Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : septembre 1977
Mise en ligne : 18 avril 2008

Dans un article de G. Farkas, France-Soir du 6-9-77
dénonce le a scandale du café ». Selon le journaliste
une société brésilienne achèterait d’importantes
quantité ;de café afin d’en maintenir le cours à
une valeur élevée.
Le vrai scandale, c’est que France-Soir ne dénonce que celui
du café, parce qu’il ne met en cause qu’un pays en voie de développement.
Comme si la destruction et le stockage des produits, afin d’en contrôler
la e rareté » et donc d’en maintenir les prix. ne se pratiquaient
pas en France et en Europe !

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A Port la Nouvelle (Aude), dans la nuit du 12-8-77,
les chalutiers sont rentrés lourdement chargés de sardines.
Mais, faute de « débouchés », les pêcheurs
en ont rejeté plus de 6 tonnes et demi à la mer.

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Toujours en France, on s’attend à une récolte
record de céréales. Pas étonnant alors que le déchargement,
dans le port de Mulhouse, de 250 tonnes de maïs en provenance des
Etats-Unis, ait suscité de vives réactions dans les milieux
agricoles du Haut-Rhin.
Mais l’importateur a promis qu’il ne recommencerait plus : il voulait
simplement profiter de la baisse du dollar qui s’est manifestée
au début du mois d’août.
Cette baisse du dollar a d’ailleurs été délibérément
organisée par les Américains afin de favoriser leurs ventes,
principalement au Japon et en Allemagne.
En France, la récolte 1977 de pommes de terre sera excellente,
le rendement moyen étant supérieur à 30 tonnes
à l’hectare.
C’est ce qui provoque le désespoir du Comité National
Interprofessionnel de la pomme de terre qui pense que cette e surproduction
 » va amener une chute des cours.

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Le problème de l’écoulement des excédents
agricoles n’est pas particulier à la France mais commun à
tous les pays développés.
La Commission de l’Agriculture de la Communauté Economique Européenne
estime en, effet que la vente sur le marché mondial de la production
excédentaire des pays membres de la Communauté sera de
plus en plus difficile en 1977-1978.
Qu’on en juge : malgré les mesures déjà prises
pour limiter la production laitière, les stocks de beurre atteindront
ai. moins 300 000 tonnes l’an prochain alors qu’ils ne s’élèvent
qu’à 190 000 tonnes actuellement , la forte récolte de
céréales (principalement l’orge et le blé cendre),
qui atteindra 105 millions de tonnes contre 90 millions en 1976. va
créer des problèmes d’écoulement puisque les stocks
mondiaux sont encore en augmentation, ce oui, catastrophe, se traduit
par des prix relativement bas : quant au sucre, dont on veut périodiquement
faire croire à la pénurie, son excédent « 
structurel » risque de dépasser trois millions de tonnes
au cours des prochaines années. Ce qui n’empêche pas le
ministre français de l’agriculture de proclamer e sa volonté
d’aider à l’implantation d’une unité de production de
sucre de raisin ». On croit rêver !
Gageons que France-Soir ne va pas tarder à nous faire croire
que la sécheresse de l’été 1976 avait du bon !

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Savez-vous combien coûte le beurre français
dans la Principauté d’Andorre ? 7 F 50 le kg.
Goûtez et comparez ! C’est bien notre beurre. Merci de payer la
différence.

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Spéculant, lui aussi, sur la baisse de la peseta,
le Premier ministre est allé passer quelques jours de vacances
sur la Costa Brava.

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Si la majorité d’entre nous doit s’attendre
à subir une plus forte pression fiscale, il n’en est pas de même
pour tout le monde : l’avoir fiscal vient d’être porté
à 100 % et les entreprises ont été autorisées
à réévaluer leurs bilans, ce qui va permettre à
un grand nombre d’entre elles de ne plus payer d’impôts, tout
en augmentant leurs réserves. Le Premier ministre justifie ces
mesures en disant que cela va favoriser l’investissement et donc la
création d’emplois.

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Dans le domaine de l’emploi, l’échec du gouvernement
s’affirme de jour en jour : selon les statistiques officielles, il y
avait en juillet dernier 30 000 chômeurs de plus qu’au mois de
juin. Il paraît que les employeurs préfèrent attendre
la fin des vacances d’été avant de procéder à
des embauches.

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Mais pourquoi la France réussirait-elle dans
ce domaine, mieux que ses partenaires occidentaux ?
Les experts estiment en effet que le nombre des chômeurs des neuf
pays du Marché Commun, qui est actuellement de 5 millions 400
mille (dont 2 millions ont moins de 25 ans) passera à plus de
six millions avant la fin de l’année.

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Les Américains ne sont pas épargnés
non plus. Aux EtatsUnis, le pourcentage de la population active à
la recherche d’un emploi, est passé à 7,1 % en septembre
(il atteint 11,7 % pour les Noirs). Au Canada, le taux de chômage
va dépasser cette année 8 % de la population active.