Aux esclavagistes modernes…

par  R. MONEDI
Publication : octobre 2004
Mise en ligne : 5 novembre 2006

Le texte qui suit a été publié sous le titre “Comme le chômage et l’alcool, l’abus de travail aussi peut tuer”, sur le site internet du cercle PEP (Partage Équitable du Progrès) : www.cerclepep.com.

Avec tous les nuages qui se sont accumulés ces derniers temps et la nouvelle arrogance du Medef, il est fort probable que la rentrée sociale soit quelque peu orageuse. Alors que les “producteurs“ de la France travailleuse vont reprendre leurs activités, les “profiteurs” veulent aujourd’hui accroître encore plus leurs avantages léonins. C’est en tirant trop sur la corde le jour, que le grand soir arrive !

 NE TOUCHEZ PAS À NOS 35 HEURES !

Alors que depuis le début de l’ère industrielle, nos horaires de travail ont été réduits de 84 à 35 heures, soit une baisse moyenne de 1 heure tous les 3 ans, les patrons voudraient maintenant revenir en arrière et remonter le temps de travail. Et de plus, toujours payées 35 ! Mais alors à quoi auraient servi tous les combats, tous les sacrifices réalisés depuis l’aube des temps par nos aïeux, pour assurer leur survie ? A quoi auraient servi toutes les luttes, toutes les grèves, les efforts et aussi parfois les morts, de la classe ouvrière pour améliorer leurs conditions de vie et de travail si c’est pour revenir en arrière, à l’aube du 3ème millénaire ! Vous êtes totalement inconscients ! Mais avez-vous mesuré l’immensité du risque que vous prenez ? Continuez sur cette voie et vous verrez que 2006 aura de fortes chances de rimer avec 1936. Et peut-être même avec 1789 !

 LE MACHIAVÉLIQUE “MANAGEMENT PAR LA PEUR”.

Dans l’immédiat, par l’ignoble chantage à l’emploi que vous commencez à instaurer dans les esprits, des salariés apeurés par la crainte du chômage et des délocalisations, acceptent contraints et forcés vos exigences honteuses et anachroniques ! Mais qu’en sera-t-il demain ? Le management par la honte et la frousse ne dure jamais bien longtemps !

Alors que les immenses progrès technologiques réalisés depuis le début de l’ère industrielle… auraient dû permettre de faciliter, de socialiser et d’humaniser le travail, vous en avez profité au contraire, pour accélérer la production afin d’accroître toujours plus vos honteux profits. Et vous voulez aller encore plus loin ? Ne voyez-vous pas qu’en mettant une pression maximum dans les entreprises vous risquez tout bonnement de les faire exploser comme les premières marmites de Denis Papin au début de l’ère industrielle ?

Et parce que dans leur ensemble les Français ne veulent pas vous suivre dans vos délires, vous parlez de “France paresseuse” ! …Non, les Français ne sont pas des paresseux, ils sont tout simplement assez intelligents pour comprendre qu’ils seront toujours les dindons d’une farce que vous avez concoctée à votre avantage.

Dans un souci de salubrité publique, il faudrait, comme pour le tabac, aviser les gens que « l’abus de travail nuit à la santé ». Il fût des temps où le travail jouait un rôle fondamental dans la formation et l’évolution des hommes, où tout en leur permettant de gagner leur vie, il était aussi leur raison d’être et parfois même l’accomplissement de toute une existence ! Les individus mettaient alors toutes leurs facultés et leur fierté dans le travail qu’ils réalisaient et qui en retour les valorisait ! Mais à présent, une telle image n’existe plus ! Vous avez tout sali ! Par rapacité sordide vous avez même tué le noble concept du travail et vous en avez saccagé les valeurs morales. Ne voyezvous pas que la France, et tous les pays industrialisés, sont malades de la compétivite ? Cette nouvelle maladie pompe à la fois et le corps et l’esprit des personnels de tous niveaux, des salariés aux nombreux cadres qui sont de plus en plus sujets au stress. « Merci patrons ! », c’est grâce à vous et à la pression que vous mettez dans les entreprises que nous sommes les champions de la consommation de psychotropes, que les noms des drogues et antidépresseurs, Témésta, Prozac et autres, sont passés dans le vocabulaire usuel et que les cabinets des psychotérapeutes ne désemplissent pas.

 KAROSHI, NON MERCI !

Au Japon, nombreux sont ceux qui meurent d’une “overdose” de travail. Attaques cérébrales ou cardiaques et même suicides ne sont pas rares chez les cadres qui sacrifient leur vie de famille à leur boulot. Cette maladie fait partie de leur culture et porte même un nom, le “Karoshi”. Mais il y a culture et culture Messieurs les “néo-esclavagistes”, et accepter comme un honneur de mourir au travail ne fait pas partie de la nôtre ! Pour nous, grâce aux magnifiques progrès que nous avons réalisés, le travail n’est qu’un moyen ce n’est pas un but !

 LE TRAVAIL, LE TRAVAIL, LE TRAVAIL, ILS N’ONT QUE CE MOT À LA BOUCHE !

Tous les moyens et tous les discours sont bons pour faire travailler toujours plus les salariés, afin d’empocher toujours plus de dividendes. Quelle honte et quelle tromperie aussi, surtout quand les médias emboîtent le pas. Comme on n’ose pas, encore, toucher aux 35 heures, on nous dit qu’on va « assouplir la Loi pour permettre aux salariés qui le désirent, de travailler plus pour gagner plus ». Et la main sur le cœur, gouvernement et Medef tentent d’expliquer : « vous comprenez, il y a des périodes dans la vie où pour faire face à des dépenses importantes, imprévues, des salariés ont besoin de gagner plus, alors il est normal que nous leur donnions la possibilité de travailler plus ! » Que c’est beau ! On croirait entendre Jean Valjean, le héros des Misérables de Victor Hugo ! C’est oublier que ces grands sentiments vont dans le droit fil des intérêts du patronat. Plus il y a d’heures supplémentaires, plus il y a de bénéfices pour l’entreprise et moins elle a besoin, par cet échappatoire, d’accroître son effectif en embauchant des chômeurs ! Vous êtes très fort Baron Seillière, mais quelle hypocrisie !

 RECHERCHES, DÉCOUVERTES ET … FARNIENTE.

Mettre la pression dans les entreprises ne leur suffit pas, nos cupides rapaces veulent aussi pressurer les cerveaux pour accroître encore plus leurs profits. Ils ont compris que les innovations sont des facteurs importants de croissance, alors ils veulent augmenter au maximum le potentiel créatif des chercheurs, en affolant leurs neurones.

Mais stop, danger ! À vouloir accélérer les rythmes humains, tant sur les plans physique que psychique, on se trompe !

La biologie en fournit la preuve : cela ne va pas sans danger ! Outre le stress déjà évoqué, et tous ses méfaits, mettre les facultés cérébrales sous pression c’est aller à l’encontre du but recherché. Que de grandes découvertes ont été faites, dans ou après des moments de “farniente” ! C’est bien alors qu’il se prélassait dans son bain qu’Archimède trouva son fameux principe, tout corps plongé dans un liquide , etc…. Et c’est en voyant tomber une pomme du pommier sous lequel il faisait sa sieste que Newton eut l’idée des lois de la gravitation universelle. Pour être créatif, il faut fortement penser au problème et l’intérioriser, et puis ensuite se détendre, laisser l’esprit batifoler.

Au lieu de surpresser les neurones des chercheurs, il vaudrait donc mieux les envoyer en “vacances” pour qu’ils en reviennent avec des moissons d’innovations ! Chiche !!!


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