Inventée et mise au point depuis plus de quatre ans, la carte de crédit INNOVATRON, à circuits intégrés miniaturisés, se définit comme une monnaie électronique. « Elle comporte des "mémoires" que la Banque charge d’un certain crédit, en accord avec le titulaire du compte. Introduite dans le "lecteur-" d’un commerçant, elle se décharge du montant de l’achat. Quand la mémoire de la carte est vide, on va la recharger ou en chercher une autre. » (« Le Monde » du 10 février 1979).
Imaginons qu’un organisme local munisse chaque personne adulte d’une telle carte, « chargée et rechargée » à concurrence du crédit qui lui est ouvert et notifié mensuellement. Présentée chez les commerçants mués en gérants distributeurs des stocks confiés à leur gestion, la carte, en se « déchargeant », assume, vis-à-vis des approvisionnements affectés de prix, le rôle d’une monnaie-matière à usages polyvalents. Elle n’est ni plus ni moins qu’une MONNAIE DE CONSOMMATION, c’est-à-dire une monnaie cessant (le circuler, de se transférer, une monnaie s’annulant au moment de l’achat à la manière d’un bon-matière, d’un ticket (l’autobus ou d’un billet de train.
Il suffit alors de veiller à ce qu’au flux des approvisionnements s’ajuste, au plus près mais sans rigueur excessive, celui des ouvertures de crédits qui, pareillement, fondent et se renouvellent au rythme des achats, de la manifestation des besoins. Cet équilibre approximatif entre l’offre et la demande se réalise de façon empirique, à la fois par un judicieux maniement des prix, par un aménagement de l’emploi et par la mise en place, le cas échéant, de revenus-monnaie complémentaires chez certaines catégories de consommateurs.
Nul, désormais, n’a plus besoin de quérir, de déplacer le revenu d’autrui pour former, pour constituer le sien. La monnaie de consommation, « chargée » sur carte INNOVATRON, traduit une certaine quantité de droits à consommer délivrée à toute personne participant ou ayant participé au travail requis par les approvisionnements, indépendamment de la durée, de la permanence de l’effort accompli.

