En avant toute

par  P. SIMON
Publication : mars 1982
Mise en ligne : 12 janvier 2009

AVEC une belle régularité « La Grande Relève
 » souligne la percée fantastique que les robots sont en
train d’accomplir dans les usines des pays industrialisés. Il
semble même qu’on assiste à une course contre la montre
pour ne pas se laisser distancer dans ce domaine.
Depuis le début de janvier de nouvelles informations en provenance
du Japon et des Etats-Unis sont venues confirmer cette tendance dont
on peut affirmer à présent qu’elle est irréversible.

LA RIPOSTE

Les pays dits riches ont subi ces dernières années des
revers économiques qui les ont laissés tout meurtris.
A la fantastique augmentation des prix de l’énergie qui a fortement
affecté la rentabilité des entreprises est venue s’ajouter
la concurrence impitoyable des pays de main d’oeuvre bon marché.
C’est ainsi que des pans entiers de la production des pays riches vacille
sous les coups de boutoir de la Malaisie, de l’Indonésie, de
la Corée ou de Taiwan. On comprend pourquoi quand on sait que,
dans ces pays, la semaine de travail est officiellement de plus de 50
heures pour des salaires sans doute moins élevés que les
horaires.
La productivité est alors forte puisque les coûts de main
d’oeuvre sont réduits. Il est donc facile d’inonder le monde
de chemises ou de sous-vêtements fabriqués à Macao
ou au Vietnam à des prix de revient si bas que l’importateur
et le vendeur conservent des marges bénéficiaires confortables
tout en vendant à des prix inférieurs à ceux de
la production locale.

Les pays industrialisés peuvent difficilement se défendre
contre ce déferlement qui ruine leurs industries et accroît
le chômage. Dans certaines branches les travailleurs en viennent
à accepter la stagnation ou même le recul de leur salaire
afin que le patron puisse maîtriser les coûts de production
et que l’entreprise ne ferme pas ses portes.
Une autre façon de se défendre est de fermer les frontières
aux produits en provenance de pays concurrents. Les dangers du protectionnisme
sont bien connus. D’abord, des représailles sont toujours possibles.
Or, dans le système économique actuel, aucun pays ne peut
se passer d’exporter s’il veut continuer à offrir un certain
niveau de vie à ses habitants. Ensuite, les entreprises ainsi
protégées vont cesser de progresser et peuvent même
régresser.

L’AUTRE RIPOSTE

On distingue en général trois grands facteurs de production
 : le capital, l’énergie et la main d’oeuvre. Le capital et la
main d’oeuvre doivent être rémunérés et l’énergie
achetée à l’aide des recettes réalisées
par l’entreprise, ce qui reste constituant le profit qui permettra de
croître. -
Ces trois paiements représentent les coûts qu’il faut réduire
au maximum si l’on veut conserver des profits. Il est impossible de
réduire le coût du capital car alors i : disparaît
pour aller s’investir ailleurs. Le prix de ’l’énergie n’est plus
vraiment maîtrisé par l’acheteur. Reste donc le coût
salarial sur lequel il faut agir à tout prix.
C’est ce qu’ont compris les fabricants de robots qui proposent des produits
de plus en plus nombreux et de plus en plus sophistiqués. On
sait bien l’avantage que les robots représentent.
Ils permettent aux usines de travailler sans interruption (vacances,
grèves, maladie...) à des coûts de main d’oeuvre
stables ou même décroissants, ne serait-ce que du fait
de l’inflation.
Les industriels s’équipent donc, et la course est engagée
entre les fabricants pour les satisfaire. La production robotique japonaise
va être triplée voire quadruplée. Pour accelerer
le processus de production et conserver l’avance qu’ils détiennent
les pays industrialisés comptent sur le Japon qui, cette fois,
devient l’allié et non plus ennemi dans la guerre économique.
Fujitsu Fanuc cède des licences à la Grande-Bretagne et
s’associe avec Siemens au Luxembourg. Plus important encore il est en
pourparlers avec le géant américain General Motors dont
les chaînes sont déjà équipées de
robots pour le soudage et la peinture. Kawasaki va construire une nouvelle
usine à Kobé dont la capacité de production sera
de 2 000 robots industriels par an.
Très bien. Nous n’avons rien contre les robots s’ils sont destinés
à produire à moindre frais et à moindre mal. Mais
il semble qu’ils ne doivent qu’améliorer la productivité
et permettre aux entreprises de rester compétitives. Ils ne constituent
donc qu’un nouvel épisode dans la guerre économique alors
qu’ils devraient aider l’homme à s’affranchir des contraintes
qu’impose la production de biens nécessaires, bref à assurer
la grande relève de l’homme par la machine.