Résultats de notre sondage

PUBLIÉ DANS NOTRE NUMÉRO 891
par  M.-L. DUBOIN
Publication : novembre 1990
Mise en ligne : 19 décembre 2008

Les trois premières questions
étaient inutiles puisque la réponse qu’en attendait évidemment
l’auteur est celle qui correspond à ce que les distributistes
écrivent depuis des années dans la Grande Relève.
Les réponses sont donc à100 % : Non à l’abolition
du salariat immédiatement remplacé par un service social
qui soit, tout de suite, égal pour tous et oui à une échelle
"des salaires" maintenue à titre transitoire.

Les questions sur cette modulation
étaient introduites par l’affirmation que l’éventail des
revenus est aujourd’hui de 1 à 6. Ce qui est une effarante erreur,
et certains lecteurs l’ont souligné. Le terme "revenus", d’abord,
implique en principe aussi ceux du capital, et ceux-là, n’en
parlons pas, car, seuls, certains scandales en donnent parfois une idée
 ! Supposons donc qu’il ne s’agisse que des salaires. Alors prenons un
exemple récent dont tous les média ont parlé, et
référons-nous à la Grande Relève n° 
883 dans laquelle André Prime rappelait que le salaire de M. 
Calvet, PDG de Peugeot est de 185.312 F. par mois, soit, précisait-il,
presque
trois
fois le salaire
annuel
moyen d’un ouvrier. Plus précisément
le rapport est de 1 à 33,7. Et ne parlons pas des salaires de
certains joueurs de foot-ball ou de présentateurs de TV (on se
souvient des 240.000 F. de C. Okrent). Mais, comme l’a fort bien souligné
un lecteur qui a compris ce qu’est l’économie distributive :
"ce
n’est rien cette différence
(l’échelle de 1 à 3, 4 ou 5) si la monnaie n’est plus
capitalisable".
Dans ces conditions,
la réponse à
"faut-il
resserrer l’éventail des revenus ?"

(supposé être de 1 à 6) est 1 /3 de oui, 1 /3 de
non et 1/3 de ni oui ni non. La question a sans doute été
mal comprise parce qu’après avoir répondu non, beaucoup
de lecteurs répondent oui à l’une des trois suggestions.
Parmi les réponses à ces
suggestions,
25 % sont en faveur de l’éventail de 1 à 5, 12 % pour
l’éventail de 1 à 4 et 23 % proposent de 1 à 3.

La question suivante, comme
les trois premières, appelait une réponse évidente.
Non, à 100 %, personne ne tolère une telle échelle
des patrimoines allant de 1 à 66 !

Il s’agissait ensuite d’un
débat comme il aurait pu y en avoir un, officiellement, à
propos du revenu minimum garanti. Mais bien entendu, tous nos lecteurs
sont d’accord pour penser qu’il faut instaurer en priorité un
revenu social égal pour tous les chômeurs (un seul lecteur
répond : Non, selon l’âge), pour tous les malades de longue
durée, pour tous les gens âgés démunis (le
même lecteur précise : s’il a plus de 50 ans), pour tous
les handicapés et pour tous les étudiants. L’unanimité
de ces réponses n’étonnera personne.

On demandait ensuite, à
titre indicatif, quel devrait être le montant actuel du revenu
social. L’auteur du questionnaire, mais seulement dans sa propre réponse,
note
"aucun élément
sérieux ne permet de fixer une somme".

Néanmoins, puisque la question était posée, elle
a reçu des réponses dans 63 % des cas. Parmi ces réponses,
deux seulement (?), "2.000 à 6.000 F."et "9 à 36.000"
impliquaient un éventail cohérent avec celui précédemment
choisi ( "1 à 4"). Les autres réponses, ou bien donnaient
deux valeurs, mais qui ne correspondaient pas à l’éventail
(3 à 3.500F et 10 à 16.000F, avec "1 à 3", 7 à
8.000E avec "1 à 4", 6 à 10.000F, 8 à 10.000F,
7 à 8.000F, avec "1 à 5") ou bien n’indiquaient qu’une
valeur : parmi ces valeurs, 8 % étaient audessous du SMIC, 28
 % à ce niveau, 39 % entre le SMIC et 8.000Fet enfin, 25 % audessus
de 8.000F. II semble que ces chiffres reflètent plutôt
l’estimation de ce que nos lecteurs consi
sant,
que le résultat de leur calcul du revenu qui est aujourd’hui
possible.

