Espoir : la mondialisation populaire pour la paix

par  M.-L. DUBOIN
Publication : avril 2003
Mise en ligne : 18 novembre 2006

C’est en Mésopotamie, cet ancien “Eden” entre Tigre et Euphrate, qu’ont été retrouvés, dans les vestiges de Sumer, les plus vieux écrits du monde. Et depuis deux jours c’est ce berceau de notre Histoire qui est la cible de ce que l’humanité a produit, en cinq mille ans, de plus perfectionné comme engins de destruction massive. Faut-il en déduire que la boucle de la civilisation est bouclée ?

Si la connaissance scientifique, entraînant celle de ses applications techniques, eut une progression exponentielle au cours de ces cinq mille ans, celle de l’humanisme, au contraire, a souvent été interrompue par des poussées rétrogrades, très difficiles à surmonter. Mais elle a toujours fini par être tirée de l’avant par ses penseurs et de grandes âmes qui lui font honneur. Ce qui porte à espérer que ces formidables manifestations populaires contre l’agression de l’Irak marquent un tournant, celui de la mondialisation d’une volonté de règler les conflits dans la paix s’opposant à la mondialisation sauvage de la violence.

Le sceau cylindrique sumérien qui a donné l’empreinte reproduite ici, représentant Enki, le dieu de l’eau, date … du quatrième millénaire avant J-C.

Essayons de prendre du recul. L’occident, après avoir vu les foules du Moyen âge venir en masse contempler les supplices infligés aux condamnés, a, progressivement, aboli la peine de mort. Après la dénonciation de l’obscurantisme de l’Inquisition, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (reconnus plus tard aux femmes) a marqué une grande étape dans le progrès humain. Au XXème siècle, la France est même parvenue à dénoncer elle-même les tortures infligées par son armée pendant la guerre d’Algérie. L’horreur des deux guerres mondiales de ce dernier siècle a suscité, au cri de « Plus jamais ça ! » l’amorce de nouvelles règles internationales : la Convention de Genève pour imposer des lois à la guerre moderne, protégeant les civils et affirmant le droit des prisonniers, puis l’Organisation des Nations Unies pour prévenir, par la diplomatie, de nouveaux conflits internationaux dont il n’est plus possible de limiter les conséquences.

Et voici qu’une poignée d’illuminés, à qui le pouvoir de l’argent permet de disposer d’une armée gigantesque, vient de décider de détruire ce fragile équilibre. Les mobiles de ces fous d’un Dieu bizarre sont insoutenables et contradictoires ; les prétextes qu’ils invoquent n’ont pas cessé de changer, ce qui rend évidente leur mauvaise foi. L’excellent travail d’Éric Laurent, paru aux éditions Plon sous le titre “La guerre des Bush” permet bien d’en saisir l’histoire politique.

Il faut y ajouter les effets du contexte économique. Les deux guerres mondiales, en les mettant au premier rang, ont fait des États-Unis la figure de proue du capitalisme. Leurs affaires ont prospéré au cours du XXème siècle grâce aux marchés ouverts par les armements, puis par les reconstructions, la suprématie du dollar leur permettant alors de vivre avec un énorme déficit extérieur (qui culminait en 2002 à plus de 435 milliards de $).

Mais après ces deux coups de fouet, les capacités de production excédaient de très loin la demande intérieure solvable, même avec le surendettement général des ménages. Et produire pour satisfaire les besoins essentiels ne rapportait plus assez, et l’industrie peina à inventer de nouveaux besoins. L’espoir fut alors mis dans l’informatisation du monde, ce fut le “boom” de la e-économie, mais il se mua vite en chute vertigineuse. Et au début de ce XXI ème siècle, une nouvelle dépression était amorcée, faisant désespérer de retrouver la croissance imposée par le capitalisme.

Restait la bonne vieille recette des armements, qu’il faut toujours renouveler pour qu’ils restent “au top” : après les missiles, les anti-missiles, etc, etc. Et l’exacerbation des haines en tout genre et par tous les moyens, est le remède miracle pour relancer un commerce aussi lucratif. Alors le budget américain de la défense a augmenté jusqu’à dépasser le milliard de dollars par jour, il est plus du double de celui de l’ensemble des pays européens, permettant ce que Le Monde a décrit comme « l’offensive commerciale sans précédent de l’industrie américaine de l’armement » (voir page précédante).

Il était temps de se demander où mène cette course en avant et si ce “toujours plus” de l’économie capitaliste est humainement soutenable. Mais non, les États-Unis opposèrent leur veto partout, sans la moindre remise en question devant les efforts mondiaux déployés pour parer aux risques engendrés par cette idéologie : que ce soit aux sommets de la Terre de Rio et de Kyoto pour sauvegarder l’environnement, à ceux organisés pour supprimer la faim dans le monde, pour interdire les mines anti-personnel ou pour instituer un Tribunal international contre les coupables de crimes de guerre ; ils allèrent jusqu’à dénoncer les accords signés contre les armes nucléaires et à soutenir leurs laboratoires pharmaceutiques dans leurs exigences, qui interdisaient l’accès des médicaments aux plus démunis.

Les attentats du 11 septembre auraient dù amener l’Administration américaine à se demander pourquoi son pays suscitait tant de haine. Tout au contraire, la réaction, menée par des néo-conservateurs obscurantistes, s’est servie de ces attentats comme prétexte pour conquérir le monde arabe et sa manne pétrolière.

Le comble, après tant de mépris, de fausses informations et d’obstination bornée, est de prétendre imposer sa démocratie par les armes !


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.