1789 -1989 Un anniversaire, 1793 -1993 Une échéance

par  J.-P. MON
Publication : février 1989
Mise en ligne : 19 mai 2009

Depuis le 1er janvier toute la France et de nombreux
pays de par le monde célèbrent le bicentenaire de la Révolution
Française. Tout ou presque, sera dit ! Presque, parce que, parmi
les privilèges qui continuent à exister, il en est un
exorbitant, dont on ne parle pas et qu’il importe pourtant d’abolir
au plus tôt, si l’on veut instaurer une société
en accord avec les principes de la Révolution , c’est le privilège
qu’ont conservé et développé les banques d’émettre
des monnaies. Nous y reviendrons un peu plus loin.

Mais la Grande Relève qui est toujours en avance
sur son temps, se propose, elle, de commémorer 1793. Pourquoi
1793 ? parce que c’est cette année là que la Convention
Nationale a fait figurer dans la Constitution du 24 juin la Déclaration
des Droits de l’Homme et du Citoyen dont certains articles ont, comme
on va le voir, conservé toute leur actualité.

Et tout d’abord l’article 1 qui pourrait servir de
fondement à l’Economie Distributive :
« Le but de la société est le bonheur commun.
Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la
jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles. »
Article 2
« Ces droits sont l’égalité, la liberté, la
sûreté, la propriété. »
L’égalité comme premier des droits, c’était très
nouveau à l’époque ! C’est même encore très
contesté, y compris parmi les distributistes. Passant sur les
autres articles, nous arrivons maintenant à l’article 21 qui
stipule :
« Les secours publics sont une dette sacrée. La société
doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant
du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui
sont hors d’état de travailler. »
Procurer du travail aux citoyens devenant de plus en plus difficile
avec le développement des techniques de production informatisées,
le gouvernement français, bien en retard sur ce qui se fait depuis
longtemps dans la plupart des pays européens, a instauré
le Revenu Minimum d’Insertion, qui n’est finalement pas autre chose
que la mise en application de l’article 21. Il n’aura guère fallu
que 196 ans pour en arriver là !

On trouve aussi dans l’Acte Constitutionnel de l’état
des Citoyens
(article 4) : « Tout homme né et domicilié en France
âgé de vingt et un ans accomplis, qui domicilié
en France depuis une année - y vit de son travail - ou acquiert
une propriété - ou épouse une française
- ou adopte un enfant - ou nourrit un vieillard ; tout étranger
enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien
mérité de l’humanité, est admis à l’exercice
des Droits du citoyen français. »
N’est-ce pas là, en plus libéral le futur code de la nationalité
dont on n’a pas fini de débattre et qui fait si peur au R.P.R.!

On pourrait continuer ainsi à établir
des parallèles entre des articles de cette constitution et des
préoccupations sociales ou économiques actuelles.

Bien sûr aussi, de nombreux articles ont vieilli
et les progrès techniques permettent des avancées insoupçonnables
en 1793 ! Il n’empêche que nos Conventionnels qui avaient décidément
bien travaillé, précisaient à l’article 28.
« Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et
de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir
à ses lois les générations futures. »

On ne s’est pas privé d’utiliser la première
partie de cet article, mais je crois, par contre, que chaque génération
essaie d’imposer ses lois et ses modes de pensée aux générations
plus jeunes qui ne disposent pas encore du pouvoir. Et c’est pourquoi
les mentalités évoluent lentement.
Il va pourtant falloir précipiter l’évolution si l’on
veut faire de l’Europe de 1993 autre chose qu’un marché capitaliste
dans lequel s’agrandira sans cesse le fossé entre les riches
et les pauvres, avec tout ce que cela comporte de risques pour conserver
cette liberté pour laquelle se sont battus nos ancêtres
de 1789. Si nous voulons pouvoir célébrer dans quatre
ans les principes de la Constitution de 1793, il faut mettre fin aux
privilèges des banques ? Il faut donner à la monnaie son
véritable rôle qui est simplement de faciliter les échanges.

Maintenant qu’est enfin admis en France le principe
que l’argent peut être distribué sans contre-partie de
travail, (et souvenez-vous que cela n’était pas aussi évident
il y a seulement quelques années et comment nous nous faisions
traiter d’utopistes !), il faut désormais populariser l’idée
d’une monnaie distributive. Cela doit constituer notre travail prioritaire
pour les quatre prochaines années.


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