1939 - Egalité économique

Publication : octobre 1978
Mise en ligne : 14 octobre 2006

L’inégalité des conditions de vie est la cause des désordres sociaux, alors que les classes sociales n’ont jamais eu un caractère définitif. « A chacun selon ses ouvres, à chacun selon son mérite ), sont des formules périmées correspondant à l’économie de la disette. On prétend que la compétition s’impose à tous les êtres vivants, mais la solidarité aussi est une loi naturelle. La vie sociale tend vers une morale toujours plus haute, donc vers plus de justice. L’échange, indispensable à l’époque de la rareté, développait l’inégalité, mais la science, en triomphant de la disette, amène l’égalité économique qui permet la fraternité :

  Sommaire  

...VOUS vous souvenez que Jean-Jacques Rousseau distinguait deux sortes d’inégalités : l’une, physique ou naturelle, consistant dans la différence d’âge, d’intelligence, de taille, de santé, de forces du corps ; l’autre, qu’il appelle morale ou politique, comme l’inégalité de richesse, de puissance, etc... La première étant naturelle, il n’y a pas lieu de chercher la source. La seconde, consistant dans les différents privilèges dont jouissent quelques-uns au préjudice des autres, ne devrait paraître naturelle qu’à ceux qui en bénéficient, puisque, comme disait Pascal, le titre par lequel le riche possède des biens n’est pas fondé sur la nature mais sur un établissement humain...

 

...Tous les êtres humains ayant un droit égal à la vie, et le bien-être de l’individu étant indispensable pour qu’il puisse satisfaire ses besoins intellectuels et moraux, la société doit assurer la sécurité matérielle de tous ses membres, afin de permettre à chacun d’épanouir librement sa personnalité...

 

Ainsi s’esquisse une transformation des rapports de la société :

...J’espère que vous ne vous écrierez pas : mais c’est l’Etat totalitaire ! Vous commettriez une erreur de forte taille car il s’agit, au contraire, de l’Etat utilitaire, le seul qui corresponde au régime de l’Abondance. Il est aussi impossible de les confondre que de prendre le jour pour la nuit.

Dans l’Etat totalitaire, l’individu n’est rien et l’Etat est tout. Dans l’Etat utilitaire, l’Etat assure, au contraire, la liberté de l’homme en l’affranchissant de toutes les servitudes matérielles.

Il faut considérer l’Etat totalitaire comme un accident survenant chez les peuples qui n’ont pas su accomplir, en temps utile, les réformes de structure nécessaires. C’est la force tyrannique que revêt le capitalisme lorsque l’automatisme dont il est si fier ne fonctionne plus. Au moment où je vous écris, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Portugal sont des Etats totalitaires ; l’un quelconque de ces pays a-t-il fait de la production une fonction sociale ? Non ; chez tous, le régime de la production individuelle et de l’échange est toujours en vigueur. Ces Etats ont essayé de résorber le chômage, non pas en le répartissant sous forme de loisirs, mais en obligeant les chômeurs à fabriquer du matériel de guerre ; ils ont assumé le ravitaillement en matières premières, mais simplement parce que leur commerce international n’était plus praticable ; ils ont fabriqué des crédits, mais sans gager la monnaie sur la production, donc, sans créer eux-mêmes les revenus de leurs nationaux. Aucun pays totalitaire n’est jusqu’ici utilitaire !

L’Etat utilitaire n’a jamais fonctionné dans le monde et l’on aurait la prétention de proclamer sa faillite ! Certains poussent l’aveuglement ou le cynisme jusqu’à le confondre avec l’Etat capitaliste ! Voyez, disent-ils, comme il est fou de compter sur l’Etat pour qu’il vous fasse vivre.

- Parbleu, l’Etat, tel que nous le connaissons, prélève sur les uns ce qu’il donne aux autres et ne peut pas faire autrement. Mais en sera-t-il ainsi lorsque l’Etat produira des richesses grâce à l’équipement dont il disposera et au travail que lui fourniront les citoyens ?

L’Etat utilitaire fournit à l’individu tout ce qui lui est utile et lui permet ainsi de vivre en homme libre. Je dis bien : en homme libre, car n’est libre que l’être qui est débarrassé du souci de l’existence. N’a le pouvoir d’agir et ne jouit pleinement de l’existence que celui qui n’a plus l’angoisse du jour qui vient.

Craindrait-on que l’Etat utilitaire n’abusât de son autorité ? Voilà que l’on retombe dans l’Etat totalitaire où l’homme est dispensé de tout effort intellectuel ; où haines, enthousiasmes, passions, grandeur, lui sont imposés par l’Etat tout-puissant ; où l’on brûle les livres, où l’on persécute les gens pour leur religion.

(Extraits de « Egalité économique »)

Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.