Le revenu d’existence seul ne peut pas être suffisant.


par  É. GOUJOT
Mise en ligne : 31 octobre 2006

Nos lecteurs militants s’entendent souvent dire qu’ils pourraient bien se contenter de réclamer un revenu minimum pour tous. Éric Goujot explique ici pourquoi cela ne lui paraît pas la solution. La citation encadrée que nous ajoutons en marge va dans le même sens.

Sans lui retirer l’intérêt de contribuer à changer les mentalités, à les ouvrir à d’autres perspectives, le revenu d’existence seul, me semble-t-il, ne suffira pas et conduira à de grosses frustrations. Car il sera forcement récupéré et galvaudé par le “profit”.

Certaines bonnes idées peuvent donner des résultats décevants lorsqu’elles sont mises en place de manière isolée. Il me semble aujourd’hui que les promoteurs du revenu d’existence se trompent lorsqu’ils préfèrent mettre de côté la globalité de l’économie distributive pour avancer étape par étape. Le système économique actuel nous amène à rechercher le profit immédiat. Nous, ce ne sont pas seulement les “politiques” ou les “patrons”, c’est nous les “petites gens” : consommateurs, commerçants, artisans, agriculteurs... Et nous sommes très forts, surtout en France, pour réussir à tirer profit de toutes les nouvelles mesures. Plusieurs exemples pour illustrer ceci.

Entre 1991 et 1993 en France, les allocations logement ont été attribuées sans conditions de ressources pour les étudiants. Résultat ? Les propriétaires privés (beaucoup de gens comme vous et moi) ont augmenté les loyers du jour au lendemain en disant : « Pas de souci pour vous, grâce aux allocs, vous payez toujours la même chose ». Et les étudiants n’avaient pas d’autre choix que d’accepter, vu la pénurie de logements étudiants. Résultat : cette mesure, si tant est qu’elle eut été vraiment bénéfique, a été immédiatement récupérée par les propriétaires qui ont absorbé la manne. Rares sont les étudiants à en avoir profité. Qu’en disent les chiffres officiels ? Que les loyers n’ont pas augmenté tant que ça. Ce qui est en partie juste, mais uniquement grâce aux logements contrôlés par l’État (gérés par les CROUS). Dans cet exemple, les calculs officiels ont caché la réalité, le galvaudage de cette mesure par les propriétaires privés.

Deuxième exemple : l’augmentation des prix lors du passage à l’euro. À nouveau, les chiffres officiels n’ont rien relevé d’anormal. Mais attention ! Les indices INSEE ne concernent que quelques produits parmi les rayonnages des supermarchés : ceux-ci ont été non seulement épargnés mais maintenus à bas prix. C’est réellement mesquin mais ça s’est déroulé ainsi... Et qui a augmenté les prix ? Quasiment tous ceux qui avaient quelque chose à vendre, des gens comme vous et moi.

Comment l’expérimentation du revenu d’existence dans les favellas du Brésil risque-t-elle de se passer ? Mettons-nous à la place d’un commerçant : ma clientèle super-pauvre hier a un peu de moyens pour acheter de quoi manger mais trop peu pour partir s’approvisionner plus loin. Très logiquement, je vais augmenter mes prix, mes clients n’auront d’autre choix que de continuer à s’approvisionner chez moi et ils seront contents quoiqu’il en soit puisqu’ils mangeront plus qu’avant. Mais c’est moi qui absorberai une bonne partie de la manne du revenu d’existence.

Un autre principe de l’économie distributive a été expérimenté de manière isolée : la réduction du temps de travail. Les 35 heures ont-elles été une mesure vraiment intéressante pour les Français et pour l’économie du pays ? En théorie, ç’aurait pu l’être. Mais c’était sans compter sur le réflexe de la plupart des gens (et pas seulement des patrons) de rechercher toujours plus de revenu. Résultats : d’importants gains de productivité, presque toujours autant de chômeurs et, globalement, la population a perdu du pouvoir d’achat.

On peut être doté de bons sentiments, mais c’est notre porte-monnaie qui gouverne aujourd’hui. C’est pourquoi, à mes yeux, les mesures radicales ne fonctionneront que si l’on retire la recherche de profit financier et que l’on assure à chacun un revenu conséquent. D’où l’importance de la globalité de l’économie distributive.


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