Évolution historique de la condition féminine

par  D. DELCUZE, M.-L. DUBOIN
Publication : septembre 1983
Mise en ligne : 15 octobre 2006

Le premier grand tournant de l’histoire de notre civilisation fût le passage de la société agricole, qui existe encore dans certains pays dits sous-développés, à la société industrielle que nous connaissons.

"Dans la société pré-capitaliste de type patriarcal, le foyer et la famille étaient le centre d’une production agricole et artisanale" [2]. En concentrant la production dans les usines et les bureaux, le capital a détruit la famille et la communauté comme centre de production en en détachant l’homme pour faire de lui un travailleur salarié ; "il a fait porter à l’homme la responsabilité financière des femmes, des enfants, des vieux et des malades, en un mot de tous ceux qui ne recevaient pas de salaire. C’est à partir de ce moment qu’ont commencé à être exclus du foyer tous ceux qui ne procréaient ni ne servaient ceux qui travaillaient pour un salaire" [2].

Ce processus s’est répété "à chaque fois qu’une société se développait au-delà du simple niveau de subsistance et créait une civilisation exigeant une spécialisation fonctionnelle" [3], comme le montre I. TINKER dans son étude sur l’Afrique. De même, observant l’Asie du Sud-Est, M. EBIHARA a noté la dégradation de la condition des femmes après la fin de l’empire Khmer : "Historiquement, ces états bureaucratiques ont produit une société stratifiée dont les classes supérieures vivaient dans les villes. En conséquence, les femmes, coupées de leurs fonctions de productrices des aliments de première nécessité, devenaient de plus en plus dépendantes des hommes, d’autant plus que les hommes de la classe supérieure étaient maîtres de vastes revenus et adoptèrent généralement un style de vie plus fastueux. Les femmes perdirent leur base économique et la seule valeur qu’on leur reconnût fut l’enfantement et la fourniture de services sexuels. C’est ainsi qu’elles en vinrent à être de plus en plus "protégées" ou recluses - perçues comme des joyaux, jouets pour les hommes, ou moyen de perpétuer la lignée" [4].

Analysant chez nous, l’évolution des rapports hommes- femmes face au travail, Paul LAFARGUE remarque : "quand les filles et les femmes de la petite bourgeoisie, obligées de gagner leur subsistance et d’accroitre les ressources de la famille, commencèrent à envahir les magasins, les administrations, les postes et les professions libérales, les bourgeois furent pris d’inquiétude pour leurs moyens d’existence déjà si réduits ; la concurrence féminine allait les réduire encore" [5].


[2M.R. DALLA COSTA, Les femmes et la subversion sociale, Déc. 1971.

[3I. TINKER, Le développement contre les femmes, Questions Féministes n° 6, septembre 1979.

[4May EBIHARA, Khmer Village, Women Cambodia, Many sisters : Women Gross-Cultural Perspective (Carolyn S. Matthiason, ed,1974).

[5P. LAFARGUE, La question de la femme, (édition de "l’Oeuvre Nouvelle", 1904).


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.