Lettre mondiale de solidarité et de soutien à la résistance et l’autonomie zapatistes

Publication : avril 2019
Mise en ligne : 28 septembre 2019

Publiée le 2 février dernier, signée par des centaines de personnes, voici le texte de la

Nous, universitaires, intellectuels, artistes, activistes et personnes de bonne volonté, ainsi qu’organisations, associations et collectifs de divers pays, manifestons notre solidarité et notre soutien à l’EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional) à un moment crucial de son histoire ; nous répudions l’actuelle campagne de désinformation, mensonges et calomnies qui se développe à son encontre au Mexique et au-delà.

Pour nous, tout comme pour de nombreuses personnes dans le monde, la lutte zapatiste constitue un exemple de résistance, de dignité, de cohérence et de créativité politique. Il y a 25 ans, son “Ya Basta  !” fut un événement de grande portée et l’une des premières réactions marquantes à la globalisation néolibérale, ouvrant la voie à la critique d’un modèle dont le triomphe paraissait alors absolu et définitif. Ce fut aussi, et c’est encore aujourd’hui, l’expression de la lutte légitime des peuples indiens contre la domination et le mépris subis durant des siècles, et pour l’exercice de leur droit à l’autonomie. L’autogouvernement populaire que les zapatistes ont mis en place à travers leurs Conseils de bonne gouvernance constitue un exemple de démocratie réelle et radicale susceptible de nourrir des aspirations largement partagées à travers le monde, et digne d’être étudié dans toutes les facultés de sciences sociales de la planète.

La construction de l’autonomie zapatiste représente la recherche constante, honnête et critique d’un projet alternatif et émancipateur essentiel pour affronter les défis d’un monde qui paraît s’enfoncer sans cesse davantage dans une profonde crise à la fois économique, sociale, politique, écologique et humaine.

Nous exprimons notre préoccupation face à la situation que connaissent les communautés zapatistes et les peuples indiens du Mexique, du fait de la multiplication des projets miniers, touristiques, agro-industriels, d’infrastructures ou autres, qui affectent leurs territoires et leurs modes de vie, ainsi que l’ont dénoncé le Congrès National Indigène et le Conseil Indigène de Gouvernement. En ce moment précis, nous nous inquiétons tout particulièrement des grands projets promus par le nouveau gouvernement mexicain, tel que le Couloir Transisthmique, la plantation d’un million d’hectares d’arbres destinés à la filière agro-industrielle et le mal nommé “Train Maya”, récemment dénoncé comme une humiliation et une provocation par le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN.

Outre les effets dévastateurs pour l’environnement de ce projet comme du développement touristique massif qu’il entend déclencher, nous relevons l’empressement avec lequel les travaux du “Train Maya” ont été lancé, le 16 décembre dernier, sous couvert d’un pseudo-rituel à la Terre Mère, dénoncé par le porte-parole zapatiste comme une offense intolérable. Nous nous inquiétons que se prépare ainsi une nouvelle attaque contre les communautés indiennes et qu’ait été tenu pour nul le caractère obligatoire de la consultation réelle, préalable, libre et informée, prévu par la Convention 169 de l’OIT et la Déclaration de l’ONU sur les peuples originaires, ce qui revient à violer les engagements internationaux pourtant ratifiés par le Mexique.

Nous partageons le rejet exprimé par l’EZLN face à des grands projets qui affectent gravement les territoires autonomes et les formes de vie des peuples indiens, en particulier des peuples mayas qui habitent le sud-est du Mexique. 

Nous dénonçons par avance toute agression contre les communautés zapatistes, soit directement de la part de l’État mexicain, soit à travers des groupes “civils”, armés ou non armés.

Nous rendons le gouvernement mexicain responsable de toute confrontation qui pourrait survenir dans le cadre de la mise en œuvre de ces grands projets, qui correspondent à un modèle suranné de “développement” insoutenable et destructeur, décidé depuis les sommets du pouvoir et en violation ouverte des droits des peuples originaires. 

Nous appelons les personnes généreuses à surmonter l’actuelle désinformation concernant aussi bien l’expérience zapatiste que les grands projets mentionnés, et à demeurer en alerte face au risque d’agressions contre les communautés zapatistes et les peuples originaires du Mexique.


Faute de place, nous ne pouvons pas citer les très nombreuses associations qui ont signé cette lettre, mais voici, un peu au hasard, les noms de quelques unes des personnes connues qui l’ont signée à titre individuel :
A. Roy (écrivaine, Inde), W. Laduke (dirigeante indienne, USA), G.Agamben (philosophe, Italie), Ignacio Ramonet (journaliste, France), Isabelle Stengers (Université Libre de Bruxelles, Belgique), Toni Negri (philosophe, Paris), M. Almada (prix Nobel alternatif de la Paix 2002, Paraguay), David Graeber (London School of Economics), Arturo Escobar (professeur, Universidad del Valle), Serge Latouche (Université Paris Sud), Alain Damasio (écrivain, Marseille), Sylvie Glissant (directrice de l’Institut du Tout-monde, France), Christian Laval et Pierre Dardot (philosophe et sociologue, Université Paris Nanterre), Rémy Toulouse (éditeur, La Découverte, Paris), Michel Wieviorka (sociologue, Paris), Geneviève Azam (économiste, Toulouse), François Cusset (professeur d’études américaines, Université Paris), François Gèze (éditeur, Paris), Christophe Bonneuil (historien, CNRS), Thomas Coutrot (économiste, ancien porte-parole d’Attac-France), Alain Musset, Jean-Claude Bonne, Jérôme Baschet, Eric Michaud, Houari Touati, Jacques Revel et Philippe Minard (géographe, historiens, directeurs d’études à l’EHESS, Paris), etc...


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