Plus de travail, plus de pain

par  P. BUGUET
Publication : février 1977
Mise en ligne : 17 mars 2008

ON LIT EN CE MOMENT SUR DES AFFICHES :
« Chômeur, tu veux travailler, tu as raison... »

Sous entendu : - Nous t’en donnerons du travail, du beau, du bon, du vrai, jusqu’à plus soif, jusqu’à ta dernière goutte de sueur et à pas cher. Viens par ici ! C’est beau le travail, c’est bon « l’ouvrage bien faite » ! Vois-tu travailleur, travailleuse, tu es fait pour travailler, c’est ton état, c’est inscrit dans ton hérédité ; d’autres portent dans leurs gènes le farniente, le repos perpétuel ; d’autres sont nés pour parler, répandre la bonne parole, te convaincre de la beauté du travail à perpétuité.
Va, suis-les ces guides éclairés. Après ton usure par le travail servile, la tombe...
Réfléchis si ta lassitude et ton conditionnement t’en laissent le goût.
Pourquoi travaillais-tu chômeur ? Pourquoi sursautais-tu, encore plein de fatigue, au brutal tintement de ton réveil et partais-tu chaque jour avant l’aube vers la porte de l’usine ? Par amour du travail ou pour pouvoir vivre et faire vivre les tiens ?
Pourquoi, travailleuse, courais-tu dans la nuit froide du matin, poussant la voiture où ballotait ton bébé jusqu’à la crèche, qui ne te le rendrait qu’à la nuit, quand tu rentrerais épuisée ? Par amour du travail ou pour manger et nourrir ton enfant ?

« Les hommes ne sont pas mis au monde pour travailler, mais ils travaillent pour vivre ».

(Jacques DUBOIN)

Cette dure nécessité harcela nos ancêtres qui n’avaient que leurs bras pour se nourrir, se protéger, s’abriter au cours des âges le travail fut dur, inhumain, effroyable. Des générations et des générations périrent à la tâche pour subsister. Puis au siècle dernier, avec l’apparition du machinisme, la contrainte pour convaincre de la vertu du travail changea de forme. A la nécessité vitale de gagner son pain, s’ajouta celle de rendre un culte au dieu TRAVAIL  : travailler c’est être un homme, quel que soit le travail, utile ou non, nuisible ou non, et même si- l’on devient ainsi l’esclave du capital.
Au début de cette « Belle Epoque », la durée moyenne d’existence d’un travailleur adulte ne dépassait pas 25 années ; de tout jeunes enfants (G ans, 7 ans) travaillaient dans les filatures de 5 h du matin à 7h du soir, s’y étiolaient, y grandissaient difformes, mouraient avant d’être adultes. C’étaient de mauvais camarades : ils n’avaient pas même « voulu » du travail durant 20 ans !
Si un Charles PEGUY put s’extasier avec lyrisme sur les beautés de l’ouvrage « bien faite », considération à la fois affective. et esthétique de réalisations artisanales un homme éminemment social, le marxiste Paul LAFARGUE, propre gendre de Karl MARX, écrivit, lui « LE DROIT A LA PARESSE  », qu’on pourrait intituler de nos jours « Le Droit aux Loisirs ». En ce début de notre siècle, se dessinait déjà la relève du labeur humain par la machine.
Confondre le travail forcé avec l’attrait de l’effort constructif ou le goût de l’activité : confondre le travail obligatoire sous l’emprise du besoin avec l’attrait mis à l’exécution d’une tâche formatrice, avec la satisfaction d’une participation active désintéressée, avec l’exaltation dans l’exécution d’une réalisation collective librement consentie, ressort de la mystification et prête au travailleur l’horizon de l’animal domestique, le réflexe du boeuf qui, de lui-même. vient docilement prendre place sous le loup. Mais, que penser, quand cette confusion sur l’astreinte au travail est voulue par des Commissions d’Etudes « Economiques » ?
- Ignorance totale ou duplicité ?
« Tu as raison chômeur de vouloir du travail »...
La « raison » se résumerait-elle dans cette approbation insidieuse, qui laisse croire ai, chômeur à l’existence et à l’avenir d’un travail désormais disparu ? Ou bien consiste-t-elle à prendre conscience de cette réalité objective :

« Les loisirs font leur apparition par la porte basse du chômage ».

(Jacques DUBOIN)

Nous vivons la relève du travail humain par les machines, machines créées, perfectionnées sans cesse par les vénérations précédentes et par nous- mêmes, dans le but constant d’épargner l’intervention humaine. Avec les techniques automatisées noirs faisons le saut  : - None atteignons les productions de masse sans travail humain. donc sans les salaires permettant de les acquérir sans gagne-pain pour les chômeurs.
Doit-on mourir face à ce potentiel de production ? Notre inutile suicide entraînerait la Société tout entière dans son sillage :

« Qui ne peut acheter, ruine qui ne peut vendre ».

(J. DUBOIN).

Nous, nous voulons vivre du travail des machines et des dispositifs que l’intelligence humaine et nos efforts collectifs ont créés. ils sont nôtres. Aujourd’hui par leur productivité, ils nous offrent le repos, les loisirs et la culture.
Nous réclamons notre part de ces biens. Demain, l’équipement productif fabriquera toujours elus. en demandant toujours moins notre concours. Nous aurons toujours moins à intervenir, nous aurons toujours moins de travail. Ce n’est donc pas le travail en disparition qui pourra désormais assurer notre existence. Ce n’est plus le travail que nous réclamons, c’est de vivre des biens que nous avons contribué à créer. Nous revendiquons une prestation, un revenu qui nous permette d’accéder aux biens que produisent nos esclaves mécaniques.
Ils étaient, nous dit Albert DUCROCQ* :
- « Plusieurs centaines de millions en 1800 sur une terre où vivait un milliard d’hommes. Les voici devenus 25 milliards en 1900, 200 milliards en 1975. On attend dans les trois décades prochaines 1 000 milliards d’esclaves mécaniques aux côtés de 6 milliards d’hommes que la terre pourrait alors compter ».
Nous ne refusons pas notre participation à ce qui subsiste de travail humain nécessaire à la production. mais nous exigeons pour tous le SALAIRE GARANTI PAR L’ETAT, c’est-à-dire par la collectivité, ce salaire devenant ainsi un REVENU SOCIAL, plus rationnel et mieux adapté à notre époque.

(*) « Les éléments au pouvoir  » (Julliard 1976).


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