L’heure n’est pas au désespoir

par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 10 août 2007

La raclée infligée par Sarko-l’Américain à toute la gauche vient de faire la preuve que celle-ci n’est pas capable d’opposer à son idéologie et à ses beaux discours un projet qui puisse venir à bout des calamités de notre temps. Ni le PS qui se dit parti de gouvernement mais n’a pas d‘idéal, ni le PC qui rêve toujours de créer des emplois sans se préoccuper de savoir pour quoi faire, ni les Verts qui cherchent encore à concilier leur souci écologique avec l’économie de profit, ni les altermondialistes qui ne s’entendent pas sur cet “autre” monde qu’ils prétendent défendre. Dans ces conditions, un parti qui dispose des moyens financiers et médiatiques, soutenant un candidat qui déborde d’ambition et ne doute de rien, ne pouvait que séduire un électorat désemparé, et fort peu entraîné à vérifier ce qu’on lui affirme. Comme l’exprime ci-aprèss notre ami G-H Brissé, on peut craindre ce qui va se passer quand “la France d’en bas” va s’apercevoir que l’enchanteur ne fait disparaître aucune de ses détresses.

Le manque quasi total de perspective plus heureuse risque d’inciter beaucoup de monde à courber l’échine en se lamentant. Pourtant, c’est dans cette ambiance, plus morose que jamais, que nous avons reçu plusieurs de ces messages qui vous interdisent de désespérer. À croire que les distributistes se sentent une responsabilité nouvelle parce qu’ils constatent qu’ils sont bien seuls à avoir quelque chose de cohérent à proposer. Comme s’ils s’étaient donné le mot pour montrer que la démocratie c’est aussi se prendre par la main, sans attendre un sauveur, voici que de la région lyonnaise, de la région bordelaise et de Bretagne, des lecteurs nous ont annoncé qu’ils ont pris des initiatives, et que n’ayant plus peur de passer pour des utopistes, ils ont décidé de se faire entendre.

Serge Bagu, d’abord, nous a rapporté que « à Vaulx-en-Velin, s’est constitué le groupe “Les sans carte, de gauche”, issu du “groupuscule” de “citoyens actifs”, ce mouvement vaudais qui se compose de tous ceux qui ont préparé ta conférence, Marie-Louise, en mars. “Les sans carte, de gauche“, a-t-il ajouté, espère rassembler tous les citoyens de gauche qui ne veulent pas se faire phagocyter par un parti dès lors qu’on pense différemment. Ce travers a certainement nui au PC ces dernières décennies. Azzédine Soldani, “sans carte, de gauche”, nous représente en tant que suppléant de la candidate du PC. Il n’a aucune ambition personnelle. C’est le PC qui est allé le chercher. Après un premier refus, il a accepté de soutenir ce parti après avoir obtenu la garantie d’être libre de ses propos.

Pour son premier débat public avec Marie-France Vieux-Marcaud, la candidate du PC, il a subtilement fait comprendre qu’en quelques décennies le temps passé au travail avait considérablement baissé et cela grâce à des moyens de production de plus en plus modernes. Il a fait exprès de ne pas prononcer les mots d’économie distributive et de Jacques Duboin, sachant que la plupart des communistes, simples adhérents ou responsables, en sont toujours au temps de Karl Marx. Comme j’aime à le dire, il est difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif, et il convient donc d’introduire les idées nouvelles à doses homéopathiques.

J’en ai quand même rajouté une louche en livrant ma réflexion sur leur proposition No2 : « promouvoir une politique industrielle et de services, créatrice d’emplois ». J’ai dit : « Votre proposition est tout à fait louable, mais j’aimerais vous rappeler qu’une entreprise n’est pas faite pour créer des emplois, mais bien pour fabriquer des produits. Autrement dit, dès qu’un employeur pourra remplacer un salarié par une machine, il le fera. Les entreprises ne deviendront pas philanthropes dans un marché concurrentiel. C’est pourquoi je pense que vouloir retrouver le plein emploi à l’heure d’une production de plus en plus automatisée est une utopie. » Dans sa réponse, Marie-France exprima exactement l’inverse, et Nass Hassani, qui menait le débat, a proposé de faire, après les Législatives, un grand débat contradictoire sur les différentes visions du monde du travail. Étaient présents : Guy Fischer, vice président du Sénat et Maurice Charrier, maire de Vaulx-en-Velin (qui a bien aimé ce que j’ai dit).

