Guère plus de trois semaines ne resteront aux électeurs français, quand paraîtra ce numéro, pour réfléchir avant de lier leur avenir, et pour des décennies, en acceptant ou non le texte de traité élaboré sous la direction de V.G.E. et proposé comme constitutionnel.
Que l’approuvent ceux d’entre eux qui souhaitent que l’Europe soit cette zone de libre échange organisée depuis cinquante ans, ils sont logiques, ils souhaitent que règne la loi du plus fort parce qu’ils sont certains de faire partie des gagnants. Leur vote ne tient compte que de leurs intérêts mercantiles, et c’est leur droit.
Tout aussi logiques sont ceux qui le rejettent parce qu’ils veulent que l’Europe soit l’Union de ses peuples et non pas celle qui a été préparée sans eux. Mais au lieu de croire indéfiniment des promesses rassurantes, ils ont fondé leur opinion soit en constatant les effets de cette Europe telle qu’ils la vivent (voir par exemple, pages suivantes, comment se décide une transformation radicale de l’enseignement), soit parce qu’ils ont eu le courage de lire le texte trop long et pas simple du traité, et de refuser de se laisser culpabiliser par toutes les annonces de catastrophes s’il était rejeté.
Ces menaces sont aussi la preuve que cette Europe qu’on nous propose de développer préfère le marché à la démocratie. Et que c’est bien entre marché et démocratie que se situe le choix à faire [*].
Ne pas se prononcer est une lâcheté que rien ne justifie.
Quand il s’agit de choisir un candidat, l’abstention ou le vote blanc/nul, peut avoir pour prétextes qu’aucun des programmes présentés ne convient, et qu’on n’est jamais sûr qu’un élu sera fidèle à ses promesses. C’est le problème de la démocratie représentative, qui n’est préférable qu’à l’absence de consultation, quand les décisions sont prises par des “personnalités” qui n’ont pas été élues.
Mais il s’agit d’accepter ou de refuser un texte qui nous engage directement, et il concerne définitivement déjà 456 millions de personnes dans 25 pays, bientôt plus, paraît-il, dont chaque électeur français est ainsi, personnellement, co-responsable de l’avenir.
Et cet électeur devrait aussi savoir que si le oui l’emporte c’est la dernière fois qu’il sera directement consulté, puisque dans son article I-46 le traité proposé « fonde le fonctionnement de l’Union européenne sur la démocratie représentative », excluant ainsi le référendum.
S’il se défile devant cette dernière occasion de donner son avis, qu’il ne vienne pas ensuite protester ou critiquer : en laissant faire, il a pris, mais par lâcheté, sa part de responsabilité. Il n’aura donc plus, ensuite, qu’à supporter avec humilité, sans broncher, toutes les conséquences du vote des autres et de leurs élus.

