Comment on écrit la fin de l’histoire

Publication : décembre 1997
Mise en ligne : 2 décembre 2005

Notre XXème siècle vient de substituer à l’industrie de nouveaux modes de production, qui fonctionnent avec de moins en moins d’emplois salariés. Il ne faut donc pas s’étonner que la fin de l’ère industrielle soit aussi la fin du salariat.

Mais ce n’est pas la fin de l’Histoire !

C’est pourtant ce que l’idéologie néo-libérale veut nous faire croire, pour que cette confusion paralyse la réflexion et les imaginations.

Les mécanismes de cette mise en condition des esprits sont aujourd’hui bien connus ; ils ont été mis au point quand, en 1989, il s’est agi de profiter de la chute du mur de Berlin pour persuader le monde entier que c’était la preuve irréfutable qu’il n’y avait, qu’il ne pouvait pas, qu’il ne pourrait jamais exister une autre organisation que celle du capitalisme de marché.

C’est Suzan George, dans un article intitulé Comment la pensée devint unique qui a le mieux montré la méthode employée :

Un soit disant “débat” est d’abord lancé par des universitaires et des chercheurs, afin de publier leur façon de voir. Après quoi tous les moyens sont utilisés pour que l’ensemble des médias la répandent,en la présentant comme le résultat d’une étude scientifique.

Qui finance cette énorme entreprise d’intoxication ? -Des intellectuels achetés. S. George donne les noms et les sommes investies. De grandes et anciennes fortunes industrielles américaines dont surtout Olin (produits chimiques) dotent des fondations qui financent des chaires dans les universités les plus prestigieuses avec pour objectif avoué de “renforcer les institutions économiques, politiques et culturelles sur lesquelles est basée l’entreprise privée”. La Fondation Olin consacrait déjà, en 1988, 55 millions de dollars à cette fin. Avec de telles sommes, le donateur a le droit de nommer des professeurs qui vont occuper des chaires et diriger des études “orientées” (l’historien français F.Furet en a bénéficié : 470.000 dollars précise S.George). Ceci permet d’organiser la notoriété et “le champ” dans lequel se dérouleront des “débats” créés de toute pièce, et d’empêcher du même coup toute recherche qu’on ne veut pas, par exemple toute réflexion sur les dangers du système capitaliste. Un fonctionnaire du département d’état est invité à prononcer une conférence, bien “préparée”. Il s’exécute. Puis le texte est publié par The National Interest, revue subventionnée (un million de dollars) par Olin, et dont le directeur, néo-libéral très connu, est financé (326.000 dollars) par Olin en tant que Professeur. Celui-ci invite un autre intellectuel de droite renommé, directeur d’un institut d’études financé par Olin (14 millions de dollars) à commenter l’article, de sorte que le pseudo-débat, bien préparé, se retrouve dans les colonnes du New York Times, du Washington Post, de Time, etc. Et c’est ainsi que tout le monde connaît La Fin de l’Histoire, le best-seller de Fukuyama.

La boucle est bouclée quand Alain Minc écrit que « le capitalisme est l’état naturel de la société ».


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.