Ainsi, ça bouge à Vaulx-en-Velin. On a bien conscience de la difficulté qui nous attend pour décrasser les esprits, mais ça bouge, ça bouge. Jacques Duboin n’est plus un illustre inconnu dans notre ville. La conférence de Marie-Louise, son livre, le billet de Bernard Maris, les nouveaux abonnés à la GR et maintenant Azzedine, sont les gouttes d’eau qui font les rivières. J’ai surnommé Azzedine “le Viagra de la gauche” ce qui a bien fait rire tout le monde ! ».

Nouveau message de Serge ensuite : « Bonne nouvelle ! Les sans carte, de gauche, de Vaulx-en-Velin viennent d’ouvrir un blog. Les sans carte sont des gens de la société civile qui ne veulent pas se trouver embrigadés et formatés au sein d’un parti, fut-il de gauche. En gros, tous ceux qui voudraient que le vote blanc soit pris en considération.

C’est bien la preuve que ta conférence a troublé les esprits, même parmi les absents ce jour-là. C’est assez remarquable quand on pense qu’en mars on était dans la campagne présidentielle. Le but des sans carte est d’être le poil à gratter de la pensée de gauche. Le décrassage des esprits sera long. Au sein du PC vaudais, Azzedine ne voit pour l’instant que 2 ou 3 personnes susceptibles d’accepter l’idée d’une société autre que marchande.

Le débat continuera après les élections même si Azzedine prend une raclée. C’est pourquoi on a crée ce blog. On va tout faire pour que ta conférence ne reste pas sans suite. Je ne ménage pas ma peine pour parler du billet de Bernard Maris ainsi que de l’article de l’Humanité concernant ton livre. Je suppose que les dirigeants du PC lisent L’Humanité, eh bien pas un seul d’entre eux n’a daigné nous le signaler… !

Voici l’adresse internet de notre blog : http://lessanscartedegauche.free.fr

On l’a créé aussi, bien sûr, pour tous les fidèles de Jacques Duboin, son contenu est pour l’instant plus que maigrichon, mais on démarre et c’est un point de ralliement épatant pour faire avancer nos idées ! »

C’est Marc Dehousse qui a pris l’initiative en Aquitaine. Fin avril, il envoyait un premier message : « À force de parler sans résultat, j’ai fini par accepter d’être suppléant pour les collectifs antilibéraux sur Pessac. Je me retrouve avec une candidate du PC bien sympa et suis censé représenter la diversité (monde associatif, Association pour l’Économie Distributive, etc...).

J’ai fait accepter par le PC local d’enlever de tous les discours un maximum de termes "anti", "contre", etc. En fait je leur ai demandé d’arrêter d’être négatifs et de construire une pensée combative mais positive qui donne de l’espoir. Ensuite, j’ai passé à ma candidate et partenaire quelques numéros de la GR à lire. (Ils ne connaissaient pas au PC, à la LCR non plus d’ailleurs). Ils m’ont trouvé révolutionnaire, un comble, mais sont curieux des solutions de l’ED.

Vu que le PC n’a plus rien à perdre, sinon deux misérables pourcent, il peut prendre le risque de changer son fusil d’épaule. C’est-à-dire de se remettre en question et de s’ouvrir à l’étude de nos idées distributives. Du côté de la LCR, ce sont surtout des jeunes qui suivent le mouvement revendicatif, mais en restant toujours ouverts aux idées neuves, du moment qu’on prend le temps de leur expliquer.

