À la mairie de Spicheren, on cherche et on trouve

par  Y. R.
Publication : mai 2018
Mise en ligne : 12 septembre 2018

De Courcelles-Chaussy, Y.R. qui a engagé avec Michel Berger un dialogue (GR 1192 et 1194) à propos des énergies renouvelables, nous a envoyé un document qui montre qu’une municipalité de 3.246 habitants est capable de prendre des initiatives efficaces dans la recherche d’énergies. En voici la reproduction :

 Petit historique de la chaufferie automatique au bois déchiqueté de la mairie de Spicheren

En 1996 la municipalité met en place une commission chargée de définir l’emplacement le plus adéquat pour ériger un nouveau bâtiment “Mairie, foyer socio-éducatif”. De ce choix découleront les démarches administratives habituelles (appel à projet, choix de l’architecte, appel d’offres, permis etc.).

J’ai fait un rêve, pour fêter les 50 ans de mai 1968 tous les syndicats et associations appellent à une grève générale et illimitée, l’economie s’arrete, c’est la décroissance, les gens se reposent, l’entraide renait et remplace petit à petit cette individualisme mortifère si précieux pour l’oligarchie qui nous dirige.

Y. R., Courcelles-Chaussy

Parallèlement, un petit groupe de personnes mène une réflexion sur un possible usage des énergies locales et renouvelables pour assurer les besoins thermiques de ce nouvel édifice ainsi que ceux de la salle polyvalente, située à une vingtaine de mètres, dont la chaudière d’origine approche les 20 ans d’existence.

En 1997, deux d’entre nous participent à un colloque transfrontalier sur la valorisation de la biomasse. Ils en reviendront encore plus motivés, pour défendre un projet de réseau de chaleur au bois déchiqueté qu’ils vont aussitôt présenter au conseil municipal.

Le conseil décide de faire réaliser une étude de faisabilité par “Energico”, entreprise régionale de référence pour le bois énergie et les réseaux de chaleur. Les conclusions sont favorables au projet et à compter de ce jour, ses défenseurs n’auront de cesse que de tenter de convaincre opposants et indécis…

Un an plus tard, le conseil municipal décide, à 11 voix pour, dont celle prépondérante du Maire et 11 voix contre, la réalisation d’un réseau de chaleur via une chaudière bois déchiqueté à alimentation automatique. La maîtrise d’oeuvre sera également confiée à Energico.

Les surcoûts liés d’une part, aux contraintes dues à la nature du sous sol, et d’autre part au choix de la chaudière elle-même, consommèrent un budget prévu initialement pour la chaufferie, le réseau, un hangar de stockage ainsi qu’une petite déchiqueteuse. Cette dernière aurait du permettre de valo­riser des sous-produits forestiers, le bois issu des élagages communaux ou celui des particu­liers, et aussi les “sapins de Noël”.

En 2005 un hangar de stockage est réalisé et la commune investit enfin dans une déchiqueteuse 3 points pour valoriser les sous produits de diamètre inférieurs à 15 cm.

La mise à l’abris d’environ 200 m3 de plaquettes évite les inconvénients liés à la fourniture dite en “flux tendu”, que sont les pannes matérielles, les aléas climatiques ou la qualité du combustible.

Par ailleurs en augmentant d’environ 200 kWh le PCI au m3, le séchage de la plaquette permet d’utiliser toute la puissance de la chaudière par grand froid. Le fonctionnement “à feu doux” avec un combustible humide amènerait un rendement médiocre et nuirait à l’environnement ainsi qu’à l’équipement.

Le hangar permet de faire sécher la plaquette auto produite. Il est désormais également possible d’y accueillir des produits de l’élagage, issus des services espace vert de certaines communes voisines ou de professionnels de l’élagage travaillant dans les environs. Les quelques 300 “sapins de Noël” de la commune ont désormais une destination…

 La chaufferie

La chaudière bois, de marque “Seccacier” a été mise en service en 2001. Sa puissance est de 220 kW, celle de la chaudière gaz de 180 kW.

