La monnaie verte

par  G. DENIZEAU
Publication : juillet 1989
Mise en ligne : 12 mai 2009

Des hommes, parmi lesquels Pasteur, Laennec, Charcot, Fleming, par leurs découvertes, ont fait reculer la mort. Mais, étendre la douceur de vivre, cultiver le bonheur d’exister, qui s’acharne à le vouloir ?
Malgré le dévouement de milliers d’associations, de mutuelles et autres sociétés ou amicales, des millions de nos contemporains ont faim, froid, souffrent dans l’indigence. Nous avons eu une embellie en 1936, la guerre y mit fin. Une majorité de Français subissent leur vie. L’opportunisme des décideurs n’est favorable qu’à euxmêmes et à leurs alliés. Où il devrait y avoir travail et loisir pour tous, il y a travail pour les uns et chômage pour les autres. Où le travail manque, règne la misère, s’installe l’exclusion ; la sous-consommation, l’anéantissement viennent peu à peu. Dix millions de Français mangent mal, se privent d’hygiène, de vêtements chauds, de culture, de confort dans des logements vétustes, faute d’argent.

Depuis quarante ans, malgré la paix revenue chez nous, la misère augmente régulièrement, infailliblement pendant que le Parlement pérore interminablement. Les riches consolident leurs richesses, s’enquèrent de valeurs-refuges, voguent en yacht, jouent en Bourse, chassent l’éléphant, festoient joyeusement. D’un côté, le gaspillage et de l’autre, l’austérité.
Quelques secteurs de salariés ont bien bougé ces derniers temps, mais la modestie de leurs revendications est rassurante pour les craintifs. Les travailleurs ignorent tout, absolument tout, des potentialités contenues dans une société intelligemment organisée. Les quelques secousses sporadiques dont ils se rendent coupables s’atténuent vite. La quiétude revient chez les possédants, le calme chez les heureux titulaires d’emploi, la paix sociale repart pour une nouvelle étape. Le tiercé, le loto, le foot, le tennis... reprennent une large place dans l’information. C’est gagné.
Quant aux pauvres par tradition, les nouveaux pauvres, les battus, les perdants, rien à craindre d’eux. Ils végètent, se cachent, se taisent, meurent de mort lente. Nous savons que trois années de souffrance morale et physique les anéantissent complètement. Cela ne fait rien. Ah ! s’ils décidaient , un jour, dans un sursaut d’énergie, d’organiser un exode vers le soleil pour, durant quelques mois, échapper à leur sort, capter la lumière et la chaleur du midi ; un ruban de millions de miséreux marchant vers la Méditerranée, sur des autoroutes devenues des fleuves de piétons en rupture de taudis, cela se remarquerait. Nous n’en sommes pas là ! Les affameurs, les oppresseurs, les décideurs, les privilégiés le savent. Avec le ventre creux, le cerveau s’engourdit, les idées fuient, les forces déclinent, la torpeur s’empare de la tête et du corps.
Les pauvres ne défileront pas ! Pas de sponsor pour ce genre de sport ! L’humble citoyen de 1789 était-il plus douloureusement opprimé que le paysan ou le citadin d’aujourd’hui l’est par son patron, l’Etat et sa banque. 7 sur 10 de nos concitoyens ploient sous les dettes. La Banque est l’un des piliers de l’Etat. La publicité de la Banque est si bien faite que la plupart des gens croit en sa vertu, alors qu’elle n’est qu’un intermédiaire de plus, parasitaire, effronté, favorisé par l’insuffisance de monnaie.
Monnaie volontairement raréfiée, sous prétexte d’inflation, pour une bonne moitié des Français maintenus dans l’humilité, devenant ainsi plus gouvernables. Les banques détiennent la source des crédits, alors que le peuple, s’il était souverain, pourrait créer, mettre en circulation, partager, selon les besoins de chacun, le volume monétaire que justifie une production abondante. Nous traitons la pauvreté sur le mode inauguré par Saint Vincent de Paul en l’année 1600. Mille associations caritatives s’emploient à soulager la misère, elles ne la suppriment pas. Trois grandes guerres, cent révoltes, une grande révolution ont secoué le monde, elles ont coûté des fortunes et nous recourons encore à la charité pour alléger la détresse, comme si le progrès devait n’oublier qu’elle.
De l’héritage des sciences et des techniques, qu’en faisons-nous donc ? Nos inventeurs, nos découvreurs, nos humanistes sont reniés par nos usages, nos coutumes égoïstes et périmés. Le temps est venu d’abolir toutes les infortunes. En tout premier lieu, donner à manger, des vêtements, des logements à
tous les Français qui en sont dépourvus. Pas un grain de blé, pas un légume, pas un fil, pas un matériau ne manquent pour cela ! Convenons de l’absurdité de cette situation et tout de suite, revendiquons énergiquement une monnaie de consommation pour remédier à cet état de chose aussi révoltant qu’anachronique.
La Monnaie Verte peut supprimer dès maintenant la malnutrition sans qu’il en coûte un centime de plus au contribuable. Réclamons-la !
La Monnaie Verte a été imaginée pour donner à manger à ceux qui ont faim, pour cause d’insolvabilité ; que ce soit chômage, âge, maladie, incapacité physique, mentale ou autres, tous peuvent y prétendre auprès de l’organisme habilité à la servir. Elle donne accès aux produits de consommation, dits excédentaires, détournés de leur fin première, qui est de nourrir les gens. Pour le bénéficiaire, elle s’emploie comme l’argent de poche. Mais seuls les produits étiquetés en vert (parce qu’ils sont surabondants, seraient stockés ou détruits) lui sont accessibles.
Les circuits de distribution sont ceux communs à tout le monde. Seule différence, le franc vert s’annule au premier achat, sa validité est de 30 F., son rôle utilitaire de 45 jours. Il est détaché du franc courant et y retourne, mission accomplie.
La Monnaie Verte pourrait, au moment de sa distribution, s’accompagner de notices explicatives pour aider à la réinsertion civique et sociale des ayants-droit dont les salariés à petites rémunérations pourraient faire partie.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.