La dernière question
avait un aspect sociologique intéressant car il s’agissait de
savoir si les lecteurs considèrent que le revenu doit être
attribué à chaque individu en tant que tel, donc en tant
que personne autonome, libre de vivre en famille ou non , ou bien s’il
devait être attribué à la famille : "fixé
pour l’ensemble du foyer"
disait le texte. Une très forte majorité
se prononce pour le revenu versé à titre individuel :
77 % des réponses et celà malgré le fait, vraiment
désolant, qu’une énorme majorité des réponses
(93 %) aient été rédigées par des hommes.
Enfin 71
précisent que le revenu
doit être modulé en fonction de l’âge.

En conclusion, le résultat
de ce sondage n’étonnera pas nos lecteurs. Nous pensons tous
que le revenu social doit d’abord permettre aux plus démunis
et aux chômeurs de recevoir de quoi vivre décemment, et
qu’un revenu "d’émulation" sera encore nécessaire pour
stimuler l’activité. Mais ce revenu supplémentaire, même
si, comme c’est fondamental, il n’est pas thésaurisable, devra
rester en proposition raisonnable par rapport au revenu de base. Comme
le précise un lecteur : "il
semble
possible, dès à présent, d’instituer un revenu
social minimum décent, permettant de vivre très modestement
sans travailler. Ainsi chacun pourrait choisir de travailler, mais seulement
si ce travail est humainement enrichissant. Le travail ne doit pas être
obligatoire. II doit être attrayant et participer à l’épanouissement.
C’est possible : voir par exemple le travail bénévole
de nombreux retraités qui refusent d’être en retrait".

Ce lecteur aborde ainsi la nécessité
de considérer comme "travail" reconnu, toutes les
activités
utiles à la société, mais non rentables au sens
marchand du terme. Ainsi, ce sondage confirme qu’à une large
majorité, nous pensons que le revenu est dû à titre
individuel. Ceci est réconfortant quand on songe aux efforts
que fit J. Duboin pour faire admettrre que l’économie distributive
s’impose parce que la production potentielle actuelle est le fruit du
travail des générations passées, dont nous sommes
tous, et tous au même titre, cohéritiers.

II faut, hélas, tirer
une autre conclusion : le nombre de lecteurs qui ont fait l’effort de
répondre est très faible, de l’ordre de 5 % de ceux qui
reçoivent le journal. Même si ce taux correspond à
la moyenne obtenue par tout périodique qui consulte ses lecteurs,
même si les questions posées enfonçaient un peu
des portes ouvertes, il n’en demeure pas moins que c’est vraiment dommage
que les distributistes ne soient pas infiniment plus mobilisables que
le reste de la population ...

Nous leur avons offert à
nouveau, dans notre numéro 892, l’occasion de se mettre à
contribution en faisant marcher leurs méninges pour trouver un
"logo" digne de nous. Si nous recevons aussi peu de réponses(1),
que nos lecteurs ne viennent pas se plaindre

"que nos idées ne font leur chemin que trop lentement" ! S’il
n’y a que 5 % de distributifs capables
de se battre pour défendre nos idées, nous ne sommes pas
près de pouvoir former le parti politique soudé et efficace
qui aura les moyens de faire évoluer l’opinion...

Terminons tout de même
par une note optimiste : certains lecteurs, en répondant, ont
joint une lettre à leur questionnaire. Certaines de ces lettres
alimentent la rubrique "courrier " de ce numéro. On peut ainsi
espérer que le débat n’est pas clos...

(1) NB, le 13 Octobre : II semble
même que nous en recevions infiniment moins ...C’est assez décourageant.