De la responsabilité en économie distributive

par  R. CARPENTIER
Publication : novembre 1981
Mise en ligne : 18 novembre 2008

...Comme G. Krassovsky, j’ai lu la brochure de Marcel Dieudonné
 ; mais j’ai lu aussi tous les ouvrages de Jacques Duboin ; ce que ne
semble pas avoir fait notre disert penseur. Car s’il l’eut fait, il
n’eut certainement pas passé à côté de la
merveilleuse théorie de l’Economie Distributive Il ne l’a pas
comprise...
Il n’y a pas de raison pour qu’un individu soit vorace, insatiable dans
le profit, et plus exigeant, dans une société d’Abondance.
Ce malade-là serait l’exception et relèverait d’une anomalie
mentale qu’il conviendrait de traiter afin qu’il ne fasse pas le mal
autour de lui. Dans la société distributive - qui ne comportera
plus de « goulags » psychiatriques, mûs par le profit
- ses semblables s’efforceront d’expliquer à cet anormal l’inutilité
de sa conduite égoïste. (Somme toute, la meilleure thérapeutique
serait de le laisser tout seul percevoir sa part - son revenu social
- ce qui le dissuaderait à la longue de ses exigences maladives,
puisqu’il verrait qu’il ne manque de rien et qu’il pourrait satisfaire
ses besoins à l’égal de tout le monde et même au-delà).
Grâce à la machine - la technologie - l’abondance des produits
de consommation est possible. Donc la vie économique des individus
n’est pas la ration, mais la suffisance de tous les besoins. Peut-on
comprendre, dans ce cas, que l’humanité ne peut avoir que deux
façons de se comporter : celle qui existe aujourd’hui et qui est
l’inévitable appât du gain ; donc l’irresponsabilité.
Et celle que la société distributive imprègnera
d’elle-même aux humains dans la solidarité, la fraternité,
parce que l’assurance des besoins satisfaits le déterminera.
Il est donc normal qu’en échange de la satisfaction des besoins,
les hommes acceptent un Service Social pour assurer la pérennité
de l’abondance, donc du bien être. Rien n’est changé dans
l’activité créatrice des hommes, si ce n’est l’absence
de profit, moteur de toutes les inégalités du régime
capitaliste. La société distributive n’est pas la pagaille
ni le désordre que d’aucuns supposent. L’existence même
d’une société confirme une organisation. Il n’y a donc
pas de motif pour qu’une personne, sous prétexte qu’elle est
libre, ait des attitudes irréfléchies. Mais cette organisation,
du fait même de l’égalité économique qu’impose
l’abondance, ne sera plus hiérarchique comme aujourd’hui, mais
décentralisée par des usages fédératifs,
à la manière fonctionnelle du syndicalisme authentique...
par exemple. Mais, M. Krassovsky a-t-il une idée sur la valeur
de ces termes ? Il se place dans la conjoncture capitaliste pour raisonner
et ne peut voir dans l’agissement des êtres que leur déterminisme
en régime marchand. Il ne peut pas s’en libérer, ni se
placer par la pensée dans le cadre d’une Société
NON capitaliste. C’est le sentiment de l’injustice - et de plus maintenant,
ce qui renforce mon idéal, la venue de la technologie - qui me
fait sentir, rêver, désirer ardemment une société
égalitaire, fraternelle, parce que réalisable ! La voit-il
cette Justice ? Sent-il cette égalité entre les hommes
 ? J’en doute car les arguments conservateurs qu’il avance et les exemples
mésséants qu’il cite. Il ne peut se détacher des
visions de possession ou d’avidité parce qu’imprégné
de l’habitude de pensée de la culture capitaliste.
En résumé, je n’ai rien contre l’homme que j’estime pour
avoir abordé ce sujet. Mais je suis résolument contre
les déductions qu’il propulse, qu’il croit devoir soutenir qui
font voir l’homme comme incapable de se conduire en responsable. Et
cette RESPONSABILITE, qui ne peut exister en régime marchand,
sera automatiquement la résultante de la société
distributive parce que dans cette société différente
le profit n’existe plus !