Nous souhaitons ne pas rivaliser mais coopérer à l’émergence d’idées de progrès. L’idée est venue à ma candidate de proposer une réunion d’information et de réflexion sur l’ED ouverte à tous les groupes de la gauche. »

Plus tard, Marc raconte : « À la fête de l’Huma, j’ai pu distribuer la quasi totalité des revues et occuper mon temps de parole. Ton livre était en vente à la librairie de la Renaissance de Toulouse. Mardi prochain, je participe, non en tant que candidat, mais en tant que militant AED, au café économique de Pessac, qui compte discuter sur le thème de la dette, des politiques et de l’économie. A priori, il y aura l’UMP, les Verts, et le PS, avec mon opposant Alain Rousset. » Et il ajoute : « À propos des Verts, toujours aussi inconsistants en matière d’économie, voici un paragraphe de la page 25 de leur programme :

Une dette publique à stabiliser

En 25 ans, la dette publique française est passée de 20 % à plus de 60 % du PIB. Le paiement des intérêts de la dette est devenu le deuxième poste de dépense budgétaire. Cette situation revient à opérer une redistribution de tous les contribuables vers ceux qui disposent d’une épargne et de la France vers l’étranger puisque 50% de la dette est possédée par des non résidents.
Pour autant cette situation n’est pas catastrophique. Il est normal que l’Etat soit endetté, sinon les ménages ne pourraient pas placer leur épargne en obligations et assurance- vie essentiellement constituée d’obligations d’Etat. Par ailleurs, le niveau important de la dette s’explique par le chômage de masse et reflète en partie la socialisation croissante des revenus. Sans être catastrophique, l’endettement actuel impose quand même de trouver des solutions au niveau européen, en lien notamment avec la politique monétaire. Les investissements importants qui résulteront de la conversion écologique de l’économie devront être principalement financés par l’endettement public européen, notamment auprès de la BEI et de la BERD...

Autrement dit, commente Marc, ils veulent sauver le monde en utilisant le capitalisme, … ils trouvent normal pour un État d’être endetté et de verser des intérêts sur des projets vitaux, il est normal de favoriser l’épargne capitaliste, etc. Mais ils préféreraient que ce soit l’Europe qui paie plutôt qu’eux. Alors, au fond, pourquoi l’Europe, pour se rembourser, n’endetterait-elle pas le Tiers-Monde, comme le font les Américains ? Dire que les Verts sont le premier parti que j’ai entrepris pour diffuser l’ED, il y a 15 ans ! »

Ce dernier commentaire de Marc prouve qu’il est solide et ne se décourage pas. Il nous a envoyé des nouvelles après les élections : « Notre résultat est honorable, vu le manque de moyens et une certaine désorganisation surtout dans le groupe collectif de Pessac. Au global, nous avons fait 2,49 %. Nous avons donc repris un peu de l’électorat communiste, suffisamment pour qu’Alain Rousset nous appelle à la rescousse, ce qui devra se payer un jour.

Et à ce propos, je pense remettre cela pour les municipales, afin d’enfoncer ce clou à peine pointé.

J’ai commandé un autre exemplaire de ton livre pour le faire tourner auprès des militants. Concernant la réorganisation des collectifs et du PC de Gironde, il reste encore du travail à faire. Le PC Gironde semblerait prêt à organiser des rencontres-débats sur l’économie et à t’inviter. Je pense organiser cela dans le cadre ou parallèlement à la semaine des Rencontres de l’Economie Solidaire de Pessac qui devrait avoir lieu en octobre. Nous aurions aussi le soutien du SEL Gabarre, et d’autres associations. Il serait intéressant que Franck Pupunat, pour Utopia, vienne y confronter ses idées (celles de Dominique Méda). »

À Pessac comme à Vaulx-en-Velin, nos militants se servent d’internet, et Marc s’est manifesté à propos de l’émission de D.Taddeï, du 30 mai sur FR3, intitulée La dette sous toutes ses coutures : il a réagi sur le forum de FR3 en créant un sujet "la dette, ennemie publique" (taper "dette" en recherche). « Et ça rebondit. Il faut taper <http://forums.france3.fr/france3/Ce...> . Le mot de passe est alors tango33 ».

Marc souhaite arriver, en nourissant ce forum, à ce qu’une nouvelle émission sur la dette soit organisée. Voici son adresse courriel :

mdehousse (arobase) free.fr

À vous de jouer.

Et bon courage à tous !


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.