Au fil des jours

mardi 17 janvier 2006
par  M.-L. DUBOIN

 L’absence d’une politique de santé

Après avoir mis (comme l’a constaté la Cour des comptes) la sécurité sociale en déficit en détournant 16 milliards [1] d’euros du budget qui lui était destiné (à savoir 2 milliards d’exonérations de cotisations pour les entreprises, plus des taxes dont 2,7 milliards sur les alcools, 8 autres sur le tabac et 3 sur les automobiles) et sans parler de la baisse de recettes liée à la montée du chômage, le gouvernement vient d’obtenir du Parlement l’autorisation de “réformer” la sécurité sociale par ordonnances, c’est-à-dire sans débat.

Il faut donc constater que rien, ni une majorité de votes contestataires aux différentes élections qui ont eu lieu, ni changement de ministre, n’a empêché le gouvernement de poursuivre la “déforme” de la sécurité sociale et de la politique de santé, après celle des retraites et bien d’autres, comme il en avait décidé [2].

Comme quoi on peut légalement nier la démocratie : il a suffi d’abord que l’opinion publique soit mal informée pour qu’elle ne puisse que plus tard, dans un an, peut-être plus, découvrir la réalité des changements ; puis que les syndicats, et même les mutuelles, soient appâtés par le désir de se voir investis du droit d’administrer les caisses pour qu’ils fassent passer avant tout leur souci d’attirer des adhérents ; et qu’enfin, au sein des partis politiques, l’ambition personnelle reste la motivation profonde...

Aucun front uni n’ayant ainsi pu faire face à tant de moyens déployés, on va assister à la suite de la destruction du principe de solidarité : le “plan hôpital 2007” va être installé, poussant à la privatisation des secteurs dits “rentables” au détriment de toute notion de service public ; ce sera la médecine à (au moins) deux vitesses, avec des soins minimum assurés seulement dans la mesure où le budget décidé sera suffisant, et les grands groupes d’assurances privés mettant la main dans le secteur de l’assurance maladie complémentaire, organisant la sélection par le risque (lié à l’âge, aux conditions sociales, au lieu d’habitation, etc.).

Plus de sécurité ni de social...

 Mais une coûteuse publicité

Le ministère de la santé vient de publier dans les quotidiens, à nos frais évidemment, des pages entières de publicité trompeuse. Par exemple, dans Le Monde du 22 juin les mots “Pour qu’il n’existe jamais une médecine à deux vitesses” s’étalaient en très gros caractères, suivis par quelques lignes assurant qu’avec la réforme, nous allions tous être soignés de la même façon. Mais il se trouve que le ministère “de la santé et de la protection sociale” a dù passer sa commande en même temps que celle de laboratoires pharmaceutiques, de sorte que cette pleine page de publicité s’est trouvée précédée par une autre pleine page de publicité allèchant les actionnaires de Sanofi-Synthélabo pour acheter ... des actions d’Aventis “pour raison de santé” ! Quand on sait que trente secondes de pub à la télé sont facturées la bagatelle de 90.000 euros, on peut se faire une idée du coût de ces pub. dans les quotidiens.

Mais que conclure du fait que les annonceurs qui dépensent de telles sommes dans les médias sont le ministère et des laboratoires pharmaceutiques ?

Quelle autre voix peut se faire entendre à ces prix-là ?

 Prévisions de coupures

Vous avez été très choqués par les coupures d’électricité opérées par les employés de l’EDF qui n’acceptent pas que leur statut soit changé afin de privatiser leur entreprise ? Ah ! ces grèvistes qui défendent leurs privilèges en prenant le public en otage !! On connaît le refrain ! Mais savez-vous ce que seront ces coupures quand l’énergie sera privatisée ? Allez voir là où la privatisation s’est déjà faite ! En Espagne, par exemple. Vous apprendrez qu’il est devenu banal que des coupures inopinées y soient opérées, dans des quartiers entiers, tout simplement pour honorer des contrats à l’exportation quand le prix du kilowatt, fixé par la Bourse, rend ce choix plus intéressant pour l’entreprise...

Et en vous renseignant un peu plus, vous découvrirez peut-être que les privatiseurs, tout en jurant qu’ils sont les défenseurs d’un service public que les grévistes ne devraient pas avoir le droit d’interrompre, sont bel et bien en train d’organiser les futures coupures : ils préviennent les usagers qu’ils auront droit à une déduction de 2 % quand la durée d’une coupure sera de plus de six heures consécutives. Ça, au moins, c’est se montrer responsable !

 Et atteintes aux libertés

Le public a aussi droit au respect de sa vie privée. Du moins, elle l’avait jusqu’au 1er juillet. Après, ce ne sera plus le cas pour les voyageurs européens qui se rendent aux Etats-Unis. En effet l’Union européenne a signé, le 28 mai, un accord qui permet aux agents américains des douanes d’exiger des agences de voyages et des compagnies aériennes qu’elles leur remettent jusqu’à 34 données personnelles des voyageurs, qui devront les fournir en achetant leur billet. Et parmi ces données figurent, outre le nom et l’adresse du domicile, l’adresse électronique, le téléphone, le “statut” du voyageur, son numéro de carte de crédit et ses préférences alimentaires (qui peuvent indiquer sa religion). Une telle autorisation étant contraire à la législation européenne, contraire à la Charte des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, de nombreux organismes de protection des libertés ont tenté de s’y opposer, d’autant qu’elle n’est pas réciproque. Mais en vain. L’administration Bush, qui voulait d’abord 39 données, a commencé par menacer les compagnies aériennes de lourdes sanctions économiques, pouvant aller, en cas de refus, jusqu’à 5.400 euros par voyageur. Même le Commissaire européen chargé du marché intérieur a jugé cette méthode inacceptable. Après dix-huit mois de négociations, l’accord a tout de même été conclu en échange (!?) d’un engagement de l’Administration américaine de détruire ces données après trois ans et demi, si elles n’ont pas été utilisées dans une enquête contre le terrorisme. En fait, l’Europe a cédé pour des raisons économiques, les compagnies aériennes craignant de voir diminuer leur trafic dans l’Atlantique Nord, trafic qui retrouve à peine (25 millions de passagers en 2003) son niveau d’avant le 11 septembre. Les Droits de l’Homme étant encore une fois sacrifiés sur l’autel du profit, il n’est pas certain que la nouvelle Assemblée européenne, où la Droite est majoritaire, introduise un recours contre cet accord.


[1Pour comparaison, les banques françaises ont empoché un profit de 18 milliards d’euros en 2003.

[2Voir “Réformes ou déformes ?” dans GR 1038, décembre 2003.


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.