Nucléaire ou pas ?

par  M. DUBOIS
Publication : avril 1978
Mise en ligne : 1er septembre 2008

Faut-il ou non, dans le prochain demi-siècle,
avoir recours massivement à l’énergie nucléaire
 ? Faut-il l’éliminer totalement ? Comment le problème

est-il examiné actuellement et comment le serait-il dans une
économie des Besoins ? C’est ce que nous allons essayer d’analyser
brièvement.

Le nucléaire inévitable ?

POUR les experts actuellement écoutés,
pour le Gouvernement tout entier, et pour une large traction de l’opposition,
la réponse à la première question ne fait aucun
doute : c’est un oui Massif, et irréductible. L’élimination
totale reste le solution d’une minorité réagissant d’ailleurs
beaucoup plus à une intuition personnelle qu’à des arguments
rationnellement énoncés, notamment en ce qui concerne
les solutions de remplacement.
Pour expliquer cette position, il faut se souvenir que la France n’a
aucune ressource importante en pétrole, ni en gaz naturel ;
- qu’en tout état de cause l’épuisement mondial de ces
ressources énergétiques ne fait aucun doute, de nouvelles
techniques ou découvertes ne pouvant, au mieux, que retarder
les échéances de quelques décades ;
- que les réserves de charbon français, et surtout leurs
caractéristiques, ne permettent pas d’assurer le relais ;
- que la production d’électricité est centralisée
entre les mains d’un monopole nationalisé soumis comme toutes
les autres entreprises à l’impitoyable loi de la rentabilité
financière. C’est en effet cette loi qui, dans un passé
récent, nous a valu de donner la préférence aux
centrales thermiques brûlant du fuel plutôt que d’accroître
la production d’énergie hydroélectrique ou marémotrice,
non polluante, non soumise aux aléas des relations extérieures,
mais présentant un bilan financier moins favorable, surtout à
l’époque des études préparatoires aux décisions.
Depuis, la crise du pétrole e certes modifié ces bilans,
mais en matière de politique énergétique, il est
impossible de changer continuellement et rapidement de cap. Nous avions
d’ailleurs dénoncé en son temps, dans notre journal, les
dangers d’une telle politique basée uniquement sur des considérations
mercantiles au mépris des véritables réalités
économiques et humaines.

Des énergies nouvelles sont possibles

NOUS avions, hélas, raison et la seule satisfaction
que nous puissions y trouver est d’en tirer argument pour éviter
que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets désastreux
dans les choix à faire entre l’énergie nucléaire
et ce qu’il est convenu d’appeler les énergies nouvelles.
Une récente émission de la deuxième chaîne
de television a passé ces dernières en revue en Janvier
dernier. Rappelons brièvement qu’il s’agit essentiellement d’utiliser
l’énergie solaire :
- soit directement : plaques et fours solaires, réalisables d’ailleurs
non seulement dans les pays à fort ensoleillement, mais aussi
dans les pays moins favorisés à cet égard, l’émission
ayant cité par exemple des réalisations non négligeables
au Canada ;
- soit indirectement en exploitant les immenses possibilités
de la photo-synthèse naturelle ; les exemples cités (expériences
de la NASA sur les jacinthes d’eau, du Brésil sur l’alcool de
canne à sucre, études sur les bois à croissance
rapide, etc...) étaient spectaculaires, même si les commentateurs
ont pris soin de souligner qu’il ne s’agissait pour l’instant que d’expériences
et non de réalisations vraiment industrielles ;
- soit indirectement encore par le biais de l’énergie éolienne
où, là encore, les expériences anglaises mettaient
en valeur des réalisations concrètes.

La géothermie, ou exploitation de la chaleur
interne du globe terrestre, n’a pas été évoquée
au cours de cette émission, mais nous savons qu’elle peut également
fournir un complément appréciable d’énergie.
Quoi qu’il en soit, une des conclusions formelles des présentateurs,
partagée d’ailleurs par toutes les autorités scientifiques
concernées, est « qu’il n’existe actuellement aucun blocage
technologique à la poursuite et au développement massif
des possibilités d’utilisation de ces énergies nouvelles
 ».

Les vrais critères

UNE fois de plus les choix, dans notre régime
économique actuel, seront donc dictés par des critères
purement financiers ; les kilowatts produits seront ceux qui coûteront
le moins cher à l’EDF, même si les nuisances qui en découleront
sont appelées à peser finalement très lourd sur
l’ensemble de la collectivité. L’émission n’a d’ailleurs
pas manqué de souligner également que les techniques nécessaires
à l’exploitation des énergies nouvelles s’inscrivaient
dans des conceptions nettement décentralisées de production,
faisant largement appel aux initiatives locales.
Si l’on ajoute à cette analyse les facteurs de luttes purement
politiques et syndicales qui contribuent à brouiller toutes les
cartes en y introduisant les problèmes de plein emploi et de
nationalisations, il faut bien reconnaître que notre politique
énergétique des prochaines décennies risque fort
d’être une fois de plus élaborée et décidée
au mépris absolu des véritables BESOINS, alors qu’au contraire,
dans une société ayant fait siennes les solutions de Jacques
DUBOIN, les seules questions posées seraient les suivantes :
- Quelles sont les meilleures méthodes pour produire le maximum
d’énergie avec le minimum de travail humain, de matières
premières, et de nuisances ?
- Quels sont les délais nécessaires pour assurer la raccord
entre la situation actuelle et le plein rendement des projets décidés
 ?
- Quelle doit être, en fonction de ces délais, la fraction
d’énergie à produire par le nucléaire et avec quelles
précautions pour réduire dans toute la mesure du possible
l’impact sur l’environnement ?