Au fil des jours

par  J.-P. MON
Mise en ligne : 14 janvier 2007

 Deux poids, deux mesures

José Bové en prison. […] 3 ans après l’action « incriminée » (le démontage du chantier du Mac Do de Millau), le conflit qui la motivait entre l’Union européenne et les États-Unis sur l’importation en Europe de viande de bœuf aux hormones n’est toujours pas réglé. Plusieurs produits européens, dont le roquefort, sont toujours surtaxés aux États-Unis et un recours auprès de l’OMC n’est toujours pas possible pour les paysans concernés.

Par contre, les importateurs et fabricants de farines animales, responsables de la contamination des troupeaux bovins par l’ESB, n’ont jamais été poursuivis, malgré une plainte déposée par la Confédération paysanne dès 1996 ; des adhérents de la FNSEA qui ont, le 15 octobre 2001, saccagé une entreprise et des entrepôts frigorifiques à Fougères, occasionnant plus de 10 millions de francs de dégâts, ne seront pas poursuivis et, comble du cynisme, le gouvernement vient de décider que c’est l’État qui paiera la facture.

« De la part de cet État, dont certains des plus hauts représentants sont notoirement corrompus, non seulement il n’y a pas “d’impunité zéro”, mais il y a surtout une justice ouvertement conduite à deux vitesses » [1].

 
TF1 et la coupe du Monde

TF1 s’est adjugé les droits de diffusion des deux prochaines coupes du monde pour 168 millions d’euros. Celle de 2002, au Japon et en Corée, va lui coûter 60 millions d’euros avec une rentabilité tout à fait aléatoire : selon les calculs des dirigeants, si la France était arrivée en demi-finale, la chaîne aurait équilibré ses comptes, si elle avait été en finale, elle aurait gagné de l’argent. Mais cet optimisme était loin d’être partagé par tous les analystes financiers. Selon l’un d’entre eux, de chez Dexia Securities France, TF1 pourrait enregistrer « une perte nette comprise entre 11 et 17 millions d’euros après impôts » même si l’équipe de France s’était qualifiée pour la finale ; une élimination en huitième de finale aurait creusé cette perte de 7 à 9 millions supplémentaires. On sait maintenant que la France n’a même pas atteint les huitièmes de finale…

Le match France-Uruguay a d’ailleurs fourni l’occasion de découvrir ce que Jacques Buob appelle le « carton rouge boursier » [2], nouvelle aberration de l’économie de marché : le 6 juin l’action TF1 est cotée 31,4 euros et reste pratiquement stable jusqu’à une heure et demie avant le coup d’envoi ; elle grimpe soudain de plus de 3%, malgré l’absence de Zidane ; elle est à 32,5 euros au moment du coup d’envoi ; une demi-heure plus tard, avec l’expulsion de T. Henry, elle tombe à moins de 30 euros ! Ce 21 juin, l’action TF1 est à 29 euros.

 L’odeur du pétrole

Depuis le 11 septembre 2001, la présence américaine en Asie centrale s’est fortement renforcée, notamment avec l’installation de bases militaires en Ouzbékistan et au Kirghizstan. Et ce n’est pas principalement pour lutter contre le terrorisme, comme on pourrait le croire, mais parce la mer Caspienne renferme de très gros gisements pétroliers : celui de Kashagan, par exemple, dans les eaux kazakhes est le 5ème du monde. La mise en exploitation de ces gisements va faire de la région un acteur pétrolier important, avec une production estimée pour 2010 à près de 4 millions de barils par jour, l’équivalent de ce que produit la Norvège. Les réserves du gisement off-shore de Kashagan sont si importantes que trois oléoducs ne seront pas de trop pour acheminer le pétrole : dans un premier temps (vers 2005), la production transitera par l’oléoduc qui relie le port kazakh d’Atyrau au port russe de Novorosiisk, sur la mer Noire ; plus tard elle pourra emprunter l’oléoduc Bakou-Ceyhan dont la construction doit commencer ce mois-ci. C’est ce projet d’oléoduc qui intéresse les États-Unis et tout particulièrement Bush. Quant au troisième projet « le plus sûr et le plus économique », il permettrait d’acheminer le pétrole kazakh, via le Turkménistan, vers le nord de l’Iran. Bien que préférée par beaucoup de “majors”, dont TotalFinaElf, cette voie iranienne a très peu de chances de voir le jour, car elle déplaît à Bush qui a, dès l’été 2001, fait reconduire le régime de sanctions contre les sociétés commerçant avec l’Iran, puis classé ce pays dans « l’axe du mal ».

 
Coucou, les revoilà !

Douze ans après leur déroute, les Russes sont de retour à Kaboul, les bombes américaines leur ont ouvert la voie. La Russie a été le premier pays à dépêcher sur place une délégation gouvernementale et à rouvrir son ambassade. La présence de ses “envoyés spéciaux” semble bien tolérée. Selon W. Poutine, c’est à la demande du président Afghan que les 400 “fonctionnaires” russes du Ministère de la défense, des affaires étrangères et des “situations d’urgence” (l’humanitaire) se sont installés à Kaboul. « Il n’y a aucune présence militaire russe en Afghanistan » dit-on à Moscou, malgré l’incessant trafic des Iliouchine 76. Les Russes cherchent à s’assurer une place durable dans le pays, pour mieux contrôler le trafic de la drogue, produite par les moudjahidines, comme par les talibans, qui se fait à travers le Tadjikistan, et aussi pour participer à la construction des futurs oléoducs et gazoducs destinés à transporter vers le sud le pétrole et le gaz des Républiques musulmanes ex-soviétiques.


[1Extrait du communiqué de presse de la Confédération paysanne du 17/06/2002.

[2Le Mondial, 09-10/06/2000.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.