Lu, vu, entendu

Publication : mars 1988
Mise en ligne : 16 juillet 2009

Dans "La Croix l’Evénement" du 19
novembre 1987, Jean Dubois estime qu’il faut
REMETTRE LE TRAVAIL A SA PLACE

Il écrit notamment :
Il est temps de prendre nos distances à l’égard du travail,
urgent de ne plus lui laisser la place centrale qu’il occupe dans notre
société depuis le XIXe siècle. Séduits par
les promesses de ceux qui nous disaient que, grâce à son
travail, l’homme serait maître de son avenir, nous sommes devenus
les victimes de son impérialisme. Celuici est tel que, pour l’homme
moderne, perdre son travail c’est tout perdre à la fois : ses
ressources, sa raison de vivre, son identité sociale. Focalisés
par le travail, nous oublions que, dans l’histoire des sociétés,
la nôtre, constitue une exception. Loin d’être le couronnement
de l’histoire, la civilisation du travail pourrait bien n’en être
qu’un accident.
Toutes les sociétés qui nous ont précédés
se sont posé les mêmes grandes questions que nous comment
survivre ? Comment se développer ? Comment vivre ensemble ? La
nôtre est la seule à avoir imaginé pouvoir se contenter
d’une seule réponse : travailler... Nous sommes en train de découvrir
que nous nous sommes fourvoyés dans des impasses dont nous ne
sortirons qu’en cessant de faire du travail la valeur centrale de notre
société.
Première impasse : celle où nous a conduits la volonté
de lier l’attribution d’un revenu au travail effectué. Le développement
de systèmes techniques aux performances croissantes chasse progressivement
les hommes des lieux de la production. Dans cet univers d’un travail
devenu abstrait, impossible d’affecter à chacun la part précise
correspondant strictement à son effort. On en arrive à
cette absurdité : travailler ne veut plus dire que vous faites
quelque, chose mais simplement que vous percevez un salaire. L’inscription
sur les registres d’une entreprise vous donne le droit de gagner votre
vie.
Puisqu’il est à prévoir que l’on ne pourra même
plus donner de l’emploi à tous, il faudra bien se résoudre
à déconnecter travail et revenu pour trouver d’autres
critères de répartition des ressources.
Deuxième illusion : à savoir que le progrès, en
nous libérant des tâches serviles, nous permettrait d’accéder
à l’ivresse du travail créateur. Le malheur est que l’on
ne demande pas au travailleur moderne de réaliser l’oeuvre personnelle
qui serait la concrétisation de son rêve original. Si un
travail choisi et enrichissant reste le privilège d’une petite
minorité de concepteurs, le travail subi est le lot de la masse
des exécutants. Il ne leur reste plus qu’à attendre la
fin du travail pour commencer à s’occuper de leur réalisation
personnelle.
Troisième espoir déçu : qu’au lieu d’être
figés à vie dans l’identité imposée par
leur carte de naissance, les individus aient enfin une chance égale,
par la grâce de leur seul travail, d’acquérir une identité
propre... Le choix n’est plus qu’entre le conformisme ou la marginalisation.
Ce ne sont pas des modifications, obligatoirement mineures, des modalités
actuelles du travail quinous feront sortir de ces impasses. Il n’y a
pas d’autre issue que de dévaloriser ce travail qui a donné
son nom à notre société pour instaurer une nouvelle
société sur d’autres valeurs.
(Envoi de H. Muller)

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LES DÉMARREURS DE VALEO

Le numéro un français de l’équipement
automobile investit. Et supprime des emplois. Ainsi, une nouvelle usine
Valeo sera mise en service fin 1988 à l’Isle-d’Abeau dans l’Isère.
Cette modernisation s’accompagne d’une réduction d’effectifs.
Pour une capacité de production de plus de deux millions de démarreurs,
on ne comptera plus que mille deux cents personnes. Alors que l’établissement
lyonnais en employait jusque-là deux mille deux cents...

