Point de vue et façon de voir

Publication : 19 juin 1939
Mise en ligne : 14 juillet 2006

 Héros, fou ou... inconscient

Dans un article paru dans le Front Economique, M. Pecquery La Brède déclare qu’il faut être un héros ou un fou pour tenir actuellement un commerce. Enumérant tous les malheurs qui fondent successivement sur le malheureux commerçant, il conclut ainsi :

Avec tout cela, avec quoi voulez-vous que vive le petit ou moyen commerçant. Il songe alors tout naturellement à vendre son affaire. Mais, ô stupeur, il s’aperçoit, là aussi, qu’on lui a supprimé sa seule planche de salut. Par suite des lois sur les billets de fonds, les rares acheteurs de commerces n’ont pas toujours de bonnes intentions. C’est qui roulera l’autre !

Qu’est-ce que vous dites de ce commerçant qui, ne faisant plus d’affaires, ne pouvant plus vivre dans son commerce, cherche tout naturellement une poire pour le remplacer, et qui est stupéfait de ne pouvoir la trouver. Pour un peu, il accuserait l’Etat de l’empêcher de trouver l’imbécile assez sot pour le remplacer.

Et comment ne pas donner raison à l’acheteur éventuel d’une pareille affaire, si s’apercevant qu’il a été trompé et roulé, il jure qu’il ne paiera pas un billet de fonds ?

Si les commerçants n’ont pour leur expliquer les causes de leurs malheurs que des hommes comme M. Pecquery La Brède, ils n’ont en effet qu’a choisir entre les trois solutions qu’il leur indique en fin d’article, mourir, à moins que U. Pecquery La Brède puisse leur procurer un emploi de fonctionnaire ou de salarié.

 Quelques voeux contradictoires de Chambres de Commerce

Celle de Toulouse demande que les usines Bata ne puissent ni s’agrandir, ni augmenter leur production de chaussures, ni s’installer en Afrique du Nord.

Celle de Nancy, considérant que vendre à l’étranger devient de plus en plus difficile demande que les exportations soient dégrevées d’impôts plus substantiellement que jusqu’à present, que des tarifs plus réduits leur soient consentis pour leurs frais de transport.

Celle d’Avignon, considérant que la France est tributaire de l’Amérique pour les fruits conservée au sirop, demande que des avantages soient accordés sous forme d’exonération des taxes intérieures sur le sucre toute l’industrie fruitière.

Celle d’Agen demande qu’on établisse pendant 15 ans une taxe de 10 francs par quintal sur les prunes et pruneaux étrangers, qu’on crée des contingentements nouveaux et que l’on modifie le tarif douanier en vigueur.

L’assemblée des présidente des Chambres d’agriculture demande, en prevision. d’une récolte d’orge considérable en Afrique du Nord, que l’on perçoive immédiatement une taxe de 15 francs sur toutes les céréales secondaires importées en France et en Algérie, et provenant soit de l’étranger, soit de nos propres colonies ou protectorats. Elle demande également que l’on réexporte aux frais des contribuables les maïs que nous allons recevoir des pays danubiens et insiste pour que l’on supprime tout crédit officiel de propagande en faveur de la consommation humaine ou animale des riz d’Indochine et d’ailleurs.

Tous ces vœux contradictoires n’empêchent pa M. Gentin, notre ministre du Commerce, de déclarer, lors de l’ouverture de la «  Semaine française du Commerce extérieur » :

Adressons à toutes les nations pacifiques qui, comme nous, sont persuadées que le développement des échanges internationaux est une des conditions essentielles de l’entente des peuples, le témoignage de la volonté de collaboration de la France libre, travailleuse et unie.

Où serions-nous, grands dieux, si M. Gentin n’en était pas persuade ?

 La guerre financière est déclarée

C’est M. A.-L. Jeune, dans un article de Paris-Soir du 3 juin 1939, qui nous le confirme. Nous le savions déjà, hélas ! comme nous savons que l’Allemagne dépense 1 milliard tous les deux jours pour ses armements ; l’Angleterre 1 milliard tous les trois jours ; le Japon, 1 milliard tous les quatre jours ; l’U.R.S.S., 3 à 4 milliards tous les cinq jours ; la France, 1 milliard par semaine, et le monde entier plus de 2 milliards par jour. Ce que tout un chacun sait également, c’est que l’allemagne pourrait avec l’argent depensé pour ses armements offrir une auto à chaque famille, et la France, avec son budget militaire annuel, pourrait donner en dot à tous les nouveau-nés un capital de 90.000 francs.

Mais ce que personne ne sait ou, le sachant, se garde de l’écrire, c’est qu’il est impossible dans le régime capitaliste d’offrir une auto à chaque famille ou 90.000 francs chaque nouveau-né français.

Faute de le savoir et faute par ceux le sachant d’en instruire les hommes, nous aurons après la guerre financière la guerre tout court.

Bah ! après moi le déluge, semblent penser les responsables.


Brèves

12 avril 2019 - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.