Bravo Fabienne !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : avril 2018
Mise en ligne : 19 juillet 2018

Je savais que Fabienne avait entrepris de raconter dans un livre ce que fut sa vie d’employée chez Renault, à Flins, mais je ne me doutais pas que son livre me toucherait à ce point !

Adhérents à Attac dès sa création, Jean-Pierre et moi avons apprécié, pendant des années, le dévouement avec lequel elle anime le groupe local de cette association. Mais ce n’est rien à côté du courage qu’il lui a fallu pour entrer en usine dans l’intention de changer le monde… et tenir le coup !

300 pages, 15 €, éd. Syllepse

Dès ses débuts, elle a été confrontée au problème des immigrés. En 1973, sur les 20.500 salariés de Flins, 8.600 sont immigrés, dont 4.400 marocains. Elle apprend que la France est allée sur place chercher ces travailleurs dont le trafic à l’embauche vient d’être dénoncé : pour obtenir un emploi il fallait qu’ils versent de 500 à 2.000 francs !).

Son témoignage frappe par sa sincérité, et je dirais par sa simplicité, ce qui pour moi est une grande qualité : militante, puis déléguée syndicale, Fabienne Lauret plonge le lecteur au sein des luttes sociales dont l’usine de Flins a été fortement secouée, et elle le fait sans cacher ses angoisses, par exemple quand elle a mené sa première grève. Féministe, elle décrit la condition des ouvrières dans l’atelier de la couture des housses de voitures (où le travail est dur, très physique, « surtout pour le dos et les mains ») : victimes de sexisme non seulement de la part de la direction, mais aussi de leurs collègues mâles, elles ne se laissent pourtant pas facilement convaincre de ne plus se soumettre et de faire valoir leurs droits.

Au début des années 1980, au tournant de la révolution libérale, Fabienne éprouve une grande fatigue, elle avoue une certaine usure militante. Elle découvre alors le comité d’établissement (CE), d’abord en qualité d’élue. Et dans la seconde partie des trente-six années de sa vie en usine, elle va être salariée du CE et participer à tout ce qui peut en élargir la portée culturelle : médiathèque et bibliothèque sont développées pour mieux accueillir les salariés, alors Fabienne n’hésite pas à reprendre les études et obtenir un diplôme de bibliothécaire. Son travail est ainsi transformé, elle s’épanouit dans des activités culturelles dont la portée sociale l’enthousiasme… Mais ces activités et ce dynamisme qui, en outre, viennent d’une femme, déplaisent à certains. Le harcèlement moral dont elle fut alors l’objet réussit à la plonger dans une profonde déprime. Elle a le courage d’en témoigner, et pour ne pas prendre le risque que sa mémoire déforme son récit, elle a ressorti son « gros dossier vert ». Il faut lire et faire lire ce témoignage pour comprendre notre époque.