"Le Monde des Affaires" 9.1.88

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BOTTES ASIATIQUES

Pour la première fois, de mémoire de
statisticien, les importations françaises de chaussures en provenance
des pays en voie de développement (Asie du Sud-Est notamment)
ont dépassé les importations en provenance de la CEE.
Cette statistique n’est qu’un élément du triste bilan
que la Fédération nationale de l’industrie de la chaussure
fait de 1987. L’année dernière, les effectifs dans ce
secteur (50.000 personnes au 1e, janvier 1987) ont diminué de
10 %. Ce sont les importations en provenance des pays à bas salaires
qui sont mises en cause par les professionnels. Alors qu’en 1985, une
paire de chaussures sur deux était importée, 70 % de notre
consommation intérieure viennent aujourd’hui de l’étranger.
C’est l’Asie du Sud-Est qui a le plus bénéficié
de ce phénomène.

"Le Monde des Affaires" 9.1.88

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BIEN JOUÉ

Les Français ont joué, en 1987, 45 milliards
de francs au Loto et au PMU. C’est, à un pneu près, le
chiffre d’affaires de Michelin.
Le PMU et le Loto sont, dans l’ordre, selon le journal l’Expansion,
les troisième et quatrième sociétés de services
derrière Air France. "Le Monde" 13.1.88
A comparer avec les pertes boursières !

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Dans la rubrique "A travers les revues"
et sous le titre "les deux figures du chômage" par Michel
Beaud "Le Monde" du 19.1.88 publie un article dont nous avons
relevé les 2 extraits suivants qui vont dans le même sens
que ce que nous écrivions récemment dans la G.R. D’abord
concernant les statistiques Chef de la division Emploi du département
Populations-ménages de l’Institut national de la statistique
et des études économiques (INSEE), Claude Thelot nous
donne quelques clés pour la mesure du chômage et de son
évolution. Car l’observateur attentif et de bonne foi a de quoi
être troublé : il y a un écart important entre le
nombre des chômeurs au sens du Bureau international du travail
(BIT) et celui des demandeurs d’emploi en fin de mois à i Agence
nationale pour l’emploi (ANPE) : en mars 1987, respectivement 2567000
et 2689000. Bien plus, il y a divergence dans leurs évolutions :
de mars 1986 à mars 1987, le premier a augmenté de 4,9
 % et le second de 8,4 %

Avec beaucoup de pédagogie, Claude Thelot fait
la part de la fragilité des instruments de mesure. S’agissant
des chômeurs au sens du BIT, ils sont mesurés sur la base
de l’enquête emploi qui porte sur un échantillon de 64
000 ménages : compte tenu des aléas, on peut être
presque sûr que leur nombre a augmenté, en un an, dans
une fourchette comprise entre 1,6 % et 8,2 %... S’agissant des demandes
d’emploi en fin de mois, il y a eu une modification dans le traitement
des statistiques du marché du travail en cours d’année,
et il a donc fallu "reconstituer" le chiffre de mars 1986,
ce qui introduit une "petite incertitude" mais leur évolution
"est très probablement comprise entre 7,9 et 8,8 %".
Puissent les hommes politiques qui se targuent d’un infléchissement
de quelques dixièmes de point de tel ou tel indice lire et méditer
cet article...

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Ensuite sur l’emploi de l’expression "sciences
sociales" (voir Économie Politique G.R. n° 861).
J’entends encore Jean Bouvier : "L’épithète de scientifique
a le don de me hérisser profondément (...). Je n’emploie
plus cette expression de scientifique, ni à propos de l’histoire
- celle que je fais, - ni à propos de l’analyse économique.
Les "sciences humaines et sociales" font ce qu’elles peuvent.
Recherchent-elles la scientificité ? Je n’en sais rien ; je ne
sais plus ce que c’est. A mes yeux, ce qui compte, c’est l’honnêteté
intellectuelle du chercheur"
Au terme d’un article sur "l’expansion et la diversification croissante
de l’univers des sciences sociales", Frédéric H.
Gareau, professeur à Florida State University, aboutit à
une conclusion voisine.
Il rejette le concept même de "sciences sociales" :
à ses yeux, il y a, dans le domaine de la connaissance, d’un
côté les sciences (exactes et naturelles) et de l’autre
les "nonsciences" ; au sein desquelles se rangeraient les prétendues
"sciences sociales". Dès lors, ’l’appellation d"’études
sociales" serait une désignation plus honnête et plus
fidèle des disciplines dont nous parlons que l’étiquette
actuelle qui parait bien prétentieuse".