Au fil des jours

par  A. PRIME
Publication : octobre 2000
Mise en ligne : 16 juin 2008

 Enfin l’homo sapiens, sapiens, sapiens ?

Une des questions que se posent la plupart des
abondancistes, j’ai pu le constater sur plusieurs
décennies, est la suivante : comment se fait-il que
le cerveau de l’homme qui a pu concevoir et réaliser
les produits les plus extraordinaires, qui a
tant fait progresser la biologie, la chirurgie, l’astronomie,
etc. ait tant de mal à comprendre les
problèmes socio-économiques qui sont le corollaire
de ses prouesses techniques et qui nous paraissent
si évidents ? Einstein, qui parlait en connaissance de
cause, constatait : « Il est plus facile de désintégrer
l’atome que de changer la façon de penser des
hommes ». « Au faîte de sa puissance technologique ;
aux portes de l’abondance et du bonheur terrestre
qu’il quête depuis la nuit des temps, l’homme s’avère
incapable de comprendre dans sa globalité la fantastique
mutation qui devrait logiquement s’imposer.
 » C’est cette réflexion que je formulais dans une
brève pochade [1] suivie de trois croquis.

Les paléontologues ont appelé homo sapiens l’homme
de Neandertal (100.00 à 40.000 ans avant notre
ère) et homo sapiens sapiens l’homme de Cro-
Magnon, apparu il y a environ 40.000 ans, auteur,
entre autres merveilles, des peintures des grottes de
Lascaux.

(Rappelons la constatation péremptoire de J.
Duboin : “Napoléon s’éclairait et se déplaçait
comme les pharaons”, il y a deux siècles à peine…)
Faut-il « conclure qu’il manque quelque chose au
cerveau de l’homo sapiens sapiens et que seul un
homo sapiens, sapiens, sapiens pourra réaliser le
plus nécessaire, tout comme l’homo sapiens sapiens
avait dû acquérir un plus sur l’homo sapiens pour
peindre Lascaux. Mais il faut que la mutation biologique
soit rapide, très rapide, car, au train où vont
les choses, l’homo sapiens sapiens actuel risque en
quelques décennies de rendre sa planète inhabitable
 ». Malheureusement, les mutations naturelles
biologiques sont très lentes.

Mais voilà que le Pr. Marvin Minsky, l’un des pères
de l’ordinateur, cité par Ignacio Ramonet [2] évoque
une solution : « En 2035, l’équivalent électronique du
cerveau, grâce à la nanotechnologie, sera peut-être
plus petit que le bout de votre doigt. Cela signifie
que vous pourrez avoir à l’intérieur de votre crâne,
tout l’espace que vous voudrez pour y implanter des
systèmes et des mémoires additionnels. Alors, petit à
petit, vous pourrez apprendre davantage chaque
année, ajouter de nouveaux types de perceptions, de
nouveaux modes de raisonnement, de nouvelles
façons de penser et d’imaginer ».

Est-ce cela le “plus” que j’évoquais pour que la
majorité des humains puisse enfin comprendre les
problèmes socio-économiques liés aux progrès techniques
 ? On peut toujours rêver…

  * *
Un Forum social mondial

Un espoir plus crédible que les puces cérébrales
pour faire avancer le monde vers le progrès
social serait la création d’un “Forum Social
Mondial [2]”, antidote du Forum Économique Mondial
de Davos. Le premier se tiendra en 2001, aux mêmes
dates que Davos, à Porto Alegre (Brésil). 2 à 3.000
participants y sont attendus, dont ceux qui ont fait
l’anti-Seattle, et d’autres organisations. Il s’agit de
pérenniser, de fortifier un contre-pouvoir planétaire,
indispensable pour lutter contre la mondialisation
libérale, et montrer qu’un autre monde est vraiment
possible.

  * *
Démographie planétaire

Dans son dernier livre Le rapport Lugano [3] Susan
George consacre un chapitre à la démographie dans
le monde. Les estimations les plus couramment
admises à l’horizon 2020, selon qu’elles sont hautes
ou basses, varient entre 7,2 et 8,5 milliards :

Actuellement on compte 133 millions de naissances
pour 52 de décès par an. Mais, avec les disparités
nord-sud, la proportion de la population, de 20%
pour les pays développés et 80% pour les autres,
passera, en 2020, respectivement à 15 et 85%.
Autrement dit, et ce que nous avons à plusieurs
reprises signalé est en accord avec les chiffres indiqués
par S. George, en gros un milliard d’habitants
vivent dans les pays dits “riches” (même si 20 à 25%
y vivent au niveau ou en dessous du seuil de pauvreté),
quant aux autres milliards [4], ils viennent grossir
la cohorte des pauvres : dans le monde néolibéral
où nous vivons, chaque nouveau milliard se traduit
par un milliard supplémentaire de démunis. Sur les
81 millions de personnes qui s’ajoutent chaque
année à la population mondiale, un million seulement
concerne les peuples développés [5]. Ainsi l’Inde,
qui vient de dépasser le milliard d’habitants, n’en
comptait il y a 30 ans que 547 millions. Ces millions
de nouveaux venus ne sont certes pas en majorité
des riches ; cela n’a pas empêché le gouvernement
de passer récemment d’énormes commandes d’armements
aux Russes !

Deux autres chiffres éloquents, entre autres :

- Égypte : 1971, 30 millions d’habitants ; 1997, 61
millions. Accroissement annuel de la population :
1.220.000 ; % de terres cultivées, 2,8% contre 35%
en France.

On mesure dans quelle misère s’enfonce le pays

- Nigéria : 1975, 61 millions d’habitants ;1999, 114
millions. Taux de fécondité : 6,2.

On s’étonne de la pauvreté croissante en Afrique
subsaharienne ?


[1GR-ED 953, Mars 1996.

[2dans
Le Monde Diplomatique
août 2000.

[3Voir son analyse
par J. Bonnet
dans GR-ED 1002.

[4Rappelons que trois
milliards vivent
aujourd’hui avec
moins de 7 F par jour.

[5Chiffres publiés par
l’ONU.