1936 - Lettre à tout le monde

Publication : octobre 1978
Mise en ligne : 14 octobre 2006

Le Front Populaire essaie de résoudre la crise. Il n’y parviendra que s’il prend conscience de l’étendue de la transformation nécessaire.

...CERTES, nous ne nous dissimulons pas la lourde tâche incombant au gouvernement issu de la majorité de ceux qui veulent que ça change ; et nous supposons qu’il se décidera bien à expliquer nettement au pays que la transformation espérée ne peut pas résulter des errements d’autrefois.

Déjà on parle avec insistance d’un grand programme de travaux publics. Ceux-ci, certes, sont indispensables à la minute où l’initiative privée ne peut plus les entreprendre faute de profit. Mais si l’on espère les financer d’une manière orthodoxe, nous ne voyons pas bien comment on y réussira. Aucun pays n’a jusqu’ici pu réveiller l’activité économique sans des entorses répétées au régime basé sur les échanges et le respect des contrats. Les prédécesseurs du nouveau gouvernement furent obligés de s’engager dans cette voie car ils n’avaient réussi ni à équilibrer le budget, ni à empêcher l’or de sortir des caves de la Banque de France.

L’orthodoxie pratiquée par les orthodoxes a fait faillite.

Nous supposons que ceux qui veulent que cela change ne nous ramènent pas l’orthodoxie. De sorte qu’il faut leur’ faire confiance en tenant compte des difficultés à vaincre et qui, en grande partie, proviennent d’un corps électoral insuffisamment renseigné sur l’étendue de la transformation qu’il réclame sans s’en douter...

(Publié dans « La Grande Relève » du 16-5-1936)

...ON nous excusera de toujours ramener le problème économique à ces données essentielles : des hommes qui ont du travail et qui, grâce aux machines, peuvent produire tout ce dont le pays a besoin ; et à côté d’eux, des hommes privés de tout, eux et leur famille, simplement parce qu’on n’a plus besoin d’eux.

Qui ne voit que cette situation ne peut pas durer et qu’elle nous conduit tous à la misère dans l’abondance ?

« Faites tourner les machines à votre profit », disent quelques-uns aux ouvriers qui se croisent les bras. On oublie simplement que dans le régime actuel, cette solution n’en est pas une. Si les ouvriers fabriquent des produits, ils seront bien obligés de les vendre. Croit-on qu’ils y réussiraient avec plus de succès que le patron ? Oui peut-être, dans quelques cas où le patron est encore dans un secteur privilégié, mais dans tous les autres ? C’est la clientèle qui manque, ce sont les consommateurs qui ne peuvent plus acheter.

Or le producteur qui ne peut pas vendre rejoint dans la misère le consommateur qui ne peut pas acheter. Et les ouvriers maîtres de la production n’arriveraient pas plus à l’écouler, dans le régime actuel, que les patrons eux-mêmes.

On voit ici que tout le monde, patrons, ouvriers, chômeurs, a intérêt à transformer un régime économique qui bientôt ne fonctionnera plus au profit de personne et auquel nous devons déjà cinq années de crise.

Les revendications professionnelles ne sont qu’un aspect du drame qui se joue dans tous les pays supérieurement équipés : la déflation des salaires que nous avons combattue au « Droit au Travail » n’a rien réglé, contrairement à ce que certains supposent ; la hausse des salaires entraînera la hausse du prix de la vie, ce qui ne permettra pas au consommateur d’acheter davantage.

Le seul problème aujourd’hui est celui du consommateur. Car, avec les moyens de production dont dispose la France, il est possible de produire davantage, de vaincre définitivement la misère et de créer le bien-être pour tous les Français.

Va-t-on l’exiger sur l’heure du gouvernement qui s’installe aujourd’hui ?..

(Publié dans « La Grande Relève » du 7 juin 1936)
(Extraits de « Lettre à tout le monde »)

Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.