L’ancienne chaudière gaz de 400 kW de la salle polyvalente reste fonctionnelle, mais il n’en est fait usage qu’à une double condition : un froid extrême et une demande en énergie exceptionnelle, soit quelques jours seulement dans l’année.

Les chaudières alimentent le complexe mairie- Foyer, ainsi que la Salle Polyvalente par un réseau de chaleur d’une longueur de 72 m.

Le volume total chauffé est d’environ 10 000 m3.

La consommation moyenne de plaquettes est de 400 Map/an

Le fonctionnement se dit « en cascade » avec priori­té au bois. Le gaz assure le complément par très grand froid ou en période inter saisonnière.

Dans l’ensemble, le bois couvre plus de 90% des besoins énergétiques du réseau.

 Environnement

La démarche durable semble très positive :
- L’économie de CO2 est d’au moins 60 tonnes/an, à mettre en parallèle avec l’économie de CO2 d’un chauff-eau solaire de 4 m3 ou d’une Toyota Prius à motorisation hybride, environ 1 tonne/an pour chacun d’entre eux, ce qui est déjà très positif.
- La chaufferie bois fournit plus d’une centaine d’heures de travail à l’ouvrier chargé de l’entretien et de la maintenance de l’équipement.
- L’installation participe à l’économie locale en préservant l’environnement ainsi qu’un combustible fossile en voie de raréfaction.
- Elle permet de montrer, au niveau local notamment, que les énergies renouvelables peuvent contribuer à apporter durablement des réponses à nos besoins énergétiques, tout en préservant l’environnement ainsi qu’une main d’oeuvre non délocalisables.

L’installation a obtenu le label “Merci dit la Planète” » du ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement en 2002.

En Europe, consommer du bois fait du bien à nos forêts et à notre environnement, à condition de puiser dans une ressource disponible avérée et locale.

 Les coûts

Dépenses : Chaufferie, Génie Civil, hangar de stockage, déchiqueteuse,

Total = 352.327 €

Recettes : DGE = 16.000, Ademe = 41.315,
Région = 21.690, Fered Europe = 37.523,
SACR- département = 30.000),

Total = 146 535 €

Différence pour la commune = 105 792 €

 Le fonctionnement

Main d’œuvre :
Reprise du combustible sur la place : 10 x 2 heures x 17 € = 340 €
Combustible tracteur = 40 €
Entretien journalier : 38 h x 17 € = 646 €
Entretien mensuel : 38 h 30 x 17 € = 654 €
Entretien annuel : 10 h x 17 € = 170 €

Total : 1 850 €

Le combustible :
La plaquette = 2.500 €
Le gaz = 5 000 €
L’électricité = 500 €

Total : 8 000 €

Défauts de jeunesse + pannes = 1 000 €

TOTAL = 10.850 €

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L’étude menée par le CRITT bois d’Épinal pour le compte de l’ADEME laissait apparaître un retour sur investissement, hors hangar de stockage et déchiqueteuse après 8 ans.

Cette étude tient compte des tarifs du gaz en fin 2003.

Les augmentations des prix du gaz, de l’ordre de 30% depuis la réalisation de cette étude, associées aux perspectives de raréfaction de la ressource, compensent les surcoûts liés à la réalisation d’un hangar “vitrine” en 2006, ainsi que l’acquisition d’une déchiqueteuse de branches et n’influeront guère sur la durée d’amortissement prévue…

Il est essentiel de mesurer toute l’importance du développement de ces énergies dites de la paix. Elles devront rapidement répondrent pour partie, à des défis majeurs : énergie, effet de serres, conflits géopolitiques, sociaux, etc.…N’hésitez pas à parler de cette installation autour de vous. Les gisements issus de la biomasse ne manquent pas en Moselle, participez à leurs valorisations. Pourquoi pas chez vous, maintenant ?

Association Mosellane pour la Promotion des Énergies Renouvelables et l’efficacité énergétique
13, rue de l’école
57350 SPICHEREN
Tél : 03 87 88 41 75.