Nicolas, les candidats,… et nous !

par  H-C MATTON
Mise en ligne : 31 mai 2007

Notre héros national, notre Nicolas pour l’Environnement, est le chouchou des Français bobos, et des médias par la même occase. Grâce à notre télé, bien aimée pour tout ce qu’elle nous apporte de décervelage journalier, mais aussi, laissons-lui ce mérite, pour le fameux Ushuaia, devenu au fil des années un engagement quasi personnel du dit Nicolas, malgré des moyens de production gourmands en énergie et dispensateurs de pollution à titres divers. Au diable les Verts et tous ceux qui militent dans l’ombre pour la sauvegarde de nos milieux naturels (que nous saccageons en permanence dans la plus totale inconscience), les Français ne croient qu’en Nicolas, pas le jardinier mais la star de TF1. Pas pour des contraintes trop lourdes, non, juste ce qu’il faut pour faire halte au gaspi, mais à condition de conserver nos chères voitures polluantes à l’aune de nos revenus, de continuer à organiser le Paris-Dakar si bénéfique à nos amis Africains, et de continuer à nous enflammer pour la formule 1.

C’est ainsi que, fort de ses 10% d’intention de vote, Nicolas a jeté le premier pavé dans la mare, passablement marécageuse, des candidats à la Présidentielle, en les invitant à signer de toute urgence une charte de la propreté. C’était gonflé. Et d’après ce que j’ai cru comprendre, TF1 lui aurait sucré un mois de salaire (rondelet selon mes sources) pour une telle impudence. Les souteneurs de l’Association Ushuaia n’ont pas trop apprécié non plus, mais qu’importe, le pavé était lancé… Et les quatre présidentiables ont répondu comme un seul homme… à l’ultimatum. Tous adhéraient sans moufeter, et sans en supprimer une virgule, à la fameuse charte qui ne devait être qu’un premier pas, et ne manquerait pas de devenir plus contraignante. Pendant une pleine semaine, on évoqua cette adhésion pour le moins surprenante.

Et puis plus rien. Ulcéré d’avoir été roulé dans la farine, voilà que maintenant notre Nicolas refait surface. Si j’avais l’honneur insigne d’être mis en sa présence, je lui citerais volontiers une expression populaire bien connue dins’chnord :« tu peux toudis siffler pou poule ». Il devait s’en douter plus qu’un peu.

On a les politiciens qu’on mérite, et nous méritons ce qui risque fort de nous arriver à plus ou moins bref délai. Et nous n’avons pas d’excuses. Ou plutôt nous avons les mêmes excuses que les Allemands à propos du génocide : nous ne savions pas… quand dans les familles on disait à un gosse infernal « tu vas passer dans la cheminée » !

Tout le monde connaît la honteuse spéculation immobilière qui interdit dorénavant aux personnes à revenu modeste de se loger décemment. Autour des villes, acheter un terrain minuscule est inabordable. Pourtant, chacun est prêt à se saigner pour acquérir son pavillon individuel alors que c’est un non sens dans tous les domaines : social, économique, écologique. Un habitat collectif bien conçu serait aujourd’hui bien plus adapté que ces zones de résidences individuelles avec des maisons de parpaings et de briques, où les gens finissent par se haïr à cause des chiens, des gosses et des tondeuses de leurs ridicules gazons.

On devrait savoir qu’en France et ailleurs, il y a des architectes qui ont conçu des merveilles d’habitat collectif, où les gens se sentent bien, parce que le collectif va bien plus loin que le simple habitat, intégrant sociabilité et convivialité.

Pour ces raisons, l’habitat est une question fondamentale de nos sociétés. Les “néo ruraux”, qui veulent habiter la campagne, n’arrangent pas les choses. N’est pas campagnard qui veut, surtout celui qui affirme comme mon voisin : ici on peut faire ce qu’on veut ! Ils n’ont pas résolu le problème de désertification des campagnes, loin s’en faut !

Au plan des économies d’énergie, c’est probablement sur l’habitat qu’on pourrait faire des miracles, en construisant avec des matériaux d’isolation naturels. On pourrait faire beaucoup moins cher que les fameuses maisons Borloo à 100.000 euros, en utilisant des ossatures en bois et une isolation en paille, en même temps qu’on formerait des gens à l’écoautoconstruction et à la nécessaire entr’aide. Des gens logés décemment, des chômeurs en moins, voila qui compenserait largement la perte des promoteurs et des proprios exploiteurs. Il faudrait pour çà une volonté politique qui ne peut venir que de nous. En sommes nous capables ?

En début des années 1980, un instituteur s’est fait construire une coque en parpaings pleins, revêtue de couches d’étanchéité et coiffée d’un dôme en terre sur lequel il a planté une végétation parfaitement entretenue et contrôlée.

Près de trente ans plus tard, cette maison fonctionne toujours parfaitement et son hôte monte régulièrement à la belle saison sur son toit végétalisé pour entretenir son jardin et récolter ses légumes. Que ne peut-on faire dans le genre, avec nos connaissances actuelles, en matière d’isolation avec les matériaux non tributaires des énergies non renouvelables !

Les municipalités pratiquent des programmes de construction déments en matière bioclimatique. L’habitat en France est sous la coupe de mafias, d’architectes d’un autre âge. Ces misérables bétonneurs et constructeurs à la Bouygues, empoisonnent les nappes phréatiques comme les habitants de leurs porcheries…

Les citoyens modestes ont été chassés des centre-villes. C’est au tour des habitants des zones côtières de dégager. Adieu la loi littoral ! Et pourtant, l’habitat bioclimatique permettrait de faire appel aux seules énergies renouvelables. Les techniques sont au point, elles sont largement utilisées dans les pays anglo-saxons, les Chinois vont construire une ville bioclimatique à l’occasion des Jeux Olympiques. Et nous, on a Sarko, Ségo… et Nicolas ! Alors qu’une énième réunion des climatologues à Bruxelles confirme ce que nous savons depuis belle lurette, les médias hurlent qu’il faut agir, que le feu est à la planète d’homo sapiens. Mais quels plans à court et moyen terme ?

« Les États et les Nations n’existent pas en tant que tels, il y a seulement les gens. Les Nations ne modifieront pas leurs politiques nationales à moins que les gens ne modifient auparavant leurs politiques individuelles. Tous les gouvernements, même ceux de Hitler, Mussolini, Staline sont représentatifs, projections à grande échelle du comportement individuel d’aujourd’hui, des intentions et des désirs secrets de l’individu » a dit Aldous Huxley.

En plus court : on a les politiciens qu’on mérite !


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.