Voter ne suffit pas

par  M.-L. DUBOIN
Publication : mars 2001
Mise en ligne : 4 décembre 2005

La campagne des élections municipales battant son plein, les candidats apparaissent sur les marchés qu’ils jonchent de tracts remplis d’affirmations et de promesses... assurés que s’ils sont élus, ils pourront décider, au nom de leurs électeurs, le temps de leur mandature. Au moment même où ces électeurs s’aperçoivent que les politiciens, même ceux qui semblaient les mieux intentionnés, n’ont pas pu résister à la dictature de la finance, à l’idéologie libérale qui leur a imposé une politique économique productiviste dont ils découvrent les dangers !

Il est tentant, alors, de dire « Tous pourris ! Gauche ou droite...Blanc bonnet... etc. » et même d’ajouter « Moi, je ne fais pas de politique » comme si cela voulait dire « moi, je suis propre ». Cette attitude un peu facile essaie de dissimuler qu’en fait on a choisi de laisser faire et enlève le droit de critiquer.

Parce qu’on vit en société, on ne peut pas laisser chacun construire sa route où bon lui semble, sans souci pour son voisin. Il faut donc des lois, il y a des décisions politiques à prendre, et dans un état de droit démocratique, c’est un minimum que le peuple puisse de temps en temps exprimer son choix. Choisir entre les candidats qui se présentent est donc un devoir civique.

Mais il faut bien constater que cela ne suffit pas. Et que s’estimer ensuite trop occupé, trop fatigué ou incompétent pour préférer rester chez soi à regarder “Qui veut gagner des millions ?” plutôt que participer à une réunion pour se tenir au courant de la politique et intervenir si celle-ci ne suit pas les mandats confiés, c’est aussi accepter de laisser faire. Certes, il y a pire, telle l’attitude des gros producteurs de bovins, qui consiste, après avoir profité d’une politique tant qu’elle les avantageait, à tout casser quand cette politique est remise en question parce qu’elle présente de graves dangers...pour d’autres. En exerçant cette pression pour être encore subventionnés et continuer à produire sans scrupule, ils ne risquent pas de convaincre qu’ils sont “des victimes” sous prétexte que “ce n’est pas eux qui ont importé des farines animales”.

Face à cette attitude irresponsable, la leçon viendrait-elle du Tiers Monde ? Il faut voir comment les habitants de Porto Alegre et ses bidonvilles ont su prendre leur destin en main et accepter de participer à la gestion du Budget municipal. Cette population était pourtant loin d’être préparée à assumer de telles responsabilités !

C’est la réussite de cette initiative de Porto Alegre qui est à l’origine du choix de cette ville pour le siège du premier Forum social mondial, tenu en parallèle avec le Forum économique mondial de Davos. On jugera ci-dessous, grâce au témoignage de René Passet, lequel des deux Forums était le plus mondial et le plus porteur d’espoir pour l’avenir de l’humanité.

Certes, à Porto Alegre, ville de 1,3 millions d’habitants, l’initiative est venue de l’équipe municipale, alors qu’aucune liste dans une ville européenne de cette importance ne propose pareil programme. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas agir afin que cet élan de démocratie participative se développe en France. Des citoyens ont pris, ici et là, comme à Châtenay-Malabry, des initiatives en ce sens. Ils ont prouvé que c’est possible.

C’est par ce type d’actions que les citoyens découvriront ensemble les moyens de bâtir une société plus solidaire, telle que celle que nous proposons sur la base d’une économie distributive.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.