente journaliste, la plus grande méfiance s’imposerait aux femmes qui seraient tentées par ces aventures écologiques dans lesquelles elle croit pouvoir dénoncer un subtil complot ourdi par les mâles pour mieux remettre sous le joug des compagnes susceptibles d’être subjuguées par les sirènes émancipatrices. A toutes ces jeunes filles ou jeunes femmes toutes prêtes à tricoter, à tirer l’eau du puits, à faire des confitures, Mme Benoîte GROULT lance un solennel avertissement : casse-cou ! Assoiffés de revanche, les hommes ont vu là une occasion inespérée de renforcer les structures patriarcales déclinantes et, en quelques années, de transformer de ravissantes jouvencelles en Mères DENIS !
Evidemment, il fallait y penser...

RETOUR AUX SOURCES

Dans ce journal, nous avons récemment dénoncé l’exploitation éhontée des « modes » écologiques et mis en évidence ce qu’elles pouvaient comporter à la fois d’inefficace et même de dangereux dans la mesure où elles contribuent à endormir l’opinion et à la détourner des vrais problèmes (Voir « G.R. » n°750).
Nous n’en sommes que plus à l’aise aujourd’hui pour inciter les jeunes à persévérer dans ces manifestations, profondément symboliques d’une saine volonté de rejet de nos sociétés de consommation forcenée de produits inutiles et même nuisibles. En réalité ces jeunes cherchent à se prouver à eux- mêmes et aux autres, en payant de leur personne, que l’être humain peut asseoir son bonheur en s’assurant d’abord la satisfaction de ses vrais besoins, équilibre familial, calme, air pur, nourriture saine, logement et environnement à sa mesure, même s’il faut, pour cela, sacrifier provisoirement ou peut-être définitivement certains éléments du confort. Et, à cet égard, il faut bien faire la différence entre des gadgets sans véritable objet, générateurs de profits confortables, et les machines qui permettent une véritable libération féminine par la suppression des tâches répétitives, mécaniques et fatigantes.
Chaque fois que ce sera possible sans sacrifier l’essentiel, oui à la machine à laver et à l’aspirateur, mais non à la nourriture industrielle et chimique, non aux 3 heures d’allées et venues journalières, non à toute cette vie factice, agitée et fébrile qui comble peut-être les émules de Mme GROULT, mais que d’autres femmes ont bien le droit de rejeter sans retomber pour autant dans les pires servitudes moyenâgeuses.
Et d’ailleurs, cette prise de conscience de la jeunesse, ces essais plus ou moins naïfs et réussis de véritables retours aux sources ne constituent- ils pas la meilleure préparation des esprits à ce que pourrait être l’existence au sein d’une économie des Besoins, précisément axée sur la suppression des gaspillages et la réalisation de tous les épanouissements individuels ?


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