Une seule alternative

par  R. CARPENTIER
Publication : juin 1990
Mise en ligne : 17 mars 2009

Tout le monde connait l’économie capitaliste...
C’est le régime que nous subissons tous, avec toutes ses injustices,
ses inégalités, ses haines sociales entre les hommes,
ses destructions de richesses, ses guerres, etc... ses prisons pour
ceux qui réclament plus de justice.
C’est aussi, aujourd’hui, l’impossibilité de tourner dans le
système des prix-salairesprofits. L’engrenage est grippé
et fait mal à tout le monde : chômage, difficulté
d’acheter et de vendre, ralentissement et destruction des productions,
misère...
Mais alors que faire si cette institution libérale n’est plus
viable ? Par quoi la remplacer ? D’aucuns se sont tournés pendant
longtemps vers les pays de l’Est et leur économie "socialiste"
dirigée. Mais là encore l’économie de marché
y subsistait. On avait évincé les patrons, mais on les
avait remplacés par un parti unique tout puissant. On avait supprimé
la propriété privée des moyens de production, mais
c’était la bureaucratie omnipotente qui la remplaçait.
Autrement dit, on avait enlevé aux hommes la honte de s’exploiter
économiquement entre eux, mais c’était l’Etat tentaculaire
qui les étouffait politiquement et leur déniait tout droit
à la liberté. En somme quelle différence y avait-il
entre une injustice criminelle subie sous une économie marchande
libérale et celle assénée par une économie
dictatoriale d’Etat ? Leur point commun est le bagne à l’Ouest
et le goulag à l’Est ! Les hommes seraient-ils condamnés
à vivre dans la contrainte et l’inégalité économique
et sociale ?
Eh bien non ! n’en déplaise aux tartufes qui en vivent, les privilèges
hiérarchiques économiques et politiques ne sont pas naturels
 ! II est possible maintenant de vivre, de s’organiser d’une façon
égalitaire sur des bases fédératives en se passant,
d’une part, du capitalisme libéral, et, d’autre part, de la contrainte
d’un Etat autoritaire. On peut, grâce à l’idéal
du socialisme distributif, instaurer une société où
"l’organisation des choses remplacera le gouvernement des hommes"(1).
Et que nous foutent la paix tous les aspirants à une quelconque
morale ou règle pour diriger les hommes : les hommes ne changeront
que s’ils n’ont plus faim !

(1) de J.Duboin, dans "L’Economie Distributive
de l’Abondance", page 41.