La solution, c’est l’équité

par  J.-L. BRUNIAUX
Publication : juillet 2017
Mise en ligne : 16 novembre 2017

Jean-Luc Bruniaux ose proposer une solution simple aux plus graves des problèmes que le monde actuel doit surmonter… mais il échoue parce que sa suggestion implique une volonté des gouvernements des États membres de l’UE de ne plus laisser faire la main invisible du marché  :

  Sommaire  

Le réchauffement climatique ne sera pas de 3 à 4 degrés d’ici 2100, mais dès 2050. Trump et Poutine se désengagent de l’insuffisante COP 21. Il n’y a pas de plan B.

À cause économique, réponse économique. Alors qu’il faudrait préserver la planète, le système impose la croissance qui la détruit et la compétitivité qui asservit l’humain. Les experts nous condamnent.

Faut-il en conclure que rien n’est possible ? Non, si nous comprenons que le système est absurde, c’est qu’il est contraire à la logique courante  ; à ce point, c’est flagrant.
Et une solution rationnelle existe.

Changer de système nécessite des milliers de réformes qui ont toutes des opposants. Nous n’avons plus le temps. Pourtant il est possible, sans changement structurel, d’orienter le système positivement, exclusivement vers le progrès humaniste, social, environnemental.

 L’ABC

La solution que je défends, c’est l’équité de ce que j’appelle l’Ajustement des Balances Commerciales (ABC) européennes du vivre ensemble.

Il s’agit de demander aux pays membres de l’UE de limiter entre eux leurs excédants commerciaux. Un pays excédentaire comme l’Allemagne, pour continuer à vendre à un pays déficitaire comme la Grèce devra lui acheter une contrepartie égale, donc plus. Pour ce faire, l’Allemagne devra donc augmenter les revenus de ses citoyens, qui ne s’en plaindront pas. Il en résultera à la fois la croissance intérieure allemande et la croissance de l’exportation de la Grèce. De l’exclu à l’investisseur, en passant par le consommateur, tous y auront avantage.

De plus, cette croissance sera obligatoirement “verte”, c’est-à-dire respectueuse de l’environnement. En effet, si l’Allemagne augmente le revenu de ses citoyens, ceux-ci auront tendance à acheter des produits chinois s’ils sont moins chers que les grecs. Alors, pour lutter contre cette concurrence déloyale qui résulte d’un dumping social et environnemental, il faudra instaurer des pénalités progressives à ce genre d’exaction, y compris sur les produits européens. Ces pénalités, versées dans les caisses des États sous forme de TVA, seront redistribuées sous forme d’incitation à la consommation “vertueuse”. Ce ne seront donc pas vraiment des sanctions, mais mieux, des avantages en faveur de comportements responsables. Pour continuer à exporter vers l’Europe, l’entreprise chinoise devra ajuster ses normes sociales et environnementales.

Et il sera possible de choisir les objectifs de la transition, de même que sa vitesse, en ajustant la progression de ces incitations. Les pays tels que la Chine, s’ils veulent continuer à exporter vers l’Europe, devront mettre à niveau leurs normes environnementales et sociales, les salaires. Les citoyens chinois seront alors en capacité de consommer eux-mêmes leurs produits.

On voit donc que si l’ABC du vivre ensemble permet le progrès social et environnemental pour chacun d’entre nous, c’est qu’il garantit que tous y contribueront, même Trump.

 

Cet ABC consiste donc en une petite règle d’apparence insignifiante. Rien n’est structurellement modifié. Sans rien changer au système, tout devient positif. Notre économie de concurrence et de loi du plus fort devient échange de bons procédés. Le dumping social fait place à l’incitation sociale. La protection de l’environnement devient l’objectif fondamental. L’économique, le social et l’environnemental seront positivement bouleversés. Même le politique sera transcendé car l’ABC instaurera, par la volonté de tous, une vraie Démocratie Prédominante.

Un des multiples atouts de l’ABC du vivre ensemble est qu’il n’en appelle qu’aux 27 pays de l’UE, mais que son impact est pourtant planétaire, y compris pour Trump et Poutine. L’ajustement des balances commerciales des pays membres de l’UE répond à la règle des 3% de déficit du PIB, en l’inversant, car maîtriser l’excédent commercial des pays membres entre eux, c’est effacer les déficits budgétaires. Et, comme pour la règle des 3%, les méthodes à adopter relèvent de la souveraineté des États.

Dans l’urgence actuelle, une solution existe donc.

Mais elle contredit nos experts qui, bien évidemment, ne se presseront pas pour reconnaître qu’ils se trompent. Depuis que cette idée est soumise à l’expertise de nos élites, aucun ne lui a trouvé de faille. J’en ai contacté beaucoup et je ne vais pas en faire ici la longue liste. L’un d’eux reconnaît, en privé, qu’il n’a rien à dire contre cette façon de vivre ensemble. Un autre s’est énervé et m’a interdit de le contacter à nouveau, sans expliquer pourquoi. Un troisième se contente d’objections affectives qui ne démontrent que son incapacité à admettre qu’une théorie exacte a beau être incroyable, elle n’en reste pas moins exacte. Une élue socialiste, qui prit de bonnes mesures quand elle était ministre et qui a maintenant d’autres occupations essentielles, m’a suggéré, après un échange de plusieurs courriers, de soumettre l’idée aux experts et de revenir vers elle, une fois cette démarche accomplie ! Par contre, Albert Jacquard a été le premier à accepter d’entendre, de comprendre et de s’investir, mais malheureusement trop tôt, alors que la théorie n’était pas suffisamment élaborée. Un homme d’affaires très connu dans la région Midi-Pyrénées m’a fait perdre sept mois en objections économiques inopportunes avant, faute d’arguments, de me permettre de m’adresser à Corinne Lepage. Et celle-ci, ayant alors d’autres chats à fouetter (c’était début novembre 2015, donc juste avant la COP 21) n’a pas donné suite. Comment lui expliquer qu’il est illusoire d’espérer accorder les pays du monde entier si c’est moi le “mauvais utopiste” ? Ne miser que sur la COP 21 relevait du coup de bluff, au poker… perdu !

C’est vrai que nous voulons changer le monde : Jacques Duboin et mon père qui était son ami, le voulaient déjà il y a plus de 60 ans ! Oui, changer le monde est utopique. C’est même ça, l’utopie. Mais nous n’avons plus d’autre choix. Or l’ABC est la réponse la plus accessible.

L’entrave est l’idée reçue qui veut qu’il soit impossible de changer le monde… alors que nous le modifions tellement, jusqu’au climat !

La bonne volonté, aveugle, du fameux colibri qui persévère, même dans l’inutile, prive des forces vives, et si l’intelligence aide au choix pertinent d’un combat judicieux, il faut aussi de l’humilité. Les économistes classiques ne bougeront pas, ils ne feront rien à notre place, c’est à nous, les citoyens, d’agir. Si nous attendons que d’autres agissent, si nous fermons les yeux, ce qui n’est pas encore inéluctable va vite le devenir.