En finir avec le monétarisme ?

par  J.-P. MON
Publication : février 2004
Mise en ligne : 10 novembre 2006

La Commission européenne vient tout récemment de saisir la Cour de justice de l’Union contre le Conseil des ministres pour non respect du pacte de stabilité.

Saisine que l’ancien Premier ministre Michel Rocard qualifie, sous le titre “Ubu, roi d’Europe”, dans Le Monde du 20 janvier, de “stupide, dangereuse et inévitable”. Inévitable car la Commission se doit de faire respecter les règles communes, même si elles sont discutables : « s’il suffisait qu’une règle soit contestable pour que chacun s’autorise à la rejeter, il n’y aurait plus de civilisation ». Dangereuse car si elle est rejetée, la Commission perdra la face et son autorité. Stupide enfin, car si la plainte reçoit une suite positive, la sanction imposée à l’Allemagne et à la France sera une forte amende, ce qui ne fera qu’aggraver les déficits et la récession. De toute façons, la plainte sera longue à instruire et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts de Paris et de Berlin… Réviser le pacte pour tenir compte des difficultés économiques du moment « était à la fois une évidence et une urgence » dont la Commission, et notamment le commissaire Pedro Solbes, n’ont pas su, ou pas osé, prendre l’initiative, pas plus que les chefs de gouvernement. « Ce n’est pas aux juges de régler le problème de savoir à quels critères doit répondre la gestion de la monnaie unique. La révision du pacte de stabilité s’impose de toute façon, et de manière urgente ».

Allant plus loin, Michel Rocard dénonce « la sureté de soi et l’arrogance des défenseurs d’un système de pensée financière – le monétarisme – qui entend ramener le monde entier au respect de ses seuls critères ». Mais il partage la pensée unique de ses collègues au pouvoir sur les vertus de la croissance puisqu’il ajoute que : cette théorie « limite l’alimentation financière de la croissance, aggrave le chômage, ampute les États des moyens de promouvoir l’éducation de masse et la recherche… pousse à ralentir l’aide publique au point de bloquer le développement de nombreuses nations. Il est d’autres moyens que la raréfaction de la monnaie pour combattre l’inflation ».

Est-ce une prise de conscience tardive en matière monétaire ? La conclusion de Michel Rocard laisse supposer qu’il a beaucoup évolué depuis son passage par l’Hôtel Matignon : « Les vertus supposées du monétarisme ont fait illusion pendant deux décennies. Il est aujourd’hui urgent de se rendre à l’évidence de sa malfaisance. Ce devrait être un point central du combat des forces de gauche qui aujourd’hui militent beaucoup plus contre ses conséquences que contre son principe ».

Allez, Michel, encore un effort pour découvrir la monnaie distributive !


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.