Et selon les Écritures : Que celui qui n’a jamais « chassé »...

par  E.R. BORREDON
Publication : mai 1980
Mise en ligne : 30 septembre 2008

Confidences recueillies par Jacques VEAU (ex Bonhomme) Français
Moyen et rapportées par E.R. BORREDON.

Vous avez sans doute encore en mémoire ma causerie relative
à l’établissement du budget national 1980, à l’occasion
de laquelle je vous ai expliqué comment il avait été
possible de mettre à la disposition de gouvernements africains
francophones des centaines de milliards de francs lourds, sans obérer
pour autant l’économie de la France.
Cela me permet d’aborder, dans la foulée, si j’ose dire, un sujet
sur lequel il m’est difficile de vous cèler plus longtemps la
vérité. Il s’agit, comme vous l’avez deviné, de
ce qu’une presse qui se croit libre a appelé « l’affaire
des diamants ».
Le pays dont Bokassa était l’empereur, ancienne colonie française,
présente une importance pour les intérêts français,
nationaux et privés. A ce point que ses ressources minières
nous ont conduit, moi et les miens, à en faire, vous excuserez
l’expression, une véritable chasse familiale gardée.
Or, les diamants en particulier, dans ce pays, s’y ramassent à
la calebasse à la pelle veux-je dire, mais ne présentent
aucune utilité pour la consommation des populations autochtones
qui lui préfèrent le manioc, les bananes ou le riz, voire
même dans les grandes occasions, et pour honorer les invités,
peut-être, la chair humaine.
En un mot, il n’y a pas, vous me l’accorderez, de quoi faire un plat.
Il m’était donc bien difficile, dans ces conditions et alors
que, ministre des Finances d’un pays riche, j’avais tout pouvoir de
dispenser à ces pauvres gens, en les remettant de la main à
la main à leur maître et sans pour autant compromettre
nos équilibres financiers, quelques dizaines de milliards, il
m’était bien difficile dis-je, de refuser des présents
aussi vulgaires que ces sacrés diamants.
Mais cette histoire de pierres vous conduit naturellement à vous
demander pourquoi nous sommes si « chiches » envers ceux
de nos concitoyens qui n’ont toujours pas, malgré les promesses
faites, des moyens décents d’existence.
Tout d’abord, c’est qu’ils sont bien nombreux, environ 1/5e de la population
de notre pays. Or, toute aide les concernant est obligatoirement prise
en charge par le budget national, c’est-à-dire en définitive
par le reste de la population puisque l’équilibre des recettes
et des dépenses est une règle impérative. Quels
sont, en fait, ces concitoyens défavorisés ?
Dans leur majorité, des cas sociaux ; je dirai même sans
aucune méchanceté des minables dans tous les domaines,
sans avenir lorsqu’ils sont encore jeunes, dans l’impossibilité
de se défendre par des manifestations de rues ou des grèves
syndicales qui, gênant leurs compatriotes, contraignent les Pouvoirs
Publics à prendre conscience de leurs doléances.
Evidemment, tant qu’ils sont en vie, il leur reste leur bulletin de
vote.
C’est dans cette optique que nous avons fait inscrire au chapitre des
dépenses du budget 1980, avec toute la publicité adéquate,
des mesures en faveur de ces catégories sociales si intéressantes.
La principale de ces mesures, vous le savez, consiste en l’octroi d’un
secours individuel exceptionnel perçu en février par les
personnes âgées nécessiteuses, sans qu’elles aient
eu à effectuer quelque démarche que ce soit. Notez bien,
en passant, cette délicate décision qui traduit la considération
que nous avons de leurs soucis quotidiens. L’allocation ainsi versée
à domicile était de 150 F. Lourds. il va de soi. Vous
allez me rétorquer que ce n’est pas avec une pareille somme que
les bénéficiaires pourront inviter à leur table
leur Président bienfaiteur. Non, bien sûr, et je n’aurais
garde de solliciter telle invitation. Nous n’avons évidemment
pas insisté sur le caractère dérisoire de cette
aumône.
Mais nous avons par contre souligné qu’elle constituait, vu le
nombre des intéressés, une charge globale supplémentaire
de plu. sieurs centaines de millions à prendre en compte par
l’ensemble (les contribuables, et donc, vue sous cet angle, un effort
méritoire Mont les bénéficiaires auraient le devoir
de se féliciter et de nous être électoralement reconnaissants
à la prochaine occasion.

...Me jette la première pierre
(précieuse bien entendu)