Ça chauffe !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : février 2004
Mise en ligne : 10 novembre 2006

  Sommaire  

Commençons par une minute philsophique, inspirée par Olivier Clerc, un écrivain et philosophe sûrement trop méconnu [1]. Il nous place, en pensée, bien sûr, il est philosophe et pas biologiste, dans une marmite d’eau froide, avec une grenouille qui y nage dans le bonheur. Un feu est allumé sous la marmite, faisant doucement chauffer l’eau. Quand l’eau devient tiède, la grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager avec plaisir. L’eau chauffant toujours, elle devient un peu chaude pour la grenouille, qui commence à trouver que c’est désagréable ; elle se fatigue, mais elle ne s’affole pas. Et puis quand l’eau devient vraiment très chaude, la grenouille trouve que c’est vraiment pénible, mais elle s’est affaiblie, elle est devenue incapable de rien faire, elle ne peut plus que supporter. Et la température continue de monter jusqu’à ce que la grenouille finisse par cuire et en mourir, sans avoir fait quelque chose pour s’extraire de la marmite.

Un biologiste expliquerait que si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte nécessaire pour s’éjecter de la marmite. Mais lorsqu’un changement est effectué assez lentement, il échappe à la conscience et par conséquent il ne suscite pas de réaction, ni opposition ni révolte.

Le philosophe ajoute que nous subissons une lente dérive sociale et que des tas de choses qui nous auraient révoltés il y a 20, 30 ou 40 ans ont été peu à peu banalisées, de sorte qu’elles ne nous dérangent plus que mollement et même qu’elles laissent carrément indifférents la plupart des gens. Citons-le : « Les noirs tableaux annoncés pour l’avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire dramatiques.…Alors, conclut-il, si vous n’êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu’il soit trop tard ! »

 

C’est parce que nous ne sommes pas encore tout à fait cuits que nous cherchons quel coup de patte donner ensemble pour sortir de la marmite.

Et c’est pourquoi, au début de l’été, après avoir fini la présentation de notre étude de la monnaie telle qu’elle est aujourd’hui, nous avons proposé à nos lecteurs de la diffuser autour d’eux, d’organiser des discussions et de réfléchir, grâce aux informations rassemblées, à ce que pourrait être une nouvelle transformation des règles monétaires, qui, contrairement aux précédentes qui avaient pour objectif l’intérêt de quelques uns au détriment de tous, serait cette fois conçue dans l’intérêt général.

 

Sans doute à cause de la canicule, ou bien parce que les mécanismes actuels de la monnaie sont particulièrement difficiles à digérer, la récolte fut un peu maigre. Nous avons surtout reçu des informations et des reproductions de textes d’associations ou de mouvements, dont, en général, nous avions déjà parlé. Comme nous l’avions annoncé, nous en publions l’essentiel.

Mais heureusement, depuis, nous avons reçu les réflexions originales de Paul Vila et le rapport sur “l’expérience de Palmeira” rédigé Caroline Eckert.

D’autre part, le débat sur le revenu garanti semble reparti. Mouloud Touileb juge important le fait qu’une députée ait suggéré au gouvernement de verser à tous, à titre de droit civique, un dividende universel.

Et Jacques Bonnet nous signale qu’une motion alternative au texte classique (relèvement des minima sociaux, réduction des inégalités, etc.) a été proposée chez les Verts. L’argumentation en faveur d’un revenu garanti comme socle de leur projet en matière sociale y paraît enfin ouverte à certaines de nos propositions. Quel progrès quand on se souvient du rejet catégorique, aussi inconditionnel qu’incompréhensible, par lequel J.Zin nous avait refusé la parole lors des États généraux de l’Écologie politique organisés par les Verts en décembre 2002.

 

Et pendant ce temps, la croissance est toujours présentée comme la panacée, alors même qu’elle ne résorbe pas la misère, ni même le chômage ! Un remarquable travail, transmis par Patric Kruissel, fait le tour de ce problème. En concluant que l’économie actuelle est en totale contradiction avec les Droits de l’Homme, il complète nos propres conclusions, à savoir que la marmite dans laquelle nous nous sentons plongés, tels des grenouilles, sans avoir été consultés, chauffe sous l’effet de deux contraintes injustifiées et insupportables, celles de la compétitivité et de la croissance.

Comme l’eau commence à bouillir, nous allons publier la fin de notre dossier sur la monnaie qui suggère trois “clés” pour mettre fin au règne du fric et rendre possible “un autre monde”.

Mais faute de place ici, c’est dans notre prochain numéro que nous présenterons la synthèse de Patric Kruissel et nos trois propositions.


[1Merci à Georges Gaudfrin de nous avoir transmis le texte dont ceci est extrait.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.