Ils y viennent !

par  G. STEYDLÉ
Publication : décembre 1978
Mise en ligne : 9 septembre 2008

Nous poursuivons ici une revue de textes,
envoyés le plus souvent par nos lecteurs, et qui montrent que
les idées défendues ici depuis plus de quarante ans sont
enfin reprises de tous côtés. Nous ne sommes donc plus
des utopistes isolés !

" « La Vie » (5-12-6-1978)

ORDINATEURS : UN NOUVEL AGE POUR L’HOMME

« Une révolution a éclaté.
Sans bruit. Et pourtant ! les effets de la multiplication des ordinateurs
miniatures et bon marché se font déjà sentir. Là
où il fallait, il y a quinze ans, une pièce entière
pour loger un ordinateur, il suffit aujourd’hui d’une petite armoire.
Le règne de la machine à tout faire, et qui le fait moins
cher que l’homme, vient de commencer.
L’automatisation rend moins pénible le travail de l’homme, permet
de produire plus et plus vite des opérations effectuées
au milliardième de seconde. Elle devrait donc déboucher
sur une amélioration générale du niveau de vie
et de la qualité de la vie...
Ordinateur signifierait-il chômage ? La nouvelle informatique
nous prépare-t-elle une administration sans fonctionnaires et
une industrie sans ouvriers, tout comme le tracteur a entraîné
une agriculture sans paysans ? Il faut imaginer, dès maintenant,
une nouvelle manière de vivre (diminution de la durée
du travail, création d’emplois liés à la qualité
de la vie et au développement des activités culturelles,
etc.) qui prenne en compte ce bouleversement de notre vie sociale.
Peut-on échapper à cette nouvelle révolution économique
 ? Non, répond Simon Nora...
Des solutions, le Rapport Nora n’a pas la prétention d’en donner.
Mais il a le mérite de nous faire prendre conscience d’un avenir
qui sera très vite présent. Nous n’aurons pas à
accepter ou à refuser la révolution de l’informatique.
Elle s’impose, par les faits, comme un engrenage.
Notre choix portera sur les manières de nous y adapter, et de
l’adapter à nos besoins. Pour qu’elle soit au service de l’homme.
Et non le contraire. Il est temps d’y prendre garde. Si nous savons
la maîtriser, elle peut être un considérable facteur
de progrès. »

Philippe GENET
(Envoi de Mme PRACH)

" « La Croix » (21-7-1978)

POUR UN REVENU SOCIAL GARANTI

« La course au profit, avec l’agiotage qu’elle
entraîne, fait perdre de vue que la production doit être
réalisée pour satisfaire les besoins des hommes, qui doivent
avoir un droit de regard sur les rouages de l’économie et ne
pas abandonner ce soin à une faction.
Le droit à la subsistance (droit à la nourriture, à
un habillement et à un logement décents) doit être
garanti à toute personne physique, de l’aube au crépuscule
de sa vie, quels que soient sa naissance, sa position sociale, son travail.
Il n’est pas normal que dans un pays « développé
 » comme le nôtre, plus de deux millions de personnes survivent
encore dans un état d’indigence chronique et ne parviennent pas
à équilibrer leur budget alimentaire.
Le développement du machinisme et de l’automatisation, lié
à la miniaturisation des outillages, entraîne un abandon
de plus en plus large des tâches manuelles simples et répétitives,
voire les plus pénibles, une réduction progressive des
postes de travail disponibles, donc un chômage croissant. A moins
de revenir à l’âge des cavernes, ce processus est irréversible
et ne fera que s’accélérer dans l’avenir.
La nécessité s’imposera donc de dissocier de plus en plus
largement les revenus du travail, de s’orienter vers une forme raffinée
d’économie distributive.
Il est désormais possible d’allouer à chacun un revenu
social garanti, avec une priorité aux économiquement faibles
 : jeunes, étudiants, personnes âgées, handicapés,
chômeurs, etc. La valeur de ce revenu garanti serait indexée
sur le volume des biens de « grande consommation » et des
services disponibles ou susceptibles d’être mis rapidement à
la disposition de tous.
Le pouvoir d’achat de chaque citoyen serait donc fonction de l’analyse
d’une simple « comptabilité matière » permettant
de connaître quasi instantanément, région par région,
en particulier grâce au calcul électronique, l’état
des stocks et des biens disponibles ou en mesure d’être livrés
sur le marche dans le plus bref délai.
Ces biens dits « de grande consommation », par référence
aux biens dits de « luxe » ou de « demi- luxe »,
accessibles selon les critères de l’économie de marché,
seraient distribués par le truchement d’une monnaie de consommation
non thésaurisable, c’est-à-dire détachée
de toute référence spéculative à l’étalon-or
ou, à défaut, de l’étalon-dollar. Sa valeur se
référerait exclusivement au volume des biens réellement
ou potentiellement disponibles à court terme.
Chaque citoyen recevrait donc un double revenu un revenu social garanti,
sous la forme d’une monnaie de consommation distribuée dans tous
les établissements bancaires ou les centres de sécurité
sociale, dans la limite d’un crédit ouvert en permanence au compte
de chacun ; un revenu de complément, correspondant sensiblement
aux revenus actuels (salaires, participation financière aux entreprises,
etc.) et permettant d’acquérir des biens de luxe ou demi-luxe,
par définition rares sur le marché, donc plus chers.
Le travail se transformera en service social chaque personne étant
tenue de participer, à temps complet ou partiel, selon ses capacités
et ses aptitudes, à la production et aux services, aux activités
de création et de recherche, la formation permanente, avec ses
filières d’épanouissement personnel ou d’adaptation professionnelle,
prenant ainsi le pas sur l’oisiveté forcée consécutive
au chômage.
Car, en fin de compte, la finalité d’une économie qui
se veut politique n’est-elle pas de produire pour l’homme, rien que
pour l’homme, mais aussi pour tous les hommes ? »

Gérard BRISSÉ
(Envoi de M. PIZZOLI )

N.D.L.R.- M Biache nous prie de rappeler qu’il est
de ceux qui nous ont signalé l’article de R. Barjavel cité
dans le n° 761.