En démocratie, nous sommes les rois !!

par  P. VINCENT
Publication : mai 2005
Mise en ligne : 3 novembre 2006

En 1989, je me souviens avoir vu apparaître, faisant un peu désordre au milieu des célébrations officielles du deuxième centenaire de la Révolution, cette affiche de Loup, joyeusement provocatrice :

La tyrannie, c’est « Ferme ta gueule ! »
La démocratie, c’est « Cause toujours ! »

C’est un peu mon opinion au vu de la situation actuelle. Le bon peuple peut bien râler autant qu’il veut et une certaine presse indépendante lui faire écho, écrivains et artistes être autorisés à sublimer ses pleurs et les producteurs de tout poil à monter ses colères en spectacle, mais quand il redescend sur terre, il se rend compte que ses dirigeants n’en font toujours qu’à leur tête ou préfèrent écouter leurs sponsors.

Je reconnais que cela fait du bien de lire chaque semaine Le Canard Enchaîné, de regarder les Guignols, d’écouter Karl Zéro, et de pouvoir de temps en temps marcher à pied tout un après-midi sur des boulevards ordinairement grouillants de véhicules.

Mais cela ne constitue pas une grande avancée de la démocratie. Guignol date d’avant la Révolution, et l’on avait depuis plus longtemps encore su offrir au peuple, en plus de la religion, beaucoup d’autres dérivatifs, tels le droit de remontrance des États provinciaux, et dès le Moyen-âge, les farces, carnavals et autres débordements populaires autour du Mardi-Gras.

Démocratie = régime dans lequel le peuple exerce la souveraineté ? Ce n’est pas seulement en râlant. Ce n’est pas non plus seulement en votant, car même si un vote est allé dans le sens que l’on souhaitait, il faut être attentif à tout de suite recommencer de râler, si les promesses pour lesquelles on avait voté ne sont pas tenues. C’est pourquoi j’ai presque toujours été dans l’opposition même quand les gens pour qui j’avais voté étaient au pouvoir.

Si les uns votent pour la Constitution Européenne parce qu’on leur assure qu’elle est libérale et les autres parce qu’on leur assure qu’elle est sociale, certains seront forcément déçus.

On peut certes voter sans avoir résolu la question, mais on devra bien la résoudre au moment de l’appliquer et là il faudra encore une plus grande vigilance.

La vigilance est d’ailleurs de rigueur même lorsque les choses paraissent claires et que l’on peut croire la partie gagnée, les situations se retournant parfois de façon extrêmement rapide.

La révolution de 1789 avait aboli la royauté mais intronisé peu après un empereur avec entre autres cette conséquence que l’abolition de l’esclavage n’aura duré que huit ans et que celui-ci sera reparti de plus belle pour une cinquantaine d’années encore.

La révolution de 1830 a renversé un roi pour en amener un autre. Et celle de 1848 a renversé à son tour ce dernier pour bientôt nous voir dotés d’un deuxième empereur jusqu’à la guerre (perdue) de 1870.

Il n’y a pas plus de quoi se féliciter d’avoir fait trois révolutions que d’avoir aboli deux fois l’esclavage.

C’est le constat d’une incapacité à savoir préserver des institutions démocratiques. Plus récemment encore, la faiblesse de la résistance à l’instauration du régime de Vichy ne témoigne pas que nous ayons fait beaucoup de progrès. Et le fait que nous ayons pu si souvent changer de Constitution sur le plan national ne nous incite-t-il pas à ne pas suffisamment nous inquiéter de l’engagement qu’on nous demande de prendre au plan européen, en espérant que les autres voudront bien nous suivre le jour où nous ne serons plus d’accord ?


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.