L’économie distributive est en marche !

par  R. THUILLIER
Publication : mars 1980
Mise en ligne : 22 septembre 2008

EN « réponse aux objections »,
j’ai publié un article intitulé « Pouvoir d’achat
sans travail » (n° 755 d’avril 1978) où j’énumérais
les principaux moyens suivant lesquels, par le truchement de secours,
prestations et allocations diverses, il était possible, en France
et actuellement, de percevoir du pouvoir d’achat sans fournir une contrepartie
de travail.

Ces moyens avoisinaient le chiffre de 3000. Ils paraissaient
incroyables !

Au retour de longs voyages, en classant mes documents,
je retrouve un article du « Matin » du 19 octobre 1979,
intitulé « Le revenu des Français : 55 % vient de
leurs salaires et 45 % des aides de la collectivité ».
Il conforte ce que j’écrivais alors.

L’auteur de l’article, Jean-Gabriel Frédot,
y analyse le second rapport du « Centre d’Etude des Revenus et
des Coûts (C.E.R.C.). On y lit : « En 1978, le revenu brut
des ménages français était constitué, pour
les deux tiers environ, de revenus économiques, impôts
non déduits et pour plus d’un bon tiers de revenus d’origine
sociale. Rapport 55/45.

Au début des années 60, les revenus
alloués selon les critères sociaux ne représentaient
globalement que 37% du revenu des ménages. L’évolution
est de taille. C’est celle du progrès !

Certes, cette répartition n’empêche pas
la persistance de nombreuses inégalités. Par exemple,
entre le Languedoc-Roussillon et la région parisienne, les revenus
moyens varient quasiment du simple au double. Mais, dans l’ensemble
depuis 1960, nos compatriotes vivent mieux. »

Les auteurs de l’étude du C.E.R.C. ajoutent :
« Une société dont la moitié des revenus
provient non plus de ressources exclusives du travail mais de prestations
collectives, qui ne prennent pas toujours la forme de versements d’argent,
est-elle encore une société dans laquelle capital et travail
s’affrontent ? »

A notre avis, cette question est probablement prématurée.
Il faut se méfier des chiffres globaux et les deux millions « 
d’économiquement faibles » ne sont pas tous assistés
(en particulier dans les milieux ruraux et parmi les marginaux). De
plus, les allocations servies aux chômeurs sont limitées
dans le temps.

Ce qui importe surtout pour nous, dans ce rapport
du C.E.R.C., c’est que, globalement, le revenu des Français n’est
plus entièrement réductible au salaire. Jacques Duboin
pensait que, petit à petit, une économie distributive
s’instaurerait d’elle- même ; faute de quoi le progrès
mécanique, dans une société basée sur le
profit, serait générateur de conflits sociaux qui iraient
en s’exacerbant.

Il faut noter que la dépression économique
a ralenti le processus normal de distribution. Actuellement, le capitalisme
dans tous les pays est miné par sa plus grande contradiction
interne : la machine remplace l’homme. Malgré les gaspillages
et les dépenses improductives (dues principalement aux armements
démentiels) les marchandises produites en grand nombre ont du
mal à se vendre. Alors, on fausse les principes de base sur lesquels
repose tout le système : la confiance dans la monnaie et le crédit.
Pour se sortir de cette crise, on pratique l’inflation et, sur cette
spoliation des petits épargnants, le capitalisme remet à
plus tard sa condamnation. Certes, il s’adapte, mais jusqu’à
quand et vers quelles catastrophes nous conduit- il ?

Il n’en reste pas moins vrai que, déjà,
l’économie distributive entre dans les esprits. Près de
la moitié des Français considère déjà
comme normal de recevoir du pouvoir d’achat sans travailler. Il ne nous
reste plus à nous autres militants, que de leur faire comprendre
que, grâce aux machines, de nouvelles bases économiques
et sociales peuvent être instaurées.

L’évolution du capitalisme et du progrès
facilitent notre tâche.