Après le SMIG, le RMSG ?

par  R. MARLIN
Publication : janvier 1986
Mise en ligne : 15 juin 2009

Ainsi nous avons appris officiellement par une question
au Président de la République, lors de sa Conférence
de presse du 21 novembre 1985, que l’instauration d’un revenu minimum
national est envisagée par le Parti socialiste. « L’idée
est bonne a répondu François Mitterrand, mais il faudra
du temps car l’imposer rapidement les finances publiques n’y résisteraient
pas ». Le journal « Le Monde » du 23 novembre 1985
ajoute que « la dureté des temps a fait imaginer et retenir
par le P.S. la créaction d’un revenu minimum et celle d’une garantie
contre les mutations qui permettrait aux travailleurs des régions
très touchées par les conversions industrielles de franchir,
grâce à une aide, un cap difficile. Le coût extrêmement
élevé de telles mesures (plusieurs dizaines de milliards
de francs) a fait dire à M. Strauss-Khan, chargé des études
au secrétariat national du P.S. « on ne peut dire à
la fois : garantissons un revenu minimum et baissons les impôts.
Contentons-nous de les stabiliser ». L’idée est dans l’air
depuis qu’elle a été mise en place en GrandeBretagne et,
notamment M. Bousquet dit Cacharel, maire de Nîmes l’a appliquée
(voir l’éditorial de Marie-Louise Duboin dans la G.R. de juillet
1985). Le P.S. ne pouvait l’ignorer sous peine de se faire « tourner
 » sur sa gauche. Nous savons donc que, malgré les difficultés
évoquées ci-dessus, ce projet va figurer dans le programme
du parti pour les élections législatives de mars 1986.
D’autant plus facilement, que si l’on se base sur les sondages actuels,
le parti a peu de chance de devoir mettre en oeuvre cette mesure.
Bien entendu ce revenu mimimum social garanti (R.M.S.G.) ne serait,
comme ce nom l’indique qu’un minimum, il aurait, si nous comprenons
bien, un caractère provisoire, et, quoique nous ne sachions presque
rien de ses conditions exactes d’attribution, nous avons la certitude
que son coût serait prélevé sur le budget, c’est-àdire,
sur l’ensemble, ou au moins sur certains contribuables.
Mais, au-delà de ces différences capitales avec le revenu
social distributif, observons que l’évolution se produit bien
dans le sens de nos idées. Comment en serait-il autrement puisque,
nous en sommes bien convaincus, la marche vers l’économie des
besoins est, d’une façon ou d’une autre, inéluctable ?
La rupture entre le revenu et la durée du travail est donc reconnue
nécessaire après quelques préliminaires comme le
versement à durée limitée de 80 % de leur ancien
salaire aux victimes de licenciements économiques, les allocations
familiales et de logement, les primes à la naissance, etc...
L’un de nos premiers objectifs est ainsi presque atteint. Mais, tout
en étant important si l’on se réfère au passé,
nous n’avons jamais imaginé qu’il était incompatible avec
le fonctionnement pratique du régime des prix-salaires-profits ;
il l’était, seulement, avec la mentalité des plus conservateurs
de ses partisans. Que penser de cet épisode ? Les uns se réjouiront
d’abord pour les bénéficiaires futurs, s’il y en a, ils
conclueront que l’économie distributive s’impose et, peut-être
abusivement, qu’à la limite, elle s’instaurera quoi que fassent
ses ennemis et ses partisans. Ils remarqueront, peut-être plus
sérieusement, que la transition vers la nouvelle économie,
loin de se faire brutalement, se produira par étapes successives,
chacune permise par l’état de la pensée collective à
un moment donné. Ils rechercheront quel pourrait être le
prochain objectif le plus réalisable, selon leur connaissance
de l’opinion. Soit le revenu social à vie pour tous, en vertu
de l’héritage du progrès dont nous sommes tous les bénéficiaires
potentiels ; soit l’autogestion de collectivités et d’entreprises
de plus en plus vastes, qui n’est que l’extension de la démocratie
du politique à l’économique.
Mais ne nous leurrons pas, même si l’idée du R.M.S.G. a
pû venir aux responsables du P.S. sans nous, ils ne feront nulle
référence à Jacques Duboin en cette occurence,
bien que l’antériorité soit indiscutable. L’économie
que nous préconisons reste encore trop en avance sur les croyances
du citoyen moyen pour que même les réformistes y fassent
la moindre allusion qui pourrait la faire mieux connaitre. Ils en ont
été informés, ils continueront à y prendre
des idées, sans le dire, guidés par leur maxime que la
politique est l’art du possible, oubliant leur devoir d’information
de l’opinion, effrayés, comme les anciens, par la crainte que
le ciel leur tombe un jour sur la tête.
Reconnaissons, une fois de plus, l’extraordinaire aptitude du régime
capitaliste à mettre en place, à temps, les soupapes de
sûreté qui lui ont permis de survivre, vaille que vaille,
jusqu’à présent, malgré les avis de décès
prématurés dressés par certains augures... jusque
dans nos rangs.
Poursuivons notre action, sans illusions, mais sans désespoir,
pour faire mieux comprendre, à tous, la nécessité
d’une véritable économie distributive.