La Gambie bat le record du monde de l’accueil des étrangers

par  R. WINTERHALTER
Mise en ligne : 31 mai 2007

Dans le cadre de mes activités de Citoyen du Monde et d’animateur de projet de solidarité transnational, ma route m’a conduit tout dernièrement en Gambie dans un village appelé Boulock qui compte 760 habitants et qui est transfrontalier avec le Casamance (Sénégal).

Nous étions tout un groupe : Brigitte mon épouse et complice, Ousmane, un stagiaire sénégalais de l’Université de Haute Alsace, Landing, Citoyen du Monde de Dakar, Amadou, président des étudiants Citoyens du Monde de Dakar et une amie, Raymonde. Nous avons débarqué dans ce petit village après quelque 13 heures de route cahotante dans un minibus, sous une chaleur allant jusqu’à 45°C.

Dans la plus grande pauvreté, les gens vivent ici dans des cases ou des maisons plus ou moins délabrées, et ils nous ont accueillis à bras ouverts. Semblant déjà nous connaître, ils nous appelaient par nos prénoms.

Parce qu’en fait, nos amis Citoyens du Monde de Dakar, en liaison avec les habitants de ce village, avaient préparé notre venue. Et c’est ainsi que pendant 21 jours, dans une grande cour, à l’ombre de grands arbres, nous avons palabré, échangé, discuté. Il y avait le chef du village, l’imam, la députée, des femmes, des hommes, des enfants, de 100 à 150 personnes en permanence.

Nos débats ont porté sur la citoyenneté mondiale, sur la paix, le désarmement, les relations entre le Nord et le Sud, le développement local, l’accueil de l’autre, l’échange.

Spontanément, officiellement, ils ont déclaré leur village Citoyen du Monde. Pour eux, cette mondialisation était un acte symbolique important, leur engagement à œuvrer pour la paix, la fraternité entre les peuples. La signature de l’acte officialisant cette décision avait quelque chose d’émouvant, de beau.

Ensemble, nous avons compris ce que signifie la solidarité transnationale : une solidarité où l’on apprend à donner mais aussi à recevoir (le don et le contre don), une solidarité qui permet à chacune et à chacun, sans distinction de race, qu’il soit riche ou pauvre, d’être pris en considération en fonction de ce qu’il est et non de ce qu’il a. En fait, disons-nous, « les affaires du monde dans lequel nous vivons sont les affaires de tout le monde c’est à dire de chacune et de chacun d’entre nous ».

Et c’est dans cet esprit que les femmes nous ont présenté leurs activités, leur GIE (groupement d’intérêt économique), qui concerne principalement la production et la récolte de produits agricoles. Avec elles, nous avons réfléchi à des aides évidemment, mais surtout à un autre forum de développement. Basé sur l’échange des biens et des services et non sur la spéculation. La députée présente nous a rappelé que la pauvreté ne cesse de croître en Afrique.

Une Afrique que les Blancs ont divisée. Et la journaliste de la radio-télévision Gambienne nous a demandé de soutenir concrètement les projets des femmes.

Pour couronner le tout nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas que des habitants de Boulock, il y avait des hommes et des femmes de Kourame, un village de Casamance, que ses habitants avaient fui par peur du harcèlement constant par des chefs de bande, de guerre. Ils étaient 800, très exactement, accueillis par les habitants d’un village… qui en compte 760. Nous ne leur avons pas demandé de nous présenter leur carte de séjour. Ils étaient là, avec le sourire, ce don permanent que nous offrent les Africains, et ils avaient ceci en commun : ils étaient aussi pauvres les uns que les autres.

Le chef du village de Kourame était là, et il s’est associé avec le chef du village de Boulock pour, lui aussi, mondialiser son village. C’était quelque chose d’inouï, de profondément humain, de fraternel, presque incroyable mais vrai. Et figurez-vous que personne, absolument personne, n’a parlé de préférence nationale, d’immigration choisie, de mérite, ni d’hymne national, ni de drapeau Gambien ou Sénégalais. Nous étions là, ensemble, dans cette cour immense et nous nous sommes serré les coudes… au lieu de jouer des coudes !

En ma qualité de président du Congrès des Peuples des Citoyens du Monde, j’ai déclaré qu’ils venaient de battre le record du monde de l’accueil de l’autre, de l’étranger.

En lisant cela, vous trouverez peut-être que c’est étrange, que ce n’est pas normal, qu’ils doivent être dopés. Eh bien, après enquête, figurez-vous que notre délégation a constaté qu’ils avaient effectivement été dopés par une pilule absolument miracle. Elle doit s’appeler la fraternologie. Et du coup, ils étaient également immunisés contre le fléau qui guette l’occident : la Peste Brune.


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.