Choses et autres

Publication : 25 mai 1939
Mise en ligne : 8 avril 2008

  Sommaire  

La France est pays béni des Dieux. Elle n’a jamais eu que des as comme ministres des Finances, et chaque fois qu’elle en a un nouveau, il est encore meilleur que tous les autres réunis.

Chacun d’eux opèrent le redressement attendu ; et, de redressements en redressements, nous avons l’économie la plus florissante qui ait jamais existé.

 

Après chaque redressement, le ministre embouche la trompette d’argent. Et la presse, qui s’y connaît, chante ses louanges.

 

Après plusieurs dévaluations successives, notre petit franc est devenu une monnaie refuge. L’eusses-tu cru ?

Alors que fait-on quand on possède une monnaie refuge ? Parbleu, on s’y réfugie et l’on thésaurise, au grand désespoir du ministre des finances qui ne voulait pas être cru à ce point là.

 

Alors la presse nous explique que la thésaurisation est la cause du chômage, au moment où la même presse nous assure que le chômage est en régression. Accordez vos flûtes, s.v.p.

 

Et si la thésaurisation est la cause du chômage, qu’on veille bien nous expliquer la politique du gouvernement des Etats-Unis. Ce pays compte douze millions de chômeurs, et il n’hésite pas à thésauriser volontairement 150 milliards de francs ! Il stérilise l’or qui afflue dans ses banques.

Nous ne demandons pas que Monsieur Paul Raynaud nous explique, car il y apporterait trop de joyeuse fantaisie, mais nous voudrions connaître l’avis de M. Jacques Rueff qui affirme être un économiste sérieux.

 

Pourquoi, cher lecteur, ne procédez-vous pas à vos achats habituels ? C’est la question que vous pose, sans rire, les augures de la rue de Rivoli.

Vous n’allez pas, je suppose, prétendre que les prix montent au moment où vos ressources sont en baisse. Fi ! quelle mauvaise excuse ! Vous ne direz pas non plus que le percepteur a des exigences qui vous privent du plaisir de dépenser. Cela ferait sourire notre Grand Argentier.

Répondez donc que vous faites la Grande Pénitence qu’on vous a prêchée aux applaudissements répétés de la grande presse.

Au moment où vous la faites vraiment, même à votre corps défendant, voilà qu’on vous engage à dépenser !

Après nous avoir dit en long et en large que l’épargne était une vertu !

 

Très édifiante l’histoire de la remise des prix dans les lycées et collèges. À force de lire qu’il fallait faire des sacrifices pour le « Paris » (n’a-t-on pas publié la lettre d’un chômeur qui affectait son allocation pour la mise en chantier d’un géant des mers ?) tous les potaches se sont dit qu’il fallait faire un geste. Comme par hasard, l’idée vint de supprimer cette distribution de livres rouges à tranches dorées qui donnent lieu, chaque année, à des compétitions regrettables. – « Ton camarade a eu plus de prix que toi, petit paresseux ! » Sacrifier tous les prix d’honneur sur l’autel de la patrie ! Acheter au comptant quelques avions américains ! Quel rêve !

Nos jeunes amis s’attendaient à des félicitations chaleureuses. Hélas ! quelqu’un vint jeter un seau d’eau froide : c’est la Chambre syndicale des éditeurs qui fabriquent des livres de prix. C’est un désastre, ni plus ni moins, que l’idée baroque de vouloir supprimer les distributions de prix, s’écria-t-elle dans la même presse qui venait d’applaudir le geste des élèves.

Moralité : soyez patriotes, à condition que votre patriotisme ne vienne pas jeter la perturbation dans notre porte-monnaie.

 

Supposez que les patriotes décident de ne plus aller au café et de consacrer le prix de leurs apéritifs à la Défense nationale. Vous entendez d’ici les hurlements de la presse ? « Vous allez vous ruiner la santé », expliquerait-elle à ses lecteurs.

 

Toutes les chambres de Commerce reprennent le leit-motiv : Dépensez ! Oubliez donc tout ce qu’on vous a dit sur la nécessité des économies héroïques, sur la vertu du bas de laine, sur les folles dépenses inspirées par le pauvre Front Populaire. Dépensez ! Dépensez ! Vous ne pouvez trop dépensez ! C’est votre devoir de bon Français, n’est-ce pas M. Joseph Caillaux, M. Jèze, M. Barthélémy et Cie ?

 

Le comble est qu’à la minute où l’on invite tout le monde à la dépense, M. Paul Raynaud se félicite de voir augmenter les dépôts dans les Caisses d’épargne !

 

M. Pierre Audiat, (tenez-vous bien !) fait de l’économie politique depuis quelque temps. Ça lui est venu comme ça ! Alors il vient de nous annoncer que le franc remonterait bientôt !

De plus en plus fort !

 

Le pain est amer, écrivait dernièrement M. le colonel-sénateur Fabry. Fallait pas dénaturer vingt-cinq millions de quintaux de froment, ô Fabry de mon cœur !

 

Il parait que le beurre baissait. Rassurez-vous : M. Palmade, sénateur des Charentes, a réuni les producteurs de beurre et les mesures sont prises par les Pouvoirs publics pour enrayer cette baisse catastrophique, comme disent les journaux. On va donner des primes à l’exportation, et nous payerons tous pour que les Anglais aient leur beurre bon marché. Meilleur marché que les Français, n’est-ce pas M. le colonel-sénateur Fabry qui ne tardera pas à écrire que le beurre est amer !


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.