Critique et précisions

par  C. STENGER, M.-L. DUBOIN
Publication : octobre 2004
Mise en ligne : 5 novembre 2006

CRITIQUE

Dans la promotion de l’Économie Distributive, vous affirmez que « si jusqu’à maintenant la compétition était naturelle, si elle était inculquée dès l’enfance, c’est parce que notre système économique a été conçu à une époque où les biens produits étaient rares, c’était donc la course pour être le mieux servi. On est amené à penser et à agir autrement quand on est devant un buffet bien garni et assuré qu’il sera regarni sur commande ». Pourtant toute l’histoire, depuis le néolithique, nous apprend qu’il n’y a, hélas, rien de plus naturel entre vivants que la compétition (reposant notamment sur le désir mimétique, bien analysé par l’anthropologue René Girard), et qu’elle n’est donc pas la conséquence de quelque système économique créé depuis (Ricardo ? Smith ?), même si le récent ultra-libéralisme en a apocalyptiquement exacerbé les dérives.

Nous ne vivons pas dans une société d’abondance. Ou alors on ne nous en fera vivre que la dangereuse illusion. Le désir mimétique qui nous pousse à désirer ce qu’autrui désire nous poussera toujours à la rivalité et induira toujours du sentiment de manque ou d’envie, sentiment que certains pourront toujours exploiter en faisant rêver que le bonheur résiderait dans la possession de tel objet, tel prestige ou tel pouvoir possédé par autrui (si futile fût-il).

Certes, depuis quelques décennies, nous (sociétés occidentales industrialisées) produisons en abondance certains produits dont le prix sera évidemment d’autant plus bas qu’ils auront été (mécaniquement) produits en abondance. Cependant nous continuons de vivre sur une planète où l’abondance serait loin d’être la règle pour peu qu’on ambitionnerait de répartir justement entre tous les habitants de la planète ses richesses naturelles ou produites. Le mythe d’une société d’abondance ferait en outre totalement l’impasse sur la dégradation écologique qu’elle induirait et qu’elle induit déjà. Par ailleurs, si l’on regarde l’ensemble de la planète, dont la population, et donc la force humaine de travail n’a cessé d’augmenter, il n’y a pas diminution du temps de travail, au contraire. Si, dans les pays riches, la réduction du temps de travail a été rendue possible grâce à la mécanisation et au savoir accumulé depuis des générations, elle l’est aussi grâce à l’exploitation directe ou indirecte de populations du monde (pays du Sud ou de l’Est), où l’on ne cesse de travailler voire galérer de pire en pire…

C. Stenger.

PRÉCISIONS

En employant le terme d’économie d’abondance nous voulons souligner que les problèmes à résoudre ne sont plus lceux d’une économie de rareté où le problème majeur est celui de produire les biens d’intérêt vital et où la compétition s’explique par la crainte qu’il n’y ait pas assez pour tout le monde.

Or l’humanité a accumulé un patrimoine de connaissances scientifiques, théoriques et techniques tel que la production mondiale par tête d’habitant n’a pratiquement jamais cessé de croître. Et aujourd’hui la production des biens de première nécessité est théoriquement résolu au point qu’on peut produire de quoi fournir à tous les habitants de la planète plus que le nécessaire pour vivre. On a donc bien changé d’ère économique, en ce sens que le problème majeur à résoudre n’est plus de produire plus, c’est maintenant celui de l’accès de tous aux biens vitaux.

Mais comme on raisonne toujours comme en économie de rareté, les producteurs se plaignent que l’abondance de leurs produits en fasse baisser les prix, donc leurs revenus. Les économistes déclarent qu’il y a surproduction. Des mesures sont prises pour maintenir de force la rareté : destructions de récoltes, quotas imposés, mises en jachères, subventions, etc. On mesure à quel point ces mesures sont non seulement absurdes, mais criminelles quand on sait que plus de 840 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition.

Et, toujours pour la même raison, l’économie s’oriente vers d’autres productions dont ni l’inutilité ni la nuisance n’entrent en ligne de compte, pourvu qu’étant rares elles attirent des clients solvables. Trouver “des débouchés” est devenu le principal souci économique et ce non-sens est mesuré par le potentiel déployé en publicité sous toutes ses formes afin de pousser à la consommation, sur de “nouveaux marchés”, de n’importe quoi, produit n’importe comment.

Dès lors qu’on peut produire à volonté, la production ne doit plus être orientée par la recherche et le maintien artificiel de la rareté pour le profit. Elle doit d’abord assurer les besoins vitaux de tous, il faut pour cela repenser la répartition du pouvoir d’achat, et la production supplémentaire ne doit compromettre ni l’environnement, ni les réserves de la terre pour les générations futures.

En d’autres termes, nous ne croyons pas à un mythe, nous disons que le système économique actuel est inadapté à notre temps et que maintenant il faut raisonner autrement…

M-L Duboin.

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