Le partage du travail, dernier moyen de marcher de travers ?

par  A. MOLLIÉ
Publication : octobre 1992
Mise en ligne : 20 avril 2008

"Dites-moi si je me trompe" a abordé à la télé le partage du travail pour lutter contre le chômage. Encore un moyen de marcher de travers avant de marcher droit. Est-ce le dernier ? Est-ce tout ce que l’intelligence socialiste... et syndicaliste a pu trouver ? Est-ce la dernière stupidité pour prolonger un capitalisme à l’agonie ? Et tout ça projeté sur le plan de l’Europe !

Partager un travail qui est en train de disparaître entre tous les millions de chômeurs qui se profilent avec Maastricht, ça ne fera pas trop lourd pour chacun de ce travail adoré. N’y aura-t-il personne pour hurler à nos gouvernants que ce n’est plus le travail qu’il faut partager, mais la production. Evidemment, c’est impossible de partager une production qui nous submerge, qui fait effondrer les prix, en régime capitaliste : la monnaie capitaliste, qui ne représente plus rien, ne peut être le moyen d’un juste partage des produits [1].

  Le même pouvoir d’achat global

Les graves experts qui en débattent ne savent plus où ils en sont : partager le travail, ça implique partager les salaires, ce qui signifie qu’après ce double partage, il n’y aura au bout du compte que le même pouvoir d’achat global toujours très insuffisant pour absorber toutes les richesses jetées sur le marché, qu’on a baptisées surproduction. Alors, remèdes ?

Ceux qui font partir la crise de1960 oublient un peu l’Histoire. Savent-ils que c’est la crise et le chômage qui ont engendré Hitler et que c’est la bienheureuse guerre de 39-45 qui, en détruisant tout, a insufflé au capitalisme un ballon d’oxygène de…20 ans ? Alors, prêts à recommencer ? Que dis-je, recommencer ! Cette “bienfaisante” guerre s’est-elle arrêtée, depuis, dans le monde ? Traiter la guerre par la guerre ne résoudra rien : c’est Mitterrand qui le clame ! Que ne l’a-t-il hurlé avant la guerre du Golfe, que les Américains, à bout de souffle, s’apprêtent à recommencer ! Alors si la guerre ne résout rien, à quoi bon l’armée ? Est-ce tout ce que des prétendus socialistes ont trouvé pour donner aux travailleurs boulot et pouvoir d’achat ? Alors, recommencer à payer pour détruire les richesses, comme on l’a fait depuis 60 ans, pendant que des gosses meurent de faim en Afrique et ailleurs ?

L’heure est venue d’en venir à ce que disait Jacques Duboin et que préconisent les distributistes depuis 1932 : l’abondance ne se vend plus : elle se distribue. Et il faut pour une distribution équitable un moyen de répartition gagé sur cette production et annulé à l’achat : c’est la monnaie de consommation. C’est le moyen de sortir le monde du marasme, de la misère, de la drogue, de la guerre et de la pollution qui détruit la planète. C’est une question de survie pour toute l’humanité, pour tous, même les riches. Alors quelle belle Europe, et quel beau monde de collaboration, d’entente et de paix. Le progrès libérerait l’homme au lieu de l’asservir et de l’écraser.

Les journalistes, les économistes, les syndicalistes sont-ils imbéciles, ignorants ou vendus pour refuser d’en parler ou de se renseigner ? Il est inadmissible qu’une télé, organe spécifique de grande information, n’en parle jamais.

 Concurrence exacerbée

Hélas ce n’est pas ce monde agréable que nous prépare la vieille Europe capitaliste qu’on nous mijote. C’est toujours l’Europe de la concurrence qui dresse les hommes les uns contre les autres. Avec une monnaie unique et la liberté de circulation des produits, cette concurrence va s’exacerber : ce sera la lutte pour les prix compétitifs. Et pour obtenir des prix compétitifs, on débauche les travailleurs et on les remplace par des machines. Il y aura plus de produits, des produits moins chers, mais un pouvoir d’achat encore plus réduit. Et ceux qui pensent faire l’Europe en y trouvant plus de consommateurs et en pensant lutter contre le chômage vont se trouver devant une montagne de produits et de nombreux consommateurs désargentés. Et la grogne va s’amplifier. Chez les jeunes, elle risque de dégénérer en violence. Déjà on voit, issus de cette violence, des groupes nazis se faire jour, et des opposants faire front.

1933, la crise, 1939, la guerre ; va-t-on recommencer ?

Et les politiciens de droite ou de gauche qui n’ont fait que répéter leurs solutions inefficaces, vont-ils recommencer leurs méfaits ? De toutes façons, Europe ou pas Europe, le changement nécessaire finira par s’imposer. Par la violence, ou par la compréhension et la justice ?

Quel gâchis d’avoir si mal conçu cette Europe : elle devrait être une marche vers le monde de la joie et de l’amour.


[1voir, pour favoriser le dumping américain, la dégringolade du dollar qui fout en l’air toutes les Bourses de la planète


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