La réponse

par  R. MOURIN
Publication : décembre 2002
Mise en ligne : 28 novembre 2006

Dans notre numéro d’octobre, Rémy Mourin avait dédié ses vers à son ami “Prolo”. Celui-ci lui répond :

Intello, mon ami, je t’écoute et souris…
car j’ai lu ta revue. Tu veux que je comprenne
les causes de ma peine et je te remercie.
Comprends bien à ton tour, l’affaire est difficile.
Où veux-tu que j’accroche, sur les murs qui m’entourent,
les pensées et les mots que tu m’offres en pâture ?
Alors serais-je sot ? Aveuglé sûrement …
Car si j’ai bien compris, voilà sept décennies
que tu me les proposes… Qui en dehors de toi
me les a fait connaître ? Commençons au début :
Voilà “distribution”.

— Je dois faire attention et ne pas la confondre.
Moi elle me plaisait bien la “redistribution”.
Tu m’as ouvert les yeux : c’est encore un moyen
d’allonger le système. Toi, tu veux le changer !

— “Salaire citoyen”…
qui serait garanti !!!… Tu penses à mon voisin ?!

— Un salaire sans sueur, accoucher sans douleur …
La rédemption, mon vieux, ça aussi c’est écrit !
Tu parles de “machine”
Qui doit me “libérer”… Tu vois, là, c’est hardi…
Je sais qu’elle prend ma place, qu’à ma place elle fabrique…
Si je t’écoute, tu dis : que sur la production
on ferait la monnaie et que j’achèterais,
sans avoir à me vendre ? Ami est-ce possible ?
J’en ai parlé chez moi et ça les a fait rire.
Ça me semble sérieux et je vais le redire…
Je le ferai. Et toi, où te fais-tu comprendre ?
Les amis que tu as, se moquent-ils de toi ?
Te disent-ils aussi que “c’est de l’utopie” ?

— Mais l’utopie, leur dis-je, est “la mère du progrès” !
Tu vois, la tâche est rude. En haut les intérêts.
En bas, la soumission, le chômage, la peur…
Ce que tu me proposes, c’est de chasser les mots
qui gouvernent nos vies insidieusement
et recouvrent les maux dont ma famille souffre.

L’esprit marqué sans doute par cette découverte,
cette nuit, j’ai rêvé qu’en ouvrant ma fenêtre,
étaient entrés ces “mots”, ils s’adressaient à moi.
Avant je les croisais, ils ne me parlaient pas :
… Travail, exploitation, misère dans l’abondance,
le seuil de pauvreté et la raison des guerres…
Beaucoup d’autres encore, pour que je les comprenne…
Ensuite, je me trouvais piloter un bateau
portant au pavillon “Humanisme suprême”.
Sur le fleuve les “mots” partaient à la dérive…
J’y voyais s’essouffler le cruel mot : “survivre”…
Quand, j’entendais venir, s’élever de la rive,
Crié par une foule : “Nous voulons enfin vivre” !

Oui, c’est une histoire qui ressemble à celle
que tu m’avais contée…
Me serais-je éveillé, moins aveugle et moins sourd ?
je vois une lumière sur le noir qui m’entoure…


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.