Convergence d’espoirs

par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 30 avril 2008

S’il m’est parfois venu à l’esprit que des abonnés de longue date ne prenaient plus la peine de lire notre mensuel, sous prétexte qu’ils savaient d’avance ce qu’il allait contenir, je m’étais bien trompée : pour la plupart, ils ont réagi au quart de tour à mon “Sales temps” du dernier numéro, au point que nous avons reçu un paquet de lettres et de messages qui, même abrégés, ne tiendraient pas dans plusieurs pages du “courrier des lecteurs”. La grande majorité répondent en exprimant leur préférence pour la forme papier, et si certains avaient lu que la Grande Relève allait cesser de paraître sous cette forme, rassurons-les en leur disant que Roger Winterhalter y tient, et qu’il est en discussion avec des professionnels qui pourraient l’aider. N’enterrons donc pas encore cette revue. De ce côté, le baromètre est au beau.

Et il y a d’autres raisons de croire au printemps. Par exemple “Le Printemps de toutes les richesses”, cette manifestation publique qui s’est tenue du 19 au 29 mars à Saint-Ouen, à Mains d’œuvres, organisée par le collectif Richesses. Cette association d’associations a été créée il y a quelques années pour donner une suite aux réflexions que le philosophe Partick Viveret a réunies dans son rapport intitulé “Reconsidérer la richesse”. Elle s’efforce, par toutes sortes de manifestations largement ouvertes à tous les publics, de faire réfléchir sur ce que sont les vraies richesses, à nier que ce soit celles qui sont comptabilisées dans le Produit Intérieur Brut, le trop fameux PIB que les économistes, puis les politiciens de tout bord et les grands médias ont pour seul repère, et à proposer qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’est vraiment la richesses d’une société, son Produit Intérieur Doux.

C’est autour de ce même sujet, la quête de l’argent confondue avec celle du bonheur, qu’a été bâtie la trilogie “Les contes de la Richesse” mise en scène par Philippe Piau pour la troupe de théâtre nantaise La Tribouille. La première pièce, “Le paradoxe de l’Erika” remettait en cause le PIB comme indicateur de la richesse d’un pays. C’est la deuxième, “le Radeau de la monnaie”, qui a été jouée à Saint-Ouen. L’approche philosophique et psychologique de ces spectacles a beaucoup d’impact sur le public parce qu’elle le conduit à toutes sortes d’interrogations et à des remises en question à propos d’habitudes de penser, souvent acquises depuis longtemps mais pas toujours de façon consciente. Un rappel sur ce que sont Les dessous des sous, comme celui que La Tribouille m’avait invitée à venir faire à Nantes début mars, apparaît alors comme un complément à la pièce, et le débat qui s’en suit, avec le public, permet de s’apercevoir que la société actuelle n’est pas résignée à la ”modernité” qui lui est imposée, mais qu’il existe, bien au contraire, et de plus en plus, chez un grand nombre de citoyens, un profond besoin de résistance, le refus d’admettre que la compétition soit une nécessité, la conviction que la solidarité est bien plus “enrichissante”, la volonté d’avoir d’autres références, des repères plus naturels et plus humains, pour pouvoir prendre enfin leur destin en mains, vivre et agir autrement.

Ce constat réconfortant a été confirmé au cours du débat qui a suivi, ce samedi 29 mars, la série des divers ateliers du “Printemps de toutes les richesses”. La séance de clôture, intitulée « Mesure et démesure de la richesse », avait pour objectif d’ouvrir un débat démocratique alors qu’une commission officielle, présidée par Joseph Stiglitz, va s’interroger sur de nouveaux indicateurs de richesses. À la tribune, quatre orateurs sont intervenus, successivement, à la demande de Patrick. Jean Fabre, Directeur adjoint du PNUD, l’organisme quia lancé l’indicateur de Développement Humain (IDH), a donné quelques chiffres éloquents sur l’accroissement des inégalités et de la pauvreté dans le monde. Dominique Méda, sociologue, est remontée aux sources historiques de la religion du travail. Jean Gadrey, Professeur d’économie comme il en est trop peu, n’a pas ménagé ses collègues aveugles devant les atteintes à l’environnement. Enfin Danielle Mitterrand, en tant que fondatrice de l’association France-Libertés, a évoqué ses rencontres personnelles dans un monde qui n’est pas celui des palaces (le constraste entre elle et la nouvelle “Première Dame” de France a été frappant !).

Ces interventions, toutes brèves, simples et éloquentes, ont eu beaucoup de succès auprès des quelque 250 personnes dont la salle était bondée, et qui ont eut à cœur de participer ensuite au débat, avec la même détermination. J’ai senti que j’étais approuvée quand Patrick m’a donné la possibilité d’affirmer qu’il ne suffit pas d’avoir un bon indicateur, comme il ne suffit pas d’avoir un bon thermomètre renseignant sur l’état présent du malade, l’important est que les décisions qui définissent l’avenir soient raisonnables, ce qui ne sera pas le cas tant que les choix seront faits par la main invisible du marché, en vertu d’un seul critère, celui de la rentabilité financière.

Je vois donc de bonnes raisons de penser que l’espoir est dans ce débat démocratique, pour rechercher ensemble, non pas des solutions individuelles qui laissent perdurer le “chacun pour soi”, mais pour organiser une véritable société basée sur l’égalité des Droits.


Et comme Roger Winterhalter, venu assisté à cette séance, a dit en avoir été “emballé”, ayons confiance.

Donnons-lui la parole :


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.