Des chiffres

Publication : mars 1987
Mise en ligne : 21 juillet 2009

C’est à beaucoup plus que les 35 milliards
de F, selon l’évaluation faite par F. Mitterand au début
de cette année, qu’on vient (*) de chiffrer les privilèges
récemment accordés aux déjà privilégiés.
En voici le décompte :
- Suppression de l’impôt sur les grandes fortunes = 4 milliards
 ;
- Abaissement du taux de l’impôt pour les grandes et moyennes
entreprises = 10 milliards ;
- Diminution de la taxe professionnelle et de celle sur les frais généraux,
etc 11 milliards ;
- Effort en faveur des fraudeurs (de grande envergure) et spécialistes
de transfert illicites de capitaux, de commissions occultes ou comptabilités
truquées =7 milliards ;
-Allégements fiscaux pour les hauts revenus = 2 milliards ;
- Abattements sur les revenus mobiliers, etc = 2 milliards ;
A ces 36 milliards, il faut ajouter l’abattement forfaitaire sur les
revenus immobiliers et l’allégement des droits de succession.
Et ne pas oublier la majoration des honoraires médicaux et les
mesures prises en faveur de la "dépénalisation"
du secteur libre, soit environ 5 milliards, ni les 2 milliards aux agriculteurs
dont une grande partie est allée aux plus fortunés, tels
les viticulteurs du Bordelais où la Bourse locale a fait un bond
de 100 % en 1986. Enfin n’oublions pas la sollicitude du Ministre des
Finances envers les boursicoteurs : la sous-évaluation des actions
d’ELF-Aquitaine, de Saint-Gobain et de Paribas est évaluée
à environ 5 milliards. Or 5 millions parmi les 7 millions de
"petits épargnants" concernés par ces ventes
ne représentent que 9 % des actifs, tandis que 100.000 personnes
en détiennent 35 % : le tiers de ces 5 milliards vont donc à
elles. Elles qui ont bénéficié déjà
de la hausse de 320 % des actions en Bourse depuis 1981.
Comparons à ces chiffres ce qu’aurait coûté l’augmentation
de 1 % des salaires refusée à la fonction publique : 5
milliards.
Mais reconnaissons que l’Etat a annoncé l’affectation de 400
millions (soit moins d’un demi-milliard) pour la lutte contre la pauvreté
au cours de l’année 1987 !

(*) Evaluation par C. de Brie dans le "Monde
Diplomatique" de Février 1987