Les vacances n’ont pas arrange nos economistes de choc
!
Le « premier » tout d’abord (vous avez reconnu Raymond Barre,
j’en suis sûr !) a déclaré à « Nice
Matin » le 9 septembre : « Les Français paient aujourd’hui
ces idees fausses selon lesquelles on peut gagner plus en travaillant
moins et réduire le chômage en partageant le travail...
Les pays où il y a le moins de chômage, le Japon ou la
Suisse, sont ceux où la durée du travail demeure la plus
longue... Le meilleur moyen de faire reculer le chômage, c’est
que les Français travaillent plus. » L’autre rigolo, bien
connu lui aussi, c’est Alain Minc qui a péremptoirement déclaré
au cours de l’Université d’été organisée
par St Gobain sur le thème « Jeunes d’aujour
d’hui et Entreprises de demain » « Nous ne sommes pas près
de retrouver une croissance digne de ce nom parce que nous vivons une
crise de la productivité, du fait de la part de plus en plus
importante des services dans le PNB et que nous enregistrons un coût
prohibitif de travail. Une baisse de 10 % du pouvoir d’achat pourrait
nous faire repartir. » (Où ? il ne nous le dit pas !).
L’un et l’autre oublient, ou plutôt n’osent pas penser, qu’on
n’a presque plus besoin de travail humain pour produire des biens agricoles
ou industriels et qu’il en faudra de moins en moins dans les services
grâce aux progrès de la bureautique. (C’est pourtant au
cours de cette même Université d’été que
l’ancien ministre de Giscard, André Giraud, soulignait l’apparition
d’un changement important, la multiplication des « esclaves »
- après les esclaves mécaniques, les esclaves électroniques
et bientôt biologiques - un ministre japonais lui aurait même
dit que « demain, un logiciel permettra de fabriquer des logiciels
»). Comme quoi nos economistes distingués « ont des
yeux mais ne voient point ! »
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L’été a aussi été fertile
en catastrophes de toutes sortes, et notamment aériennes. On
peut d’ailleurs se demander si la « déréglementation
» si chère aux soi-disant libéraux n’y est pas pour
quelque chose. C’est ainsi qu’on vient d’apprendre que la FAA (Federal
Air Agency), un organisme officiel americain qui serait en gros l’équivalent
de notre Direction du transport aérien, mène depuis le
mois de juin une enquête afin d’examiner les procédures
de maintenance et de sécurité en usage à American
Airlines (deuxième compagnie américaine). Cette initiative
a été prise à la suite de divers incidents mettant
en cause des avions de cette compagnie (perte d’un moteur en vol par
un Boeing 727 et découverte dans l’aile d’un DC-10 de pièces
en plastique substituées aux éléments métalliques
d’origine). La FAA a requis une pénalité de 375.000 $
pour ce remplacement « ose ». Elle n’écarte pas la
possibilité que les conditions d’entretien de la flotte d’American
aient pû être affectées par la très rapide
croissance (de 18 à 25 % par an) de la compagnie depuis la mise
en vigueur de la déréglementation, croissance qui lui
vaut les faveurs de Wall-Street. Résultats de l’enquête
fin septembre.
Toujours aux Etats-Unis, un avion de la compagnie Vieques Air Links
s’est abimé en mer au décollage de Porto-Rico, causant
la mort du pilote et des passagers. La Commission Nationale de Sécurité
des Transports a note que : - l’organisation des vols par la compagnie
était inadaptée, - le pilote qui était aux commandes
n’était pas qualifie et ne possédait pas de licence de
transport, - les employés de l’aéroport de Porto-Rico
n’avaient pas suivi les procédures pour s’assurer qu’il n’y avait
pas d’eau dans le fuel, - enfin que le contrôle de la compagnie
par la FAA était inefficace. La Commission de Sécurité
estime que la compagnie Vieques Air Links a commis ces négligences
pour des raisons de profits.
En Grande Bretagne, selon le Sunday Express, des pilotes ayant utilise
précédemment le Boeing 737 qui s’est écrasé
à Manchester auraient signale certains ennuis techniques et,
d’après l’Observer, une inspection inadéquate du matériel
serait à l’origine de l’accident. La compagnie British Airways
dont la British Airtours, propriétaire de l’avion qui s’est écrasé,
est une filiale et qui vient d’être récemment dénationalisée,
n’a fait aucun commentaire.
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Le gouverneur de l’etat du Maryland a décidé le 23 août dernier une suspension de soixante jours des retraits effectues dans une nouvelle caisse d’épargne de l’etat, suite à une vague de retraits massifs. C’est le quatrième établissement bancaire de l’etat du Maryland qui connait des suspensions de retraits. Mais ce n’est là qu’une péripétie à côte de la crise qui affecte le système bancaire agricole americain. Selon un correspondant du « Monde » aux Etats-Unis (Le Monde du 10 septembre), « le système fédéral americain de credit agricole, détenteur de la plus grande partie de la dette des fermiers des Etats-Unis, réputé depuis l’entre-deux-guerres comme etant un système financier « plus solide que l’or », est dans une situation telle qu’il appelle à l’aide l’administration fédérale... Les difficultés que connait le Federal Farm Credit System dépassent de beaucoup celles qu’a connues en 1984 la banque Continental Illinois de Chicago qui n’a dû son salut qu’à une aide du gouvernement fédéral de 4,5 milliards de dollars. Alors que les actifs de cette banque étaient de l’ordre de 40 milliards de dollars, ceux du credit agricole sont environ de 74 milliards en prêts dont au moins 15% peuvent d’ores et déjà être considérés comme non recouvrables ; c’est donc pour une somme de 11 milliards de dollars que le Federal Farm Credit System fait appel au gouvernement. » C’est une belle épine dans le pied de Reagan qui veut toujours réduire les subventions accordées à l’agriculture au nom du libéralisme economique. Ce n’est pas ça qui va arranger le déficit americain. Le secrétaire d’etat à l’agriculture déclare : « toutes les options sont ouvertes, nous gérons le système au jour le jour en attendant
de disposer de tous les éléments nécessaires pour
prendre une décision. » Certains experts estiment qu’il
y a dans l’endettement excessif des agriculteurs, incapables d’honorer
leurs engagements après quatre années de mévente,
un risque plus grand pour le système americain de credit que
celui représenté par la dette du tiers-monde.
Si j’étais un agriculteur français, avant de voter pour
Giscard, Barre ou Chirac, tous plus grands admirateurs les uns que les
autres de Reagan et de sa soi-disant economie libérale, je réfléchirais
